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« Saint-Nicolas, vous lui mettez une croix, un losange… je m’en fous »

À l'heure où Saint-Nicolas va plus aux matchs de football qu'à l'église, la polémique de sa croix disparue a-t-elle bien lieu d'être ? | © BELGA PHOTO BRUNO FAHY

Société

Père Fouettard, Plaisirs d’Hiver et aujourd’hui la croix de Saint-Nicolas, les polémiques sur des traditions religieuses, ancrées dans notre société s’accumulent. Les internautes se mobilisent pour défendre leurs valeurs chrétiennes. Un comble à l’heure où les églises sont vides ?

Lundi 21 novembre, Solidaris a lancé un concours de coloriage de Saint-Nicolas pour les enfants. Le hic : la croix de la mitre du grand Saint a été remplacée par un rond. Ce gommage de ce caractère religieux par la mutualité a créé un débat dans le pays. Mais pour certains, cela reste des « foutaises ». Comme cet internaute, qui a exprimé son ras le bol :

« Qu’est-ce que vous m’emmerdez avec vos valeurs, vos traditions et vos croix sur la mitre de Saint-Nicolas ! Nos valeurs, elles dorment dehors dans le parc Maximilien; nos valeurs, elles se noient en Méditerranée dans l’indifférence ; nos valeurs, elles détournent l’argent du Samu social ; nos valeurs, elles doivent organiser des Cap 48 ou des Viva For Life pour ne pas laisser crever notre voisin dans l’isolement et la misère ; nos valeurs, elles votent l’ouverture d’un centre fermé pour emprisonner des familles avec enfants qui n’ont commis aucun délit; nos valeurs, elles s’installent à Monaco pour ne payer aucun impôt ; nos valeurs, elles planquent leur fortune dans les paradis fiscaux; nos valeurs, elles ne s’émeuvent presque pas quand plus de 300 personnes se font massacrer dans une mosquée en Egypte ; nos valeurs, elles vendent des armes aux pays du Golfe que l’on retrouve ensuite dans les mains des combattants de Daesh ; nos valeurs, elles achètent des fringues chez Primark ou des iPhones chez Apple fabriqués par des gosses en Asie ; nos valeurs, elles roulent en diesel pour aller polluer chaque jour un peu plus une planète qui suffoque déjà ; nos valeurs, elles obligent les femmes à descendre dans la rue pour réclamer moins de violence à leur égard; nos valeurs, elles admirent des joueurs de foot décérébrés sponsorisés par les grands argentiers du terrorisme… Alors, franchement, Saint-Nicolas, vous lui mettez une croix, un losange, une plume ou je ne sais quoi d’autre encore, je m’en fous, vous n’avez pas idée comme je m’en fous ! » (Extrait)

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Les musulmans n’ont « rien demandé »

Solidaris explique son geste par la volonté de ne rejeter aucun enfant. « La fête de SaintNicolas est considérée par certains comme une tradition, par d’autres comme une fête religieuse. À chacun de s’approprier ce dessin comme il le souhaite ». Bruno Beblander, porte-parole, a expliqué sa décision au micro d’RTL « Nous avons choisi de retirer la croix sur la mitre de Saint-Nicolas parce que nous voulions que ce soit la fête de tous les enfants, membres de familles laïques ou des enfants qui appartiennent à d’autres religions ».

©BELGA PHOTO KRISTOF VAN ACCOM – Le père Fouettard est également régulièrement pointé du doigt.

Ce débat n’est pas le premier du genre. Le père Fouettard soulèvre régulièrement la question du racisme avec sa « blackface ». Autre exemple encore, le marché de Noël de Bruxelles rebaptisé
« Plaisirs d’hiver », avait également fait un tollé. Certains y voient une volonté de retirer les aspects religieux des traditions chrétiennes. Bien que l’absence de cette croix le soit dans un but multiculturel, pour Nadia, représentante de la communauté musulmane, celle-ci n’a pourtant « rien demandé ». « La décision de Solidaris d’enlever la croix nuit à la communauté musulmane. Les gens ne réfléchissent pas. Ils prennent connaissance de la décision de Solidaris et c’est tout de suite à cause des musulmans ». Ces controverses n’ont aucun sens selon elle, et les traditions doivent persister : « Je suis musulmane de nationalité belge mais Noël, Saint-Nicolas et Pâques font partie de ma culture et je l’assume tout à fait ».

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Cette nouvelle polémique intervient dans une époque où de moins en moins de fidèles se rendent à l’Église. Certains citoyens semblent pourtant rester attachés à leurs traditions, comme l’étoile au dessus du sapin à Noël ou encore les cadeaux, sans pour autant faire preuve d’une grande croyance en la religion chrétienne.

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