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Neveo : la gazette qui rassemble les familles, par-delà la fracture numérique

Pour les personnes âgées qui ne viennent pas au web, c'est le web qui vient à eux ! | © Facebook : Neveo - Journal familial

Société

Neveo est une jeune start-up bruxelloise qui s’est lancé le défi de faire participer les seniors à nos conversations numériques en utilisant … du papier. Une bonne idée qui émerge d’une observation simple : c’est sur les réseaux sociaux que nous préférons désormais partager nos bonnes et nos mauvaises nouvelles, les événements qui nous marquent ou les simples anecdotes du quotidien.

Rien ne nous est désormais plus simple que de nous connecter au profil d’un ami ou d’un parent pour être rapidement mis au courant du fil de sa vie. Mais qu’en est-il de nos aînés, qui souvent ne maîtrisent pas les nouvelles technologies aussi bien que leurs enfants et petits-enfants ?

Du papier pour combler la fracture numérique

Nous ne sommes pas tous égaux devant Internet. Notre capacité à en jouir pleinement dépend de plusieurs facteurs : notre niveau d’instruction, le type d’emploi que nous exerçons mais aussi notre âge. En 2016, le Service public fédéral Économie constatait que 36 % des personnes entre 65 et 74 ans n’avaient alors jamais surfé sur Internet contre 1% seulement des jeunes âgés de 16 à 24 ans.

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Parmi ces seniors déconnectés se trouve le grand-père de Vincent, l’un des concepteurs de Neveo. Alors que sa famille est éclatée aux quatre coins du monde, il souffre de l’isolement. Son petit-fils lui offre une tablette afin de mieux communiquer mais cela ne change rien à l’affaire : papy fait bel et bien de la résistance. Comprenant que son cadeau finira par n’être bientôt qu’une vulgaire planche à pain, Vincent décide de prendre le problème à l’envers : si son grand-père ne va pas au web, c’est le web qui viendra à lui.

De ce problème naît une solution : Neveo. Le principe est simple : il y a d’un côté les participants “connectés” qui télécharge une application mobile ou ajoute une extension sur leur navigateur, leur permettant au fil des jours, de sélectionner et de commenter les contenus qu’ils souhaitent partager avec leurs grands-parents. De l’autre côté, les seniors, qui reçoivent au début de chaque mois une gazette imprimée sur du papier reprenant les nouvelles des membres de leur famille.

Le prix du service dépend du nombre de photos qu’on désire inclure à la gazette : de 6,99€ pour un maximum de 50 photos à 11,99€ pour 100 photos.

Un produit sur mesure

Afin de mettre au point un produit parfaitement adapté à leur public, Vincent et son compère, Simon, ont fait appel à des spécialistes. Dans la gazette, tout est pensé pour le confort des seniors : de la taille de la police, au contraste des couleurs, en passant par le format et même la brillance du papier. La mise en page se veut simple et aérée : “Le but est de comprendre très vite qui a partagé cette nouvelle et quand. Nos utilisateurs ont besoin de repères spatio-temporels clairs”, explique Simon.

Le service après-vente fait également l’objet d’une attention très particulière : “Nous sommes soucieux des retours de nos clients et cherchons constamment à améliorer notre produit”. Il s’agit donc d’être présents et d’offrir un accompagnement le plus personnalisé possible, via les réseaux sociaux ou le chat de la plateforme mais aussi par le biais d’un numéro de téléphone, à l’ancienne.

Une start-up made in Belgium qui s’ouvre au monde

Simon et Vincent, tous deux Bruxellois d’origine, se sont rencontrés autour du projet. C’est au hasard d’une soirée que la copine de ce premier rencontre le second, qui lui parle de son idée. Les deux hommes prennent contact pour la première fois sur Linkedin puis se rencontrent rapidement dans le monde hors-ligne. Le feeling passe bien : l’un, plutôt tchatcheur, se chargera de la vente, l’autre, travailleur de l’ombre, préférera se charger du développement du produit. “C’est un match !” comme on pourrait lire sur un autre type de plateforme.

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Le succès ne s’est pas fait attendre : depuis le lancement de la première version de l’application, 400 000 photos ont déjà été uploadées sur les serveurs de Neveo. Les utilisateurs sont essentiellement francophones, de Belgique mais aussi – et surtout – de France. En effet : Simon et Vincent préfèrent pour le moment viser un marché plus restreint mais avec lequel ils communiquent facilement. Pourtant, ils ont bien l’intention de s’agrandir et peut-être de conquérir le monde. “On aimerait étendre rapidement notre service aux hispanophones et aux anglophones”, s’enthousiasme Simon. Qui a dit que le plat pays manquait d’ambition ?

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