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Attaque d’une mosquée au Sinaï : l’attentat le plus meurtrier de l’histoire récente de l’Égypte

La mosquée Al-Rawda, après l'attaque. | © BELGA/AFP

Société

La mosquée Al-Rawda dans le village de Bir al-Abed, à l’ouest d’Al-Arich, dans le Sinaï égyptien a été attaquée par des hommes armés. Au moins 235 personnes sont mortes. 

 

Au moins 235 personnes ont été tuées ce vendredi 24 novembre lors d’une attaque sans précédent contre une mosquée dans le nord du Sinaï menée par des hommes armés à l’heure de la grande prière, l’une des plus meurtrières en Égypte ces dernières années.

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L’attaque, qui n’a pas été immédiatement revendiquée, a fait 235 morts et 125 blessés parmi les fidèles, a indiqué la télévision d’État égyptienne. Elle s’est produite autour de la mosquée Al-Rawda dans le village de Bir al-Abed, à l’ouest d’Al-Arich, la capitale de la province du Nord-Sinaï, région où les forces de sécurité combattent la branche égyptienne du groupe jihadiste État islamique (EI).

Un lieu de rassemblement de soufis

D’après des responsables, les assaillants ont déclenché une explosion avant d’ouvrir le feu sur les fidèles, parmi lesquels se trouvaient notamment des conscrits de l’armée. Le chef d’un groupe bédouin qui combat l’EI a par ailleurs déclaré à l’AFP que cette mosquée était connue comme un lieu de rassemblement de soufis, adeptes d’un courant mystique de l’islam considéré comme hérétique par le groupe jihadiste. La présidence égyptienne a décrété trois jours de deuil national en hommage aux victimes de la mosquée Al-Rawda.

Depuis 2013 et la destitution par l’armée du président islamiste élu Mohamed Morsi, des groupes jihadistes dont la branche égyptienne de l’organisation État islamique (EI) attaquent régulièrement les forces de sécurité égyptiennes dans le nord du Sinaï.

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De nombreux policiers et soldats, ainsi que des civils, ont été tués dans ces attaques. La branche locale de l’EI a également revendiqué plusieurs attaques contre des civils, notamment des chrétiens et des soufis.

Plus de 100 chrétiens, essentiellement des Coptes, ont été tués depuis un an dans des attentats contre des églises ou des attaques ciblées dans le Sinaï et à travers le pays. En février, les chrétiens d’Al-Arich avaient fui en masse après une série d’attaques violentes visant leur communauté. Les jihadistes ont aussie décapité l’an dernier un chef soufi, l’accusant de pratiquer la magie, et kidnappé plusieurs adeptes du soufisme, libérés après s’être « repentis ». L’Égypte est par ailleurs menacée par des jihadistes proches d’Al-Qaïda qui opèrent à partir de la Libye, à la frontière ouest du pays.

L’attentat le plus meurtrier de l’histoire récente de l’Egypte

C’est la première fois qu’une attaque aussi meurtrière vise un lieu de culte musulman. La mosquée al-Rawda est notamment fréquentée par des adeptes du soufisme, un courant mystique de l’islam que le groupe État islamique (EI) considère comme hérétique et appelle à combattre. Des conscrits faisaient également partie des fidèles.

Le 31 octobre 2015, les 224 occupants d’un Airbus A321 russe, touristes et membres d’équipage, périssent dans le crash de leur appareil après son décollage de la station balnéaire de Charm el-Cheikh, dans le sud du Sinaï. La branche égyptienne de l’EI revendique l’attentat. Moscou confirme que celui-ci a été provoqué par l’explosion d’une bombe.

Attaque à la mitraillette et au poignard

Le 23 juillet 2005, quelque 70 personnes, dont de nombreux Occidentaux, périssent dans une série d’attentats à Charm el-Cheikh. Quatre groupes revendiquent ces attaques, dont le groupe islamiste « Al-Tawhid wal Jihad » se réclamant d’Oussama Ben Laden. Le 7 octobre 2004, 34 personnes, parmi lesquelles plusieurs touristes israéliens, sont tuées et 105 blessées dans un triple attentat perpétré dans le Sinaï contre l’hôtel Hilton de Taba (à la frontière égypto-israélienne) et contre deux camps de vacances à Noueiba (470 kilomètres au sud-est du Caire).

Le 17 novembre 1997, 62 personnes, dont 58 touristes pour la plupart suisses et japonais, sont tuées à Louxor (Haute-Égypte), dans un attentat revendiqué par la Jamaa islamiya. L’attaque à la mitraillette et au poignard a eu lieu devant le temple d’Hatchepsout.

Les Frères musulmans à l’origine de nombreux attentats

Le 9 avril 2017, 45 personnes sont tuées dans deux attaques suicide revendiquées par l’EI en pleine célébration des Rameaux à Alexandrie, deuxième ville du pays, et Tanta, dans le nord de l’Égypte. Le 11 décembre 2016, au Caire, un attentat suicide contre l’église copte Saint-Pierre et Saint-Paul, fait 29 morts. L’attentat, qui a eu lieu en pleine célébration, est revendiqué par l’EI. Le 1er janvier 2011, un attentat non revendiqué fait 23 morts à la sortie d’une église copte après la messe du Nouvel An à Alexandrie

Depuis que l’armée a destitué en 2013 le président Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, des groupes extrémistes – notamment la branche égyptienne de l’EI – ont multiplié les attentats contre les forces de sécurité faisant des centaines de morts, notamment dans la péninsule du Sinaï. Le 20 octobre 2017, 16 policiers sont tués dans une embuscade dans le désert occidental, au sud-ouest du Caire, revendiquée par un groupe s’appelant « Ansar al-Islam ».

Le 29 janvier 2015, 30 personnes, en majorité des militaires sont tuées dans des attaques coordonnées dans le Nord-Sinaï. Le 24 octobre 2014, un kamikaze tue 30 soldats en précipitant sa voiture bourrée d’explosifs contre un barrage de l’armée près d’Al-Arich, le chef-lieu de la province du Nord-Sinaï. Le 19 août 2013, des assaillants attaquent à la roquette deux minibus de la police, tuant 25 policiers qui se rendaient à Rafah, ville du Nord-Sinaï.

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