Paris Match Belgique

Beam, le kickstarter anglais des SDF

Beam.org a été développé par un entrepreneur anglais. | © PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/XAVIER DE FENOYL

Société

Une nouvelle plateforme de crowdfunding à destination des SDF a vu le jour en Angleterre. Une intiative qui soulève certaines questions.

Fin novembre 2017, le monde entier saluait l’incroyable levée de fonds menée par une américaine pour un SDF. Alors que Kate McClure tombe en panne sur l’autoroute peu avant minuit et décide, angoissée, de marcher jusqu’à la prochaine station essence, elle y rencontre un sans-abri, Johnny Bobbitt Jr, qui saisit son désarroi. L’homme lui recommande alors de retourner à sa voiture et de s’y enfermer, avant de venir la rejoindre avec un bidon d’essence. Le carburant est tout ce qu’il reste de ses maigres économies et permet à la jeune femme de rentrer chez elle, saine et sauve. Kate Mc Clure n’a jamais oublié la générosité du SDF et est régulièrement revenue lui apporter des vêtements chauds et un peu d’argent, avant de se décider à lancer une campagne de crowdfunding pour Johnny Bobbitt. Si la levée de fonds a rencontré un succès international – avec 288 000 euros collectés -, Kate Mc Clure ne connaissait certainement pas Beam, une nouvelle plateforme d’aide aux SDF.

Lire aussi > Dans les auditoires néolouvanistes, l’appli Wooclap cartonne

L’idée sort tout droit de l’esprit d’entrepreneur social d’Alex Stephany, un Anglais qui avait déjà par le passé réussi à lever plus de cinq millions avec l’une de ses idées. Impressionné par le potentiel du crowdfunding, il a décidé en 2017 de lancer sa propre plateforme, Beam. Elle ressemble à nombre d’autres, comme Kiss Kiss Bang Bang ou Kickstarter, à l’exception que les fonds levés sont redistribués à des sans-abris. Au cours de ses dix premières semaines d’existence, Beam est parvenu à récolter plus de 30 000 euros avec l’aide de 500 supporters. Une somme encourageante, qui est redistribuée entre les différents bénéficiaires du projet, recommandés par d’autres programmes caritatif car « engagés et capables de se former et de travailler », fait savoir VICE.

©Capture d’écran de Beam.org.

Car l’argent collecté par Beam ne sert pas simplement à remplir le portefeuille dégarni des sans domicile fixe, mais leur permet de financer des formations qui leur permettront de tenter une meilleure réinsertion. La plateforme est d’ores et déjà soutenue par la mairie de Londres, alors que 300 000 personnes sont sans-abris en Grande-Bretagne, à en croire VICE.

La meilleure solution, vraiment ?

Mais le magazine en ligne en profite pour soulever un nouveau problème pour ces initiatives et ce qu’elles représentent pour la société : l’abandon des États quant à la question épineuse que constitue aujourd’hui l’accompagnement social des citoyens. Au-delà de cela, il dénonce les mesures « clef en main » qui ne tiennent pas compte de la complexité des raisons pour lesquelles l’on peut se retrouver dans la rue – problèmes mentaux, addiction aux droguges et à l’alcool, manque de soutien de l’entourage, etc. Car dans la plupart des cas, il ne s’agit pas seulement d’un problème de cash. « Régler le sans-abrisme, ce n’est pas la même chose que sortir un jeu de société ou ouvrir un bar à jus », rappelle la publication.

Lire aussi > Tabou dans la rue : les femmes SDF victimes ignorées de viols et d’agressions sexuelles

Heureusement, le créateur de Beam est éclairé : en faisant appel à des professionnels du secteur et en réorientant si besoin les personnes vers des services d’aide spécialisés, ainsi qu’en partageant les gains entre les « candidats », Alex Stephany se montre conscient des travers du crowdfunding à tort et à travers. Pas sûr cependant qu’il en soit de même pour toutes les initiatives du genre.

Mots-clés:
SDF crowdfunding beam
CIM Internet