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L’échange raciste ultime a eu lieu (et ce n’est pas exactement ce que vous imaginez)

Vidéo Société

Dans un clip prenant, le rappeur Joyner Lucas revient sur ce qui oppose un raciste à son compatriote afro-américain, avec des références évidentes à l’Amérique de Donald Trump.

« Avec tout le respect que je te dois, je n’ai pas de pitié pour vous les nègres, c’est ce que je ressens ». La scène est glaçante. Dans une pièce vide, un homme portant une casquette « Make America Great Again » se tient face à un jeune homme noir et muet, mais pas impassible. « Je me tue au travail et je paie mes taxes pour quoi ? Pour que tu puisses continuer à vivre de l’assistance sociale ? », continue-t-il, crachant sa colère en quelques phrases bien agencées. Avec un peu de chance, elles riment. « T’es fainéant et tu préfères vendre de la drogue que trouver un boulot et rester droit, puis tu fais volte-face et te plains du taux de pauvreté ? Dégage de là ! » Il poursuit encore : « Comme il n’y a personne à accuser, tu t’en prends à Donald », avant de porter le coup fatal : « Je ne suis pas raciste, le copain de ma sœur est noir (…) Je ne suis pas raciste, mais je suis prêt à ce genre de guerre ».

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Le discours est lancé sans crainte, sans peur de ce qui pourrait lui être répondu. Comme on le ferait sur les réseaux sociaux. Sauf que cette fois, le principal intéressé est à l’autre bout de la table. Et l’homme à la casquette rouge a lancé un appel malgré lui : « Je ne suis pas raciste, mais il y a deux côtés à chaque histoire, et j’aimerais avoir connu la tienne ». Alors, à l’amas de stéréotypes qui ne réussissent pas à cacher un discours si banalement raciste, l’homme aux dreadlocks répond.

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Lui, ne peut plus conduire sans un contrôle de police. Ne peut se résoudre à oublier ses ancêtres esclaves et à entendre dans les « niggas » de ses compatriotes américains plus qu’un salut. N’est jamais rappelé pour un job. N’en peut plus du racisme systématique. Et lui non plus « n’est pas raciste », mais il ne peut s’empêcher d’en vouloir aux blancs avec lesquels il partage sa bannière étoilée. « Il y a deux versions à chaque histoire, et maintenant tu connais la mienne », conclut-il, avant de tomber dans les bras de son interlocuteur.

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5 millions de vues

La vidéo fait un tabac, atteignant en l’espace de trois jours près de 5 millions de vues sur YouTube. C’est que le clip de « I’m not racist » du rappeur américain Joyner Lucas met dans le mille en pointant du doigt le double discours d’une Amérique plus divisée que jamais. « C’est une conversation très inconfortable à avoir », explique Joyner Lucas à CNN, à propos de ces idées qu’on ne se lance que rarement au visage, mais qui blessent durement de chaque côté. Le plus choquant dans les images n’étant pas, selon lui, les propos, mais que le premier protagoniste soit un « regular Joe », et pas forcément un suprémaciste blanc néo-nazi. « C’est un homme blanc banal qui exprime ce qu’il ressent vraiment à propos des noirs, et c’est un mec noir banal qui parle de ses interractions avec les blancs. Ce sont des sentiments niés que les deux parties ont, mais ont peur d’exprimer ».

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Et en rappant cette conversation taboue, Joyner Lucas parvient à renverser bien plus que la table qui les sépare. Mis face à face, les deux hommes n’ont d’autres choix que de convenir : « Je ne suis pas raciste (…) Mais je sais qu’il ya une déconnexion entre ta culture et la mienne ». Et que tout cela n’est pas irréversible.

Ross Capicchioni

Si Joyner Lucas marque ici des points, ses initiatives « à double tranchant » n’ont pas toujours été vues d’un très bon œil. En 2015, la sortie du clip de « Ross Capicchioni », qui utilise plus ou moins le même procédé, avait été jugé choquant par beaucoup. Le récit était basé sur l’histoire vraie de Ross Capicchioni, un élève américain blessé à trois reprises par un « ami », avec une arme à gros calibre à Detroit. Ross Capicchioni s’en était miraculeusement tiré.

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Dans sa version de l’histoire, Joyner Lucas revenait sur la suite d’évènements qui avaient poussé le jeune assassin à tirer sur son ami, dans le cadre d’une « initiation de gang ». La vidéo, en deux parties comme « I’m not racist », reprenait un argumentaire visuel aussi cru que le texte de la vidéo déjà célèbre.

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