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Attentats de Bruxelles : Le cri de Walter

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Après les attentats de Bruxelles, les blessés les plus graves n’ont eu droit à aucune visite du 1er ministre ou d’autres membres du gouvernement. Walter Benjamin, un de ces oubliés,  a séjourné plus de 4 mois à l’AZ Vub. Il dénonce un manque d’empathie à l’égard des victimes. 

Ce lundi 13 février 2017, le Premier Ministre Charles Michel et des membres du gouvernement fédéral recevront les victimes des attentats perpétrés à Bruxelles, le 22 mars 2016. « Seulement maintenant ! », s’indigne Walter Benjamin l’une des victimes de l’aéroport de Zaventem. Cet homme a perdu une jambe et il est désormais fortement handicapé. Il souffre aussi d’un important syndrome post-traumatique. Avant les attentats, Walter dirigeait son agence matrimoniale et tout allait bien. Aujourd’hui, son activité périclite et il croule sous les dettes. « Si je n’ai pas encore été jeté à la rue, c’est grâce à la solidarité d’amis et de membres de ma famille », confie-t-il.

Comme si ce n’était déjà pas assez compliqué, Walter doit encore se démener pour savoir quelle assurance payera, in fine, la nouvelle prothèse électronique qui lui assurera une meilleure mobilité. Il ne sait pas non plus si d’important frais annexes, liés à son handicap lui seront un jour remboursés. Par exemple, le transport chez un kiné spécialisé, trois fois par semaine, lui coûte 250 euros par mois… Cette situation de détresse qui perdure, voire se renforce, alimente une colère bien compréhensible. « On doit se battre pour tout. L’État ne protège pas ses citoyens », dénonce-t-il tout en reconnaissant que la « Commission pour l’aide financière aux victimes d’actes intentionnels de violence » fait tout ce qu’elle peut. Mais sans pouvoir tout résoudre…

Un réconfort officiel pour deux victimes

Walter explique qu’il se serait senti un peu moins abandonné s’il avait reçu la visite du Premier ministre ou d’un membre du gouvernement belge lorsqu’il était hospitalisé, soit pendant plus de 4 mois. Mais cela n’a pas été le cas. Dans cet extrait-vidéo d’un entretien à paraître ce 16 février dans l’édition papier de Paris Match Belgique, il ne mâche pas ses mots : « Il n’y a aucun membre du gouvernement qui est venu voir les victimes. Quand on est le Premier ministre d’un pays : est-ce qu’on ne se dit pas : « Bon, il y a eu autant de victimes, il faut que j’aille rencontrer ces gens à l’hôpital ? » Ce sont des citoyens du pays. Il n’est même pas capable de faire cela. (…) En Israël, quand il y a un attentat, le premier ministre, quel qu’il soit, va voir toutes les victimes. C’est son rôle. Cela veut dire l’État est là pour vous. Qu’on va vous aider, qu’on ne vous laisse pas tomber. Ici, il n’y a eu personne. »

On précisera qu’au lendemain des attentats, soit le 23 mars 2016, le couple royal s’était rendu au chevet de quelques de victimes, celles hospitalisées à l’hôpital Erasme. Pour l’occasion, Philippe et Mathilde étaient bel et bien accompagnés du Premier ministre Charles Michel et de la ministre de la santé Maggie De Block. Formellement, il n’est donc pas exact d’affirmer qu’il n’y a eu « aucune » visite. Toutefois, les blessés ayant bénéficié d’un tel « réconfort officiel » du Premier ministre ou de membres de son gouvernement sont très peu nombreux : il n’y en a que 2 ! Selon le service de communication d’Erasme, 10 victimes des attentats séjournaient encore dans cet hôpital, le 23 mars, jour officiel de la visite de Charles Michel et Maggie De Block. Parmi ces victimes hospitalisées, 8 n’ont pu être rencontrées par la délégation officielle, vu qu’elles se trouvaient dans le service des soins intensifs. Reste deux victimes qui se trouvaient « en hospitalisation provisoire aux urgences ». La porte-parole de l’hôpital nous précisant : « Ce sont ces (deux) victimes auxquelles le couple royal et le Premier ministre ont rendu visite, le 23 mars 2016 ».

En Israël, quand il y a un attentat, le premier ministre, quel qu’il soit, va voir toutes les victimes. C’est son rôle. Cela veut dire l’État est là pour vous. Qu’on va vous aider, qu’on ne vous laisse pas tomber. Ici, il n’y a eu personne.

