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Transcommunication instrumentale : Quand les morts nous parlent…

(photo d'illustration) | © Flickr Richard Hemmer

Société

En évoquant la radio, Deleuze parle de « machines à fantômes » car la radio, précisément, désincarne la parole ; elle la délivre du corps et la diffuse à travers le temps et l’espace. L’auditeur entend des mots qui ont été prononcés dans un espace-temps étranger au sien. De nombreux expérimentateurs se posent alors une question audacieuse : si la radio permet d’entendre des voix venues d’autres mondes, peut-on imaginer qu’elle permette d’entendre la voix des morts ? C’est la question posée par la Transcommunication instrumentale (TCI).

 

Question à laquelle Nicole se trouve malgré elle confrontée peu après le décès de sa fille Amélie.

La mort d’Amélie

Lorsqu’en cette nuit du 23 septembre 2003 Nicole ouvre la porte à deux policiers, elle soupçonne un « problème ». Mais rien (sinon l’heure tardive) ne laisse présager une catastrophe de cette ampleur. Quand les deux hommes lui annoncent que sa fille est morte ce soir-là dans un accident de voiture, Nicole sombre. « Amélie décédée, une autopsie ; je ne comprends rien, c’est un cauchemar, écrit-elle plus tard. Je hurle, tout cela doit s’arrêter, ce n’est pas possible, c’est surréaliste, ils sont fous Ils me forcent à prendre un tranquillisant sous la menace des urgences. Je m’exécute : je prends cinq gouttes de Lysanxia mais je suis mauvaise, je leur parle en criant, je les hais ces policiers  ».

Le deuil et les lectures

Nicole doit désormais affronter la vie sans Amélie. Elle vit la période qui succède au décès de sa fille unique comme un « état de grâce » durant lequel elle expérimente les phases du deuil ; de la révolte à l’acceptation et au lâcher-prise… C’est au hasard d’une lecture sur les NDE (Near Death Experience) que Nicole accoste au rivage de la parapsychologie. Reconvertie dans le domaine des sciences pharmacologiques et de l’oncologie, cette ancienne professeure de français n’a pas pour habitude de jouer les « apprentis sorciers ». Si bien que lorsqu’elle découvre l’existence de la Transcommunication Instrumentale (TCI) – discipline qui suppose « l’enregistrement, en direct, de voix de défunts, sur bandes magnétiques » –  Nicole hurle à la supercherie. Si elle peut admettre l’existence de certains signes, elle ne peut pour autant accepter que « la voix des disparus (organe humain par excellence) se fixe sur une bande magnétique ». Pourtant, au matin du 23 août 2014, mue par une impulsion impérieuse, Nicole se rue dans la chambre de sa fille, y déniche une K7 audio vierge qu’elle insère dans un dictaphone. Sans réfléchir davantage, elle adresse une question à Amélie, pousse sur REC et laisse filer la bande ; dans l’attente d’une hypothétique réponse.

Nicole et sa fille
Nicole et sa fille, Amélie, en 2003 (pour la fête des mères).

Les débuts en TCI : « Suis t’ici »

Quand Nicole rembobine la bande, elle ne sait trop à quoi s’attendre. À l’écoute, elle perçoit d’abord le grésillement caractéristique du bruit blanc puis, par-dessus ou dessous, « mais bien réelle », la voix d’Amélie qui murmure « Suis t’ici ». « C’était sa voix telle que je la connaissais, explique Nicole. Avec, en prime, la faute de liaison qu’Amélie faisait quand elle était petite ».


Petite histoire de la TCI

Depuis toujours, les inventeurs de radio et amateurs de dispositifs destinés à électriser la parole s’intéressent aux sciences parapsychiques et cherchent à tendre un lien entre les ondes hertziennes et le « monde des esprits », ou des idées. On raconte que Thomas Edison, l’homme aux mille brevets, inventeur de l’ampoule électrique, de la pile et du phonographe, travaillait à l’élaboration d’une machine – le nécrophone – qui lui permettrait de communiquer avec les morts.

