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Un libraire belge tacle le décret anti-immigration de Trump avec un colis

Si les colis d'Andrea Copetti sont souvent uniques, son dernier était quant à lui particulièrement engagé. | © Tipi Bookshop

Société

Andrea Copetti, un libraire bruxellois, a profité de l’envoi d’un colis aux États-Unis pour faire passer un message de soutien aux personnes visées par le décret anti-immigration de Trump.

Entouré de hautes étagères en bois recouvertes de livres, Andrea Copetti est le seul maître à bord du Tipi Bookshop. Et quel capitaine ! Le fondateur de cette librairie saint-gilloise a su se faire (re)connaitre pour son engagement à soutenir la photographie indépendante belge, mais aussi étrangère. Lorsqu’il n’est pas au « Tipi », Andrea parcourt les salons spécialisés pour promouvoir l’art de nos photographes. Son enthousiasme ne dépose pas les armes lorsqu’il regagne ses pénates de la rue de l’hôtel des monnaies, car celui qui habite derrière l’une des portes de sa boutique vit intensément son métier de libraire : ses soirées sont souvent passées à emballer des commandes de livres à expédier aux quatre coins du monde.

Colis « piégé »

S’il prend toujours un soin tout particulier à décorer chaque paquet comme une œuvre unique, son dernier colis offre un art disruptif et délicieusement contestataire. La pièce, qui doit être envoyée aux États-Unis par voie aérienne, montre un large message, d’abord destiné aux autorités aéroportuaires, et ensuite au président Donald Trump : « Uniquement des œuvres d’art d’immigrants à l’intérieur », peut-on lire sur le papier bulle.

Dans la boite, on trouve des tirages du collectif de photographes AM Projects, qui regroupe des artistes de nationalités différentes – dont un Flamand. Copetti réagit ainsi, à sa manière, au fameux décret anti-immigration qui agite toutes les sphères – politiques, juridiques et citoyennes – depuis son annonce.

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« L’édition indépendante, c’est une contre-culture, le dernier bastion où l’on est encore libre de faire ce qu’on veut. C’est un peu le bateau pirate », s’engageait-il dans une précédente interview. Au micro de Paris Match, il explique : « Depuis les élections, j’ai ressenti le besoin, à mon échelle, de faire passer un message. Il y a des personnes qui vont au front de manière beaucoup plus conséquente, qui vont manifester, mais je pense que chacun de nous peut mener des actions artistiques et politiques en même temps ».

L’art du (long) courrier

L’engagement d’Andrea Copetti se traduit dans le « mail art« , une forme d’expression artistique qui passe par le courrier. Pour le libraire, il a « une force édifiante, car l’œuvre va passer par plusieurs mains : ça va être scanné, vu, peut-être même ouvert par les douanes. À l’intérieur, il y a un objet démocratique, qui est le livre ».

Ca ne sert peut-être à rien, mais ne rien faire, ça équivaut à fermer les yeux. On est tous un peu « zinneke ».

Ce n’est pas le premier envoi engagé que l’artiste-libraire adresse aux États-Unis. Une première boite affichant « Democracy inside » a déjà traversé l’Atlantique. « Pour le moment, je n’ai jamais eu aucune réponse à mes envois personnalisés aux États-Unis. Peut-être que je n’ai envoyé des colis qu’à des républicains ! », ajoute-t-il avec humour.

Tipi Bookshop

©Tipi Bookshop / Andrea Copetti

Les Belges au bout du monde

Les paquets d’Andrea Copetti ont toujours été d’un genre très particulier. « J’ai commencé en allant au lieu marché, où je récoltais des images de famille. Ça m’a pris, de manière très gratuite – et c’est toujours le cas – d’envoyer des familles belges à l’étranger et de voir comment les gens pouvaient réagir », raconte-t-il à propos de ses colis très spéciaux. Il poursuit : « Souvent, c’était un mélange de bébés, de communions… Et puis aussi les premières vacances des Belges, des photos qui ont été ramenées ici de camions en camions, de greniers en greniers. Je pense quevec toutes les histoires qui sont ici, en ajouter par-dessus, ça faisait sens ».

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©Tipi Bookshop / Andrea Copetti – L’un des paquets de commande envoyés par le Tipi.

S’il prend désormais ses paquets en photo pour les archives de la boutique, Andrea Copetti n’attend rien de ces œuvres d’art éphémères. « Les gens les jettent ou les gardent, c’est la même chose ». Quant à son colis « piégé » à destination des États-Unis, on sait désormais qu’il est arrivé à destination et fait le bonheur de son nouveau propriétaire.

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