Paris Match Belgique

La Saint-Nicolas expliquée à votre collègue français

Les Belges eux-mêmes connaissent-ils vraiment leur "grand saint" ? | © BELGA PHOTO DIRK WAEM

Société

Pour faciliter les relations Belgique-France, la rédaction internationale de Paris Match revient sur la légende de Saint-Nicolas, détails cocasses compris.

 

Balisée ici et là de boites de biscuits, de carnets de notes et de post-it cryptés, la rédaction de parismatch.be est généralement un oasis de paix, d’harmonie et de friandises. Mais à l’approche de la Saint-Nicolas, certains journalistes s’inquiètent de voir leurs chaussures remplies de bonbons, plutôt que la boite dédiée habituellement. C’est que l’équipe est à moitié française, ce qui ne manque pas de provoquer de nombreuses discussions sur la prononciation de « Schaerbeek », le rapport entre une serpillère et une « mop » ou encore le contenu exact de ces fameux « boulets à la Liégeoise ». La dernière « histoire de la Belgique » en date ? Celle d’un évêque turc devenu débusqueur de tueurs en série, prétendument patron des prostituées et bien connu des services de Bpost : le grand Saint-Nicolas. Dans l’intérêt des meilleures relations entre nos deux pays et pour avoir la réponse toute prête au prochain « Mais c’est qui, votre Saint-Nicolas, là ? », voici sa légende racontée – plus quelques anecdotes croustillantes.

Un justicier amateur de salaisons

L’histoire n’a pas manqué de terroriser plus d’un bambin. Un hiver particulièrement sombre, trois enfants se perdent au beau milieu des champs. Cherchant leur chemin et un peu de pain, ils frappent à la porte d’une maison. Ils y trouvent un grand bonhomme, Pierre Lenoir, le boucher du village, qui leur propose un lit pour la nuit. Mais à peine entrés, le charcutier sort son hachoir et les tue, les découpe en morceaux et les met au saloir. Voilà qui fera un délicieux « petit salé ».

Sauf que la scène n’a pas échappé à un homme passé par là par hasard. Arrêtant son âne, il frappe à son tour à la porte de Pierre Lenoir. Impossible, même pour un rustre, de ne pas offrir son hospitalité à celui qui s’avère être… un véritable évêque, en chair et en os. Mais voilà que son invité demande à être servi de petit salé. Comprenant le piège de Saint-Nicolas, le boucher avoue tout, tandis qu’avec seulement trois doigts, l’évêque parvient à ressusciter les trois enfants.

Âne magique chez les francophones, cheval blanc chez les Flamands

Célébré en Allemagne dès le Xème siècle, le Saint-Nicolas à la mitre et à la barbe blanche – façon Père Noël, dont le nom Santa Klaus serait dérivé de Saint Nikolaus – est toujours incroyablement populaire en Belgique, où il est fêté le 6 décembre. Il l’est même, chez les plus jeunes, plus que son collègue du 25 décembre. Devenu patron des enfants, il apporte aux plus sages des speculoos – un biscuit à la cannelle – à son effigie, des mandarines et des cadeaux dans les souliers – et plus vraisemblablement sur la table de la cuisine ou du salon, sur laquelle les gamins se ruent dès le réveil. La veille, ils n’ont en principe pas manqué de laisser un bol d’eau ou de lait et une carotte devant la cheminée pour l’âne, et un verre d’alcool pour Saint-Nicolas – on ne se refait pas.

©BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Mais si les francophones l’imaginent plutôt monter un âne magique, les Flamands, eux, aiment le voir débarquer d’Espagne sur un cheval blanc. Ils l’appellent d’ailleurs « Sinterklaas ». La poste belge, Bpost, reçoit par contre des lettres destinées au saint de toute la Belgique. Les enfants peuvent en effet lui écrire à l’adresse Rue du Paradis no 1, 0612 CIEL et même espérer une réponse, voire un cadeau.

Lire aussi > Ce qu’il se passe quand on écrit à Saint-Nicolas, 1 rue du Paradis

Nicolas de Myre dans la vraie vie

Mais Saint-Nicolas a vraiment existé. De son vrai nom Nicolas de Myre – aussi appelé Nicolas de Bari -, il est né en Turquie et a succédé à son oncle évêque autour de l’an 300. Plus tard, il sera poursuivi comme de nombreux chrétiens, captué et torturé, non sans avoir d’abord distribué sa fortune aux pauvres. Depuis le Xème siècle, il a également une basilique à sa gloire en Lorraine française, où repose la relique de l’une de ses phalanges magiques.

Lire aussi > « Saint-Nicolas, vous lui mettez une croix, un losange… je m’en fous »

Le Saint-Nicolas que l’ont connait aujourd’hui est d’ailleurs aussi fêté dans le nord et l’est de la France – demandez donc d’abord l’origine de vos collègues avant de les éclairer de vos lumières -, même si les Lorrains ou les Alsaciens ont d’autres traditions que les Belges.

Un saint polyvalent…

Patron des enfants, bien sûr, mais aussi des prisonniers, des avocats, des ergothérapeutes et des célibataires, Saint-Nicolas ne chôme pas en dehors du 6 décembre. On dit aussi qu’il est le saint des marins et que l’histoire des trois enfants sauvés du saloir pourrait être une allégorie : les petits perdus seraient des bateliers sauvés d’une catastrophe, le bac du saloir étant le navire et son sel, la mer dangereuse.

©BELGA PHOTO BRUNO FAHY

En revanche, il n’est pas, comme certains aiment le raconter, le patron des prostituées. En revanche, l’un des miracles attribués à Nicolas de Myre est bien d’avoir sauvé trois sœurs pauvres de la prostitution en leur donnant trois bourses pour les faire marier.

… et un Père Fouettard polémique

Après avoir ressuscité les trois gamins, l’histoire raconte que Saint-Nicolas enchaina le mauvais boucher à son destrier et l’entraina avec lui. Le voilà devenu Père Fouettard, bourreau officiel des enfants méchants. Habillé de noir, il porte à l’origine une barbe sombre cachée sous une cagoule. S’il n’a jamais eu le beau rôle, le Père Fouettard – « Zwarte Piet » en Flamand, soit « Pierre le noir » – est depuis quelque années particulièrement critiqué en Belgique et aux Pays-Bas. En cause, son visage grimé, considéré comme raciste. En effet, l’histoire retient qu’il pourrait être un Maure ramené par des Espagnols, tandis qu’aujourd’hui, plus rien ne justifie le « blackface » – le fait d’imiter les traits stéréotypés des personnes noires avec du maquillage.

Lire aussi > « J’ai peur du noir » : Ces vêtements pour bébés « humoristiques » ne passent pas

©BELGA PHOTO JONAS ROOSENS

En octobre 2014 pourtant, le Centre pour l’égalité des chances belge a estimé « qu’il n’y a pas d’intentions, de propos ou d’actes racistes dans cette tradition ».

Une occasion pour boire des bières

Si on cesse de fêter Saint-Nicolas passé un certain âge, les étudiants belges ne manquent pas un 6 décembre pour sortir en ville avec chars et gobelets, histoire de collecter quelques euros auprès des passant pour s’offrir des bières en « guindaille ». Comme quoi, Saint-Nicolas accompagne les Belges à tout âge.

CIM Internet