Edison Jurgenson
À gauche, Edison ©Mathew Brady/ À droite Jürgenson

Mais c’est Friedrich Jürgenson –  cinéaste, peintre, chanteur d’opéra, et portraitiste du pape à ses heures perdues ! – qui écrit les premières pages de la TCI. Pour les besoins d’un film qu’il réalise en 1959, Jürgenson enregistre des chants d’oiseaux dans la campagne suédoise. De retour chez lui, le cinéaste écoute son enregistrement et découvre sur la bande « un bruit vibrant comme un orage », quelques notes de trompette puis une voix qui semble s’adresser à lui. Convaincu qu’il s’agit d’interférences radio, Jürgenson réitère l’expérience ; avec succès : cette fois, c’est la voix de sa mère décédée qui surgit d’entre les chants d’oiseaux. L’artiste suédois abandonne alors la peinture pour se consacrer à l’enregistrement de ce qu’il nomme « la voix des morts ».

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De nombreuses personnalités emboitent le pas à Jürgenson. Parmi ces expérimentateurs, on cite Raudive (philosophe), König (électroacousticien), Senkowski (professeur de physique à qui l’on doit le concept de TCI), Monique Simonet (pionnière de la TCI en France), George Meek (professeur américain, membre de l’académie des sciences de New York), François Brune (théologien), Jean Dierkens (professeur émérite aux universités belges de Bruxelles et Mons) ou encore Didier van Cauwelaert (romancier)…

Consultante en TCI

Depuis 14 ans, Nicole se consacre à la TCI médiée par ordinateur. Avec son amie Gisèle (elle-même TCiste dans la région de Cannes), elle crée Mélonic (melonic.be), site  consacré à la TCI. Depuis sa création, le site a reçu des milliers de visiteurs parmi lesquels beaucoup d’endeuillés en quête de soutien.

Amélie - Nicole
La dernière photo d’Amélie (2003), et Nicole (2017).

Chez elle, Nicole reçoit ceux qui le souhaitent pour une séance de TCI. Dans cette maison à mille autres pareille, pas d’épaisses fumées blanches, ni boule de cristal ni pentacle, pas même un jeu de tarot. « Les choses se passent très simplement, confie Nicole. La personne arrive vers 11h00. On boit un café, on parle, on fait connaissance. J’en apprends davantage sur le défunt à contacter… Ensuite, j’approche deux chaises de l’ordinateur, je branche le micro, j’ouvre les programmes audio nécessaires, je lance l’enregistrement, je pose quelques questions et je laisse filer la bande. À la réécoute, je discerne en moyenne une vingtaine de messages, parfois davantage… La réécoute des enregistrements est une étape délicate qui requiert patience, persévérance et sang-froid. Rien n’est prévisible en matière de TCI. Certains jours, il se peut qu’on obtienne de maigres résultats. Il faut pourtant demeurer ouvert et à l’écoute ».

Quelques messages recueillis par Nicole





La TCI, preuve de la survivance de l’âme ?

Depuis la nuit des temps, des penseurs – parmi lesquels l’immense Platon – défendent l’idée d’un dualisme « corps et âme » ; conception selon laquelle l’âme perdure lorsque le corps physique s’anéantit. Évoquant cette conception platonicienne, le prix Nobel de physique, Werner Heinsenberg, a affirmé  que « la physique contemporaine a définitivement opté pour Platon. Car les plus petites unités de matière ne sont pas des objets physiques au sens généralement donné à ce terme. Ce sont des formes, des structures ou – au sens de Platon – des Idées que seul le langage mathématique peut décrire sans ambigüité ». De là à avancer qu’un  paradis (pour le nommer selon l’acception courante) existe, il y a un pas – que nous ne franchirons pas ici.

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Si l’idée d’une dimension propre aux âmes et/ou aux Idées est vieille et belle comme le monde, rien des sciences exactes ou humaines, de la philosophie, de la religion, des parapsychologies ou des phénomènes paranormaux ne permet actuellement d’en apporter une preuve irréfutable ; cette fameuse preuve par a+b.

Le père François Brune, théologien érudit, premier historien de la TCI et spécialiste des questions liées à la survivance de l’âme affirme cependant que « les cimetières sont vides » et que la TCI est promise à un bel avenir ; « un jour, écrit-il, sans doute, tout cela paraitra banal. Ces communications se seront tant multipliées qu’elles seront devenues une évidence. Alors, bien sûr, les hommes continueront de mourir et ceux qui devront rester sur cette terre pour un temps encore continueront à souffrir de cette séparation momentanée, mais la mort ne sera plus la même ».

Qui vivra verra, dit-on. (Qui mourra, aussi…)

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