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Pollution lumineuse : Quand le New York Times pointe la Belgique du doigt

L'Europe vu par Thomas Pesquet a bord de l'ISS, en février 2017. | © Esa/Maxppp

Société

Dans un récent article, le quotidien américain The New York Times a mis en lumière le marché belge de l’électricité et dénonce les potentielles liaisons douteuses entre distributeurs, producteurs et politiques belges.

 

Tout a commencé avec un cliché venu de l’espace. Postée sur Twitter au printemps dernier par Thomas Pesquet, la photo prise depuis la station spatiale internationale (ISS) faisait office de parfaite illustration à la pollution lumineuse en Europe. Si elle avait pour but initial de capturer une aurore boréale (en arrière plan), c’est surtout la brillance de Bruxelles qui s’est faite remarquer. « Au premier plan Berlin et derrière, la Belgique se distingue toujours nettement », commentait l’astronaute français.

Si chez nous, la photo a davantage fait l’objet d’une boutade à la sauce « belgium bashing », certains commentaires ont toutefois attisé la curiosité de nos confrères d’outre-Atlantique. Surconsommation énergétique, pollution lumineuse, conflits d’intérêts économiques, le quotidien new-yorkais s’est arrêté sur une remarque en particulier : « Si la réalité ressemble vraiment à cela, c’est que nous avons encore un long chemin à parcourir en terme de développement durable », écrivait une internaute belge. “À quoi cela sert-il d’éclairer à pleine puissance ?” Un commentaire face auquel le journaliste Milan Schreuer, le correspondant du NY Times à Bruxelles, s’est posé la « simple question » de savoir : pourquoi.

La Belgique, « leader mondial de la pollution lumineuse en Europe »

Pourquoi autant de villes éclairées ? De lampadaires sur les autoroutes ? « C’est le seul pays d’Europe à conserver la quasi-totalité de ses 2,2 millions de lampadaires pendant la nuit », note le journal américain. Sur « le leader mondial de la pollution lumineuse en Europe », Milan Schreuer pose un regard critique et tente d’expliquer un phénomène encore trop peu pris au sérieux en Belgique.

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Dans un article publié ce mardi 12 décembre, le journaliste donne la première raison « officielle » qui justifie autant d’électricité sur les routes belges : la sécurité. Mais l’argument ne suffit pas à convaincre tout le monde, et encore moins les critiques qui soupçonnent des relations « mutuellement profitables » entre les politiques belges, Electrabel et ses distributeurs publics, note M. Schreuer.

Sur l’E411, près de Namur, les lampadaires se suivent de près. AFP PHOTO / JOHN THYS

Les liaisons douteuses

Dans son enquête, le NY Times a notamment fait appel à Peter Reekmans, bourgmestre Open VLD de Glabbeek et auteur du livre De Vlaamse Ziekte (« La maladie flamande », en français) sur l’enchevêtrement « douteux » des entreprises intercommunales. Dans son livre, le bourgmestre met en lumière les « graves dysfonctionnements » que connaît la Belgique. Interrogé par le journal américain, Peter Reekmans explique que le système belge récompense les politiciens locaux afin qu’ils laissent les lampadaires allumés. Une critique qui n’est pas nouvelle. Les profits des sociétés de distribution d’électricité sont versés « en dividendes aux municipalités locales qui en détiennent des parts, ainsi qu’en salaires et allocations aux politiciens locaux qui siègent à leurs conseils de surveillance », précise M. Reekmans. « Le système autorise des conflits d’intérêts pour les politiciens locaux qui décident de la politique énergétique, y compris à propos des réverbères », a-til ajouté. « Cela rend également la politique en Belgique très profitable ».

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Sans compter que la Belgique possède le prix de l’électricité le plus élevé de l’Union européenne, alors qu’elle tire une grande partie de son énergie des centrales nucléaires, note le NY Times. « Depuis 2010, la facture annuelle moyenne d’électricité des ménages belges a augmenté de 40% pour atteindre environ 900 euros », précise-t-on. Rappelant inévitablement le rôle d’Electrabel, le journaliste américain évoque les nombreuses « opportunités » saisies par les entreprises du secteur de l’énergie. « Beaucoup de gens qui travaillent pour des sociétés de distribution, et même pour le régulateur de l’énergie du gouvernement, travaillaient auparavant pour Electrabel, et vice versa », déclare l’économiste belge Eric De Keuleneer dans les colonnes du NY Times, précisant les actions détenues par Engie Electrabel. Interviewée sur son quasi monopole, la société a nié tout conflit d’intérêt.

Jusqu’au niveau local

Enfin, Milan Schreuer mentionne le réseau flamand de distribution Eandis et s’interroge : « Pourquoi Anvers garde-t-elle 95% de ses lumières la nuit ? » Pour illustrer les conflits d’intérêts jusqu’à l’échelle locale, il prend l’exemple du conseiller municipal anversois Koen Kennis (N-VA), également membre du conseil d’administration d’Eandis, qui touche grâce à ses mandats une contribution de 10 000 euros par an. Une rémunération « fixée par la loi », estime l’intéressé. M. Kennis a par ailleurs déclaré que le débat sur l’éclairage de nuit était toujours d’actualité mais que l’arrêt pur et simple de l’éclairage public, bien que ce soit possible, ne se ferait pas dans l’immédiat.

En attendant, rappelle le NY Times, « la plupart des lumières restent allumées, en particulier le long des routes nationales et la Belgique reste visible à partir de 250 miles au-dessus de la Terre ».

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