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Syrien, réfugié et gay : une histoire (presque) impossible

Au premier plan, Omar. À sa gauche, Hussein, un Syrien homosexuel qui mène une double vie.

Société

Comment un drôle de concours de « misters » permet désormais au monde de découvrir la situation des réfugiés homosexuels syriens, à travers une caméra turque.

 

« Avant toute chose, je voulais vous dire que ces cinq hommes sont les plus courageux du monde ». Mahmmoud tient le micro en désignant les candidats devant lui, sur une petite estrade. Dans quelques instants, l’un d’entre eux sera désigné « Mr Gay Syria », à la manière des miss à travers le monde entier – à l’exception près que ceux-ci se sont réfugiés en Turquie, persécutés dans leur pays pour ce qu’ils sont.

Cette compétition étonnante, traditionnelle dans sa forme, mais particulièrement progressiste dans le fond pour cette communauté homosexuelle arabe, est une première. C’est Mahmmoud qui en a l’initiative : un Syrien gay installé à Berlin, mais qui n’a pas oublié les persécutions dont sont victimes les homosexuels de son pays chez eux. Les emmener à Malte pour le rendez-vous international de Mr Gay World est un doux rêve, mais puissant. Car au-delà du voyage en terre inconnue, entouré d’éphèbes luisants de soleil, Mahmmoud veut se servir du podium du concours de « misters » comme d’un porte-voix. Pour rappeler à tous ceux qui le regardent qu’être Syrien et homosexuel ne signifie pas seulement vivre dans la crainte de se faire jeter du haut d’un immeubles par les soldats de Daesh.

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©Mr Gay Syria – Mahmmoud, en pleine préparation du concours.

Ayse et Mahmmoud

« Je suis gay et si tu as un problème avec ça, on ne peut pas travailler ensemble ». C’est la première chose que Mahmmoud dit à Ayse Toprak, réalisatrice turque de documentaires, lorsqu’il la rencontre à la frontière syrienne en 2011, alors que les premiers éclats de la guerre se font entendre. Mais Ayse l’engage comme fixeur – un homme de confiance, qui lui permettra de faire son travail avec le soutien d’un local. Entre les deux, une vraie amitié se crée, à tel point que le Syrien décide de lui confier son projet. Et elle, de le suivre dans cette aventure folle à Istanbul, pour donner naissance au film sobrement intitulé Mr Gay Syria, présenté ce 8 décembre au Festival du film méditérranéen de Bruxelles.

Ayse Toprak a ainsi suivi durant un an les destins de Mahmmoud, Omar, Hussein et les autres, dans leur quête de liberté et de reconnaissance. Embarqué dans l’intimité de ce petit groupe de survivants, on ne peut être qu’ébahis par la force et le courage dont font preuve ces hommes installés précairement à la porte de l’Europe. C’est qu’« en Turquie, la situation devient de pire en pire pour les LGBT, et pas seulement pour les Syriens », nous raconte la réalisatrice au téléphone.

Elle était notamment présente à Istanbul, caméra au poing, pour la dernière gay pride nationale, durement réprimée par l’État et, dans les rues, par les forces de l’ordre. Traqué par les matraques de la police, la peur se lit sur les visages de son petit groupe, qui a trouvé refuge à l’étage d’un bâtiment à l’écran. « Les Syriens sont déjà discriminés parce qu’ils sont réfugiés, mais en étant gays, ils vivent un double préjudice. C’est une situation claustrophobique pour eux. Et leur anxiété ne s’apaise pas, parce que la situation ne va pas en s’améliorant », explique Ayse Toprak.

Partir, mais pas sans avoir laissé un message

Mais puisque l’union fait la force, et qu’au delà du désespoir, le courage aussi, des Syriens se réunissent depuis deux ans tous les dimanches à l’occasion d’un « tea and talk » à Istanbul, où s’invite la caméra. Ce groupe de soutien, fondé et financé par une organisation LGBT turque, réunit plusieurs réfugiés homosexuels issus de la communautés syrienne. Au fil du documentaire, on peut les voir se croiser, s’enlacer et se quitter, toujours dans l’espoir de se retrouver ailleurs, dans un pays européen où la vie leur sera plus douce.

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©Mr Gay Syria – Les principaux protagonistes du documentaire.

C’est pour cette raison, mais aussi pour alerter le monde sur leur situation que Omar et Hussein, entre autres participants du concours Mr Gay Syria, ont accepté de participer à visage découvert au documentaire – et ce même si pour la plupart, leur famille ignore tout de leur orientation sexuelle. « Ils voulaient avancer et ils ont vu le film comme une manière de le faire », se souvient l’instigatrice du documentaire.

Si certains ont obtenus un précieux permis de séjour, d’autres sont restés. Mais peut-être pas en vain ni sans espoir, puisque Mr Gay Syria est parvenu à attirer l’attention d’autres ONGs, désireuses de s’impliquer désormais dans la cause des LGBT arabes. L’occasion de transmettre aux principaux intéressés un message : ils ne sont pas seuls. Et peut-être, en partageant leurs histoires pas si impossibles à travers l’écran du Cinemamed, penserez vous en quittant la salle : « personne ne devrait être seul ».

 

Mr Gay Syria sera projeté au Botanique pour le Cinemamed ce 8 décembre.

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