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Une vue de chien : Quand l’animal devient guide

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Leur formation de A à Z. | © Elisabeth Meur

Société

Depuis 30 ans, l’association liégeoise Entrevues forme des chiens d’assistance destinés à devenir les compagnons quotidiens de personnes déficientes visuelles. Des animaux éduqués pour ne faire qu’un avec l’humain.

 

« Quidditch, Quidam, Quota, Quali, au pied ! » Les cris résonnent sur le parking de l’association liégeoise Entrevues qui accueille sa nouvelle recrue : quatre chiots un peu patauds, aux museaux curieux et aux poils blonds comme les blés. S’ils n’incarnent pas aujourd’hui la discipline, cela ne saurait tarder : ils seront bientôt des chiens d’assistance, formés à l’accompagnement de personnes atteintes de déficience visuelle. Retour étape par étape sur le parcours de ces chiens, nés pour aider.

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La chasse aux truffes

C’est à l’âge de huit semaines que les chiots débutent leur jeune carrière, après avoir été sélectionnés pour leur bon caractère : ni trop peureux, ni trop énergique. « On met l’animal pour la première fois dans une pièce, entourés de jouets bruyants, de ballons en hauteur et de quelques humains qu’il ne connaît pas. On regarde comment il réagit, ce qu’il va explorer, on tente de le faire venir à nous et on le porte à deux reprises pour voir s’il se montre coopérant », raconte Joëlle, monitrice. « Mais il y a parfois des erreurs de parcours ! » ajoute-t-elle. Car si ces tests donnent de premières indications, ils ne garantissent pas tout : avec le temps, certains chiens « prodiges » se révèlent parfois de mauvaises pioches.

Pour les familles d’accueil, une première expérience

Les chiots sélectionnés sont placés pendant une année dans des familles d’accueil. Pour Alena, la formule est idéale : elle lui permet d’offrir un petit compagnon à ses enfants sans s’engager sur le long terme, ni se soucier des croquettes et des vaccins. « J’étais mitigée parce qu’un chien ça prend de la place et que mon mari et moi sommes souvent déplacement. C’est en tombant sur le site de l’asbl Entrevues que l’on s’est dit  : pourquoi pas ? C’est comme un test ». Pour Aline, étudiante en médecine vétérinaire, l’accompagnement au dressage est un véritable plus : « Je n’ai jamais eu de chiens chez moi et là c’était l’occasion d’en avoir un sur une courte durée tout en étant soutenue dans son éducation ». Quant à Julie, c’est le fait d’œuvrer pour une bonne cause qui l’a décidé : « Me dire que ça va aider des personnes déficientes visuelles, je trouve ça génial ! C’est l’association de plein de chouettes projets à la fois ». Seule une ombre apparaît au tableau : la peur de trop s’attacher. « C’est un risque mais tant pis, il faut ce qu’il faut ! » plaisante – à moitié – Aline.

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De chiot bien élevé à chien d’assistance

Une fois les bases acquises, il est temps pour les jeunes chiens de quitter leurs familles et de rentrer au centre, où les moniteurs peaufineront leur formation pendant six à dix mois. Il s’agit alors d’apprendre aux chiens à mémoriser des itinéraires, à éviter des obstacles ou encore à refuser des demandes trop dangereuses. Une période d’essai avec la personne déficiente visuelle à qui ils offriront leur service débute ensuite. « On essaie de bien cibler les besoins de nos bénéficiaires : est-ce qu’il s’agit de personnes qui prennent tous les jours le bus, qui se rendent en en ville ou qui ont plutôt des activités limitées comme aller faire les courses ? Est-ce qu’ils ont des enfants ? Quelle est leur vitesse de marche ? Tout ça nous permet de prévoir le travail que le chien devra effectuer au quotidien et d’attribuer le bon animal à la bonne personne », explique Joëlle, la monitrice. Jusqu’à présent, l’asbl a donné naissance à 100 couples heureux.

Faire évoluer le regard sur le handicap

Pour la personne déficiente visuelle, le chien est plus qu’un animal, c’est un compagnon de route, un véritable pont entre les personnes valides et elle. « Cela permet sans aucun doute de briser la glace : un chien, c’est un bon moyen d’amorcer une conversation, pour ensuite parler d’autres choses. Dans un sens, cela contribue aussi à faire évoluer le regard des personnes valides sur le handicap », raconte Jeff, chargé de communication pour l’association.

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Que des avantages donc. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, le recours à l’assistance d’un chien-guide n’est pas encore un choix courant parmi les personnes déficientes visuelles. « Ce n’est pas une question d’argent ou de confort. Je pense que la véritable raison est que ce service est encore peu connu, malgré le fait qu’il offre beaucoup plus qu’une canne », explique Joëlle.

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Elisabeth Meur

Des violettes pour poursuivre leur mission

Au total, la formation d’un chien d’assistance représente 700 heures de travail et un coût de 25 000 €, comprenant l’achat du chiot, son alimentation, sa stérilisation ainsi que les autres frais vétérinaires, l’hébergement au centre et bien entendu les heures de travail des monitrices. L’ensemble de ce montant est pris en charge par l’association, qui poursuit l’objectif de rendre ses services accessibles au plus grand nombre, et ce depuis 30 ans.

Afin de financer en partie leur fonctionnement, l’association organise une fois par an une campagne d’appel aux dons : l’opération Violette, qui se poursuivra jusqu’au 21 décembre prochain. Une belle idée de cadeau gourmand et solidaire, à mettre au pied du sapin.

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