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À la poursuite du diamant d’Anvers : comment l’Inde a conquis le marché

Les Indiens ont progressivement détrôné les diamantaires hassidiques à Anvers | © Belga

Société

Longtemps réservé aux diamantaires hassidiques, le business anversois du diamant est désormais en grande partie aux mains des Indiens. Une transition amorcée en douceur dans les années 60 et renforcée par la globalisation. 

 

L’image est éculée et contribue à entretenir bon nombre de clichés : indissociable du quartier des diamantaires d’Anvers, le personnage du juif hassidique dealer de pierres précieuses a pourtant fait long feu. Les nouveaux maîtres en la matière ? Les Indiens, qui ont progressivement réussi à conquérir un marché très fermé. Une transition confidentielle, à l’image d’un milieu où la discrétion a autant de valeur que les pierres mises en vente.

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De kosher à Kashmir

Longtemps considéré comme un bastion kosher au sein de la ville portuaire, le quartier de la Hoveniersstraat a vu les diamantaires indiens,  venus de la région du Gujarat, gagner progressivement du terrain ces dernières années. En cause ? Selon Ramesh Mehta, un diamantaire pionnier de la communauté indienne d’Anvers, il s’agit de la globalisation. Ainsi qu’il l’a confié au Wall Street Journal, les diamantaires hassidiques auraient « mal géré » cette dernière.
Une erreur de jugement qui a permis aux Indiens de dominer le marché : environ 80% des diamants polis vendus dans le monde passent par des intermédiaires indiens. Selon les chiffres recueillis par le Wall Street Journal, les Indiens seraient responsables de 65% du marché des diamants d’Anvers, estimé à 22 milliards d’euros par an, contre 25% il y a 20 ans. Les diamantaires juifs, eux, se partageraient 25% de ces précieux profits – une baisse impressionnante depuis l’époque où ils représentaient 70% du marché du diamant anversois.

Diamantaires communautaires

Le point commun entre les diamantaires hassidiques et leurs concurrents gujaratis ? Un sens de la communauté ultra-développé. Dans le cas de la communauté juive orthodoxe d’Anvers, la communauté a fait figure de garde-fou, garantissant que quiconque tentait des pratiques frauduleuses voyait sa réputation immédiatement détruite, mettant en danger son business.
Au sein de la communauté gujarati, l’appartenance à la même caste aurait plutôt tendance à être synonyme de soutien et de solidarité. Une aubaine, pour les diamantaires : difficile de concurrencer la maîtrise et le faible coût du labeur des polisseurs des tailleurs de diamant de la région du Surat. De quoi développer un business model appelé au succès : polir en roupies, et vendre en dollars.

Une stratégie brillante

Une nouvelle vague de diamantaires, qui s’accompagne d’une nouvelle manière de vendre les pierres. Au brouhaha de la Beurs, haut-lieu du business des diamants, les entrepreneurs gujaratis préfèrent le calme feutré de leurs bureaux, plus discrets pour les ventes de pierres d’exception.
Il n’en a pas toujours été ainsi : si les Indiens ont réussi à prendre d’assaut le marché, c’est d’abord en faisant le pari de proposer des pierres plus petites, et de qualité inférieure. Un territoire encore vierge dans les 80s à Anvers, ce qui a permis au gujaratis de rapidement dominer le marché et de monter dans les carats grâce à l’argent accumulé.

Oublier son égo

Figure de proue de ce business plan brillant, Dilip Mehta est le CEO de Rosy Blue, une compagnie basée à Anvers, et dont les revenus annuels avoisinent le milliard de dollars (939 849 624 euros). Anobli en 2006 par le roi, ce Baron du diamant en a parcouru du chemin depuis les déserts rudes de l’état du Gujarat. Arrivée à Anvers dans les années 70, sa famille a commencé petit, en achetant des diamants de basse qualité, polis dans le Gujarat avant d’être revendus pour un petit profit à Anvers.
« Avec mon cousin, on faisait du porte-à-porte avec nos pierres. Cela m’a instillé de la détermination mais aussi une certaine vision du métier : peu importe l’importance de votre entreprise, dans ce milieu, vous êtes avant tout un vendeur, et un vendeur doit oublier son égo  » affirmait le Baron Mehta en 2015 au quotidien indien Quartz.

 

Bombay calling

Le secret du succès des gujaratis dans le milieu très fermé des diamantaires d’Anvers ? Dilip Mehta l’attribue à une éthique de travail irréprochable.
« Les Juifs n’ont pas pu faire face à notre esprit de compétition. Nous sommes mariés au business. On travaille la nuit, les week-ends, rien ne nous arrête quand on veut décrocher un client. Et ces efforts, on les fournit peu importe la marge de profit » .
Une stratégie qui a payé : sur 13 diamants vendus, 12 sont désormais taillés en Inde. Située en plein coeur de Bombay, la Bharat Diamond Bourse est désormais la plus grande bourse de diamants au monde. Mazel Tov!

 

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