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L’incroyable reconversion du journaliste à la retraite devenu chasseur de serial killers

Thomas Hargrove veut démasquer les serial killers anonymes | © NY Daily News

Société

Dans une autre vie, Thomas Hargrove était journaliste à Washington, où il couvrait notamment l’actualité de la Maison Blanche. Depuis 2010, il s’est reconverti en archiviste d’homicides, ayant recensé 751 785 meurtres commis aux États-Unis depuis 1976. Au-delà de la fascination morbide, Thomas Hargrove passe ces homicides sous le prisme d’un algorithme de sa création grâce auquel il compte bien mettre au point un détecteur de serial killers. 

Un outil plus que nécessaire, puisque selon ce justicier improvisé, il n’y aurait pas moins de 2 000 serial killers en liberté dans le pays à l’heure actuelle. Chaque année, il y a environ 5 000 meutres non élucidés au pays de l’Oncle Sam, et parmi les meurtriers, certains n’en sont pas à leur premier essai. C’est pour démasquer ces récidivistes anonymes que Thomas Hargrove a mis au point son code, un algorithme qui lui permet de naviguer les meurtres (non) élucidés avec le MAP, acronyme du Murder Accountability Project qu’il a fondé en 2010 et qui rassemble aujourd’hui psychiatres, policiers à la retraite et spécialistes des homicides. Un panel de professionnel qui étudie les pistes plausibles grâce à une analyse des homicides suivant leur méthode, le lieu et la date du crime, le sexe de la victime mais aussi le taux de meurtres non élucidés au sein d’une même ville, les serial killers ayant tendance à faire augmenter considérablement celui-ci. Et si Thomas Hargrove est tellement convaincu de la pertinence de sa méthode qu’il n’hésite pas à qualifier son algorithme de « détecteur de serial killers », tous ne partagent pas son opinion.

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En analysant les données rassemblées par son programme, Thomas Hargrove a remarqué qu’entre 1980 et 2008, 15 femmes avaient été étranglées puis cachées dans des maisons abandonnées dans les alentours de Gary, dans l’Indiana. Fort de sa trouvaille, il a alors contacté la police locale, suggérant la présence éventuelle d’un ou plusieurs serial killers dans la région. Une théorie accueillie avec dédain par les forces de l’ordre, auxquelles Thomas Hargrove s’est obstiné à laisser des messages pendant des mois. Jusqu’à ce jour de 2014 où Darren Vann a été arrêté pour le meurtre d’Afrikka Hardy, 19 ans seulement, étranglée et abandonnée dans la baignoire d’un motel en bordure de Gary. « Comme souvent, c’est une fois qu’il a été arrêté pour ce crime qu’il est passé aux aveux, et qu’il a emmené la police sur les lieux de 6 autres homicides », a souligné Thomas Hargrove au New-Yorker. Et d’ajouter que toutes les victimes de Vann, qui a commencé sa série de meurtres au début des années ’90, ont été étranglées, ainsi que l’algorithme l’avait relevé.

De sang-froid

Sujet d’effroi et de fascination, les serial killers font les beaux jours d’Hollywood, qui a fait de leur traque un de ses fonds de commerce, suspense intenable et caractères glaçants à l’apui. Et si dans la pop culture, la chasse aux serial killers se base principalement sur la psychologie et le profilage, en se basant sur un algorithme et des statistiques, Thomas Hargrove enlève l’humain de l’équation et diminue ainsi potentiellement le risque de subjectivité, et donc d’erreurs. Car il n’est pas aisé pour le commun des mortels de se mettre dans la peau d’un tueur en série. Selon le profil type établi à l’aide de la Radford Serial Killer Data Base, développée par Michael Aamodt au sein de l’université de Virginie et rassemblant plus de 5 000 cas de meurtres en série à travers le globe, les serial killers ont une probabilité dix fois plus grande d’être un homme qu’une femme. En règle générale, ils ne sont pas particulièrement intelligents, avec un QI moyen de 94.5, et ils peuvent être divisés en différentes catégories, des « veuves noires » qui tuent uniquement des hommes aux « missionnaires » qui tuent des personnes qu’ils considèrent comme immorales en passant par les « anges de la mort », ces soignants qui s’en prennent à leurs patients. Leur point commun à tous : en règle générale, il n’existe pas de lien affectif entre le serial killer et sa victime, ce qui rend l’élucidation des meurtres d’autant plus complexe. À moins de laisser les statistiques mener l’enquête…

 

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