Objectivement, le Premier ministre et sa collègue de la Santé n’ont donc pas rencontré beaucoup de victimes après les attentats : 2 blessés sur quelques trois cent qui avaient été répartis dans 25 hôpitaux belges, principalement au CHU Saint-Pierre et aux Cliniques universitaires Saint-Luc. La porte-parole du premier établissement nous écrit : « Nous avons accueilli 15 victimes dans notre hôpital et avons reçu la visite du Roi et de la Reine le 29 mars ainsi que celle du Bourgmestre de Bruxelles le 30 mars. » Pas de trace de membres du gouvernement. Et à Saint Luc non plus. Le porte-parole de cet établissement nous écrit : « En tout 30 victimes des attentats ont été prises en charge à Saint-Luc après les attentats (…) Il n’y a pas eu de visites officielles autour du 22 mars ». 

À l’AZ-Vub où Walter a séjourné entre le 22 mars et 1er août 2016, il y a bien eu une visite officielle… Mais pas celle espérée par notre témoin : « (Alors que) j’étais dans un salle état, on m’a dit qu’il y avait un monsieur de la commission européenne qui passait pour voir les victimes. Mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai dit à une infirmière : « tu l’envoies se faire f… ! ». Assez fort, pour qu’il l’entende. J’ai encore crié : « je suis un citoyen belge, si quelqu’un doit venir voir les victimes c’est quelqu’un du gouvernement belge ». Après sa sortie des soins intensifs, Walter s’est plaint une première fois sur son compte « Facebook » de l’absence de rencontre avec les autorités belges. Et ce n’est pas le Premier ministre ou un membre du gouvernement qui ont réagi… Mais le Roi !

Le roi et la reine au chevet de Walter

Walter raconte : « Un monsieur se trouvait dans un café à la mer du Nord a vu mon message. À la table d’à côté se trouvaient Philippe, Mathilde et leurs enfants. Il a montré le message au Roi. Mathilde est intervenue : « Appelez ce monsieur, on va aller le voir mon mari et moi. » Le Roi m’a appelé au téléphone. C’était un samedi et il m’a dit : « Je viens vous trouver avec la Reine. » Le mardi, il était dans ma chambre. Sans les caméras, en visite privée. Il est resté une bonne demi-heure. Et cela m’a fait du bien ».

Il y a quelques semaines, Walter s’est plaint sur un plateau de RTL/TVI du fait que jamais un membre du gouvernement ne s’était intéressé à son cas. « Aussitôt après le direct, un animateur-journaliste m’a passé son téléphone. C’était le cabinet du Premier ministre qui m’avertissait d’un prochain contact avec le Premier ministre mais celui n’a jamais eu lieu ».

Nous avons posé la question suivante au porte-parole du Premier ministre : « Nous voudrions savoir si le Premier ministre et/ou d’autres membres du gouvernement ont rendu visite aux victimes des attentats de Bruxelles alors qu’elles étaient hospitalisées. Nous avons bien noté qu’il y a eu une visite avec le couple royal, le 23 mars vers 10h30, à l’hôpital Erasme. Mais elle semble avoir été brève. Y-a-t-il eu d’autres visites, dans d’autres hôpitaux, le même jour ou à d’autres dates ? » La réponse que nous avons reçue est brève mais sans ambiguïté : « Il n’y a pas eu d’autres visites dans les hôpitaux ».

Nous avons donc posé une seconde question au service de communication du Premier Ministre. La voici : « Nous avons rencontré une victime des attentats qui est restée hospitalisée pendant plusieurs mois. Cette personne aurait souhaité susciter un intérêt du Premier Ministre ou de l’un ou l’autre membre du gouvernement, se traduisant par une visite pendant cette période d’hospitalisation. Elle s’indigne aussi pour les autres victimes hospitalisées qui n’ont reçu aucune visite du Premier ministre ou d’un membre du gouvernement. Une telle démarche n’aurait-t-elle pas été une marque utile de reconnaissance et de bienveillance de l’État belge à l’égard des victimes hospitalisées à la suite des attentats ? La visite du 23 mars 2016, à l’hôpital Erasme, où ne se trouvaient que dix victimes (pour la plupart aux soins intensifs) parmi les centaines de blessés répartis dans un vingtaine d’hôpitaux, doit-elle être considérée comme une réponse suffisante au questionnement ici posé par notre interlocuteur ? Par exemple, cette semaine encore, non pas dans une affaire d’attentat mais à la suite d’une bavure policière présumée à Aulnay-sous-Bois en France, le président François Hollande s’est rendu au chevet de la victime ».

Nous ferons état de la réponse, si nous la recevons.

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