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Crèche, sapin ou marché de Noël : pourquoi a-t-on tant besoin des traditions ?

Une crèche de Noël.

Société

Croix de Saint-Nicolas, Jésus dans les crèches… À chaque année, sa polémique sur les traditions et leurs liens avec l’Église. Cette fin d’année n’échappe pas à la règle. Alors, pourquoi avons-nous un tel besoin de préserver ces traditions ?

 

La séparation de l’Église et de l’État a longtemps été floue au vu de la présence de crèches et de marchés de Noël dans les lieux publiques. Elle est pour autant inscrite au sein de la constitution de 1831. De nombreuses polémiques se sont accumulées. La dernière en date, la croix de Saint-Nicolas, ou plutôt l’absence de celle-ci. Pour rappel, la mutualité Solidaris a volontairement supprimé la croix de Saint-Nicolas dans un coloriage pour les enfants. La mutualité se justifiait par une volonté de rassembler tous les enfants. « Nous avons choisi de retirer la croix sur la mitre de Saint-Nicolas parce que nous voulions que ce soit la fête de tous les enfants, membres de familles laïques ou des enfants qui appartiennent à d’autres religions ». Or Saint-Nicolas semble devenu une fête pour tous avant d’être à consonance religieuse. « Le grand Saint accepte tout le monde et les enfants sont contents, ils ne pensent même pas au fait que c’est un évêque, prévient Fraçoise Lempereur, titulaire des cours de patrimoine culturel immatériel à l’Université de Liège, ces traditions diffèrent, elles font partie de la vie et la vie évolue ».

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Ce concours de coloriage n’est pas la première controverse du genre. En 2001, le marché de Noël de Bruxelles changeait de nom. Il devenait ‘Plaisirs d’hiver’. Claude Javeau, professeur émérite de sociologie à l’ULB, y voit dans ces changements, une grosse bêtise, « le christianisme n’est plus le même qu’avant. Je ne suis pas suû que ce soit intelligent de nier les traditions, ce n’est pas une bonne chose, soutient le professeur. Quand on retire la croix de la mitre du grand Saint, on constate qu’il y a un mélange de religions qui ne s’acceptent pas encore ».
Ces écarts, souvent pointés du doigt par la population, sont appelés, mouvements de sécularisation. On supprime les biens religieux de la place publique. Les plus fervents catholiques y voient une influence d’autres communautés, juives ou musulmanes. Or il s’agit de décisions souvent politiques souhaitant une représentation égale de toutes les communautés. Pourtant, on observe que la vie publique se concentre sur une communauté en particulier, la chrétienne, « actuellement notre calendrier est toujours basé sur un calendrier catholique, avec des fêtes telles que la Toussaint, Noël, etc., précise Françoise Lempereur, c’est une question culturelle historique ».

Aujourd’hui, on est très influencé par les Américains depuis la Seconde Guerre mondiale, on écoute des chansons américaines, on fête Halloween. On nous a importé les jeans, maintenant tout le monde en porte. Si une grosse entreprise importait des sari, on en porterait tous, ce serait la même chose si on commercialisait davantage les gâteaux traditionnels de l’Aid.

Les autres communautés musulmane ou juive peuvent donc se demander pour quelle raison d’autres fêtes ne sont-elles pas aussi mises en avant ? Françoise Lempereur tente d’y répondre, « Aujourd’hui, on est très influencé par les Américains depuis la Seconde Guerre mondiale, on écoute des chansons américaines, on fête Halloween. On nous a importé les jeans, maintenant tout le monde en porte. Si une grosse entreprise importait des sari, on en porterait tous, ce serait la même chose si on commercialisait davantage les gâteaux traditionnels de l’Aid ».

Les traditions évoluent

Claude Javeau définit la tradition comme un comportement accompagné de paroles, de chants, se perpétuant à travers tous les âges, évoluant avec le temps et les circonstances. « Elles évoluent avec les faiseurs d’opinion (NdlR : politiques), les guerres, les populations » décrit-il. La société se construit sur base de nos traditions. Ces pratiques représentent l’héritage de chacun avec leur évolution. « Il n’y a pas de société sans traditions. Ce sont des choses auxquelles on se rattache » ajoute-t-il. Des citoyens fêtent Noël par tradition, habitude et moins par croyance religieuse. Le sapin est devenu un symbole païen et le réveillon du 24, une fête familiale mais la tradition perdure, « on a changé le sens. De plus en plus de fêtes sont devenues profanes, les gens sont en congé à Pâques mais ne savent même plus pourquoi. On est passé du religieux au laïc » déplore Françoise Lempereur.
Avec le développement de la société, de la connectivité, d’autres coutumes se forment. La fête d’Halloween est apparue il y a peu en Belgique.

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Le pays a commencé à célébrer la fête païenne seulement à partir de 1990. Plus récemment, nous avons pu observer dans les magasins, l’arrivée du Black Friday. Le premier vendredi après Thanksgiving, des Américains font le pont pour faire leurs achats de Noël. Les commerçants en profitent donc pour mettre en place des promotions. Cette tendance commence progressivement à s’installer dans nos coutumes. « Il y a une mondialisation et une standardisation des traditions. On aura un mode de vie actuel qui sera lié un patrimoine ancien » observe Françoise Lempereur.

La compréhension de l’autre

Si différentes célébrations gagnent peu à peu la Belgique, c’est du également à l’acceptation des autres rites par les citoyens. « Nous sommes capables de célébrer d’autres événements, la mixité des populations nous en amène d’ailleurs d’autres, Saint-Nicolas en fait partie (NdlR : le Saint vient en effet de Turquie) » assure le sociologue.
Comment peut-on dès lors faire perdurer les traditions ? C’est la mission de chacun. Pour la titulaire de l’Ulg, c’est un rôle que doivent tenir les parents et l’école, « d’essayer de maintenir ces traditions et éviter que ça devienne totalement commercial ». La communication et la compréhension de l’histoire et des traditions restent essentiels. « Si on montre Saint-Nicolas, soit un évêque à un enfant, ce n’est pas un drame, on doit juste lui expliquer. On est dans une société qui a peur de la péjoration d’autrui. Je suis étonné qu’il n’y ait pas d’associations féministes qui aient demandé une Sainte Nicole à côté de Saint-Nicolas » plaisante Claude Javeau.
Autre point à noter, les fêtes, en général, permettent de sortir de la vie quotidienne stressante, « l’enfant a besoin de Saint-Nicolas, de Père Noël. L’imaginaire et le merveilleux sont des éléments nécessaires pour l’enfant afin de l’aider à lui même grandir et évoluer ». raconte Françoise Lempereur.

Mots-clés:
Noël tradition
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