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La première victime du décret anti-immigration de Trump déportée

Guadalupe Garcia de Rayos a été arrêtée à Phoenix, le 8 février 2017. © Rob Schumacher/AP/SIPA

Société

Si son nom fleure bon le soleil des îles, Guadalupe Garcia de Rayos n’a pas quitté les États-Unis depuis ses quatorze ans, âge auquel elle a émigré de son Mexique natal. À 36 ans, cette mère de famille a été expulsée et a dû quitter sa maison, sa famille et son pays.

D’après un article PARIS MATCH FRANCE de Kahina Sekkai

Elle venait pour son contrôle annuel au sein des services de l’immigration… et n’en est pas repartie. Mercredi, Guadalupe Garcia de Rayos, une mère de famille de 36 ans, a été arrêtée à Phoenix, dans l’Arizona, rapporte CBS 5. Arrivée aux Etats-Unis à l’âge de 14 ans, Guadalupe Garcia de Rayos n’est pas retournée dans son pays natal, le Mexique, depuis. Mais elle savait que depuis la signature du décret, le 25 janvier dernier, elle était exposée à davantage de risques. C’est pour cette raison qu’elle s’était rendue entourée de soutiens et d’un avocat spécialisé dans les questions d’immigrations à son rendez-vous à Phoenix.

Sur place, elle a été interpellée en vertu du durcissement des lois sur l’immigration décidé par Donald Trump, qui concerne notamment les personnes ayant un casier judiciaire ou ayant été soupçonnée d’avoir commis des « actes qui constituent une offense criminelle punissable », ce qui est le cas de la trentenaire.

En décembre 2008, Guadalupe Garcia de Rayos avait été arrêtée à son travail pour usurpation d’identité car elle était en possession de faux papiers. Après avoir passé six mois en détention, la mère de famille avait reçu pour consigne de se présenter tous les six mois devant les services de l’immigration, où elle était interrogée puis repartait libre, bien que passible d’expulsion. La menace a désormais été mise à exécution, alors que sous la présidence Obama, elle figurait parmi les « faibles priorités » de l’administration.

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Une éxécution rapide

Son mari, comme elle, n’a pas de papiers américains, mais leurs deux enfants, un garçon et une fille, sont nés dans le pays. « Pour moi, c’est triste de voir ce que ce monde est devenu, que ce monde porte tellement de haine en lui, surtout depuis [l’arrivée du] nouveau président que nous avons maintenant. Voir ma mère dans ce van était inexplicable, c’était vraiment dur », s’est exprimée la fille de Guadalupe Garcia de Rayos après qu’une voiture l’ait emmenée. « Personne ne devrait jamais ressentir la peine de voir sa mère lui être enlevée ou la peine de devoir faire sa valise (…) se demandant si elle aura besoin de ceci ou de cela », a-t-elle continué, en pleurs.

Des centaines de personnes se sont mobilisées pour Guadalupe, devant les locaux de l’immigration. Un homme s’est même enchaîné aux roues du van qui la conduisait vers le centre de rétention. Selon le New York Times, le véhicule est ensuite parti sous les cris de « No estas sola ! », soit « Tu n’es pas seule », en espagnol. Depuis, la mère de famille a été expulsée des États-Unis. Guadalupe n’a cependant exprimé aucun remord quant à ses années passées illégalement dans le pays. « La vérité, c’est que j’étais ici pour mes enfants. Pour un futur meilleur. Pour travailler pour eux. Et je ne le regrette pas, parce que je l’ai fait par amour », a-t-elle confié lors d’une conférence de presse jeudi soir, au Mexique.

Pour certains américains, son expulsion ne faisait clairement que respecter la nouvelle réglementation balisée par Trump et était même souhaitée. Ceux-ci continuent, comme les supporters de Guadalupe, à exprimer leurs opinions, parfois très tranchées, sur les réseaux sociaux. « Guadalupe Garcie de Rayos est une criminelle étrangère ILLÉGALE, accusée d’un crime en 2006. Désolé, elle doit s’en aller, c’est la LOI ! #ConstruireLeMur« , pouvait-on y lire, hier. Le tweet fait également référence au fameux mur séparant les deux pays que le président Trump s’est engagé à faire construire par le Mexique.

« Guadalupe Garcia de Rayos est une voleuse qui a utilisé une fausse identité pour obtenir des avantages. C’est ce que font les illégaux, ils volent et prennent aux Américains. Bye« .

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