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Des annonceurs boycottent YouTube Kids envahi de commentaires pédophiles

100 000 comptes "malveillants" posteraient régulièrement sur YouTube. | © PHOTOPQR/NICE MATIN

Société

La version « enfants admis » de YouTube est polluée par les propositions déviantes. Un fléau auquel les marques et des modérateurs bénévoles se sont attaquées, à défaut des plateformes elles-mêmes.

C’était pourtant une bonne idée. Mais comme la série Black Mirror ne manque pas de nous le rappeller depuis près de quatre saison, une nouvelle tendance ou innovation technologique, aussi bonne parait-elle, peut tourner au fiasco si l’on n’a pas anticipé tous ses dérapages et coins d’ombre. C’est, semble-t-il, le cas avec YouTube Kids, la nouvelle plateforme simplifiée du géant de la vidéo à destination des enfants.

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Sorte de Netflix « enfants admis », YouTube Kids propose depuis 2016 du contenu à la carte essentiellement familial et adapté aux bambins déjà rodés aux usages de la tablette. Capturer une nouvelle audience et truster une place dans son cœur pour les décennies à venir, telle était l’ambition de YouTube. Une nouvelle offre qui aurait pu plaire aux parents, si elle n’avait pas ramené dans ses filets des prédateurs : les pédophiles du net, qui rodent dans la section des commentaires, selon deux enquêtes du Times et de la BBC.

©Capture d’écran de YouTube kids

De nombreux messages à caractère sexuel peuvent en effet être retrouvés en dessous d’un dessin animé ou d’une vidéo pédagogique. Une menace qui n’a pas manqué d’atteindre les oreilles des grandes marques qui sponsorisent la plateforme à coup de publicités ou de bannières et qui, forcément, ne leur a pas plue. Et les réactions n’ont pas tardé à se faire entendre du côté des annonceurs : Mars, parmi d’autres, a décidé de retirer ses billes du jeu. « Nous sommes choqués et révoltés de voir nos publicités apparaître aux côtés de tels contenus qui exploitent et sont inappropriés. Nous avons pris la décision de suspendre immédiatement toutes nos publicités sur YouTube et Google. Jusqu’à ce que nous ayons confirmé que des dispositifs de protection appropriés sont mis en place, nous ne posterons plus de publicités sur YouTube et Google », rapporte le site Siècle Digital. HP, Lidl, Deutsche Bank, Sky, Adidas et Diageo ont suivi la marque de barres chocolatées en retirant leurs publicités – et par là-même, leurs fonds.

Modérateurs bénévoles

C’est qu’en dehors d’un problème d’image pour les marques, celles-ci n’ont pas manqué de pointer le principal problème de YouTube aujourd’hui – et d’autres plateformes, comme Twitter : la modération en perdition, qui dans sa cruelle absence, autorise tous les dérapages et agressions en ligne. Voire davantage encore, dans le cas du cyber-harcèlement ou, comme ici, face à des pédophiles. D’autant que le nombre de ces comptes malfaisants pourrait chiffrer à 100 000, fait savoir la BBC.

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Si YouTube affirme que la « grande majorité » des commentaires sont signalés dans les 24 heures, c’est surtout grâce à la vigilance des internautes eux-mêmes. Alors qu’un algorithme censure régulièrement les contenus offensants, ce sont les utilisateurs de la plateforme qui font le gros du travail, en signalant d’un drapeau ces vidéos ou commentaires. Des groupes d’internautes, tels que ceux du programme Trusted Flagger, prennent la tâche à cœur, signalant massivement les publications dangereuses. Ils ne sont pourtant pas payés, même s’ils sont régulièrement invités à des évènements de YouTube, comme l’explique la BBC. Un pansement provisoire et malheureusement insuffisant pour venir à bout de tous les cas déviants sur Internet, et qui permet surtout de mettre en lumière le désintérêt ou l’impuissance des réseaux sociaux à endiguer la violence en ligne.

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