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« Message to Australia » : quand des milliers de victimes de pédophilie font entendre leur voix

"En 1978, un petit garçon a commencé à pleurer. En 2014, il pleure toujours". | © https://www.childabuseroyalcommission.gov.au

Société

Après une longue enquête de cinq ans, l’Australie reconnaît avoir « gravement manqué à ses devoirs » pendant des décennies envers ses enfants abusées sexuellement et déplore une « tragédie nationale ».

 

Après une décennie de révélations, le gouvernement australien avait finalement cédé en 2012 aux pressions et créé une Commission d’enquête royale sur les réponses institutionnelles aux crimes pédophiles. Depuis 2013, elle a été contactée par plus de 15 000 personnes disant avoir été victimes de tels actes impliquant l’Église, des orphelinats, des clubs de sports, des écoles ou des organisations de jeunesse. Plus de 4 000 institutions ont été mises en cause -dont de nombreuses entités catholiques- dans ces témoignages souvent très éprouvants lors d’auditions publiques ou à huis clos. Et ce jeudi 14 décembre, afin de marquer la fin officielle de l’enquête quinquennale, la Commission royale australienne a publié sur son site plus de 1 000 contributions anonymes de survivants qui avait été invités à écrire sur les abus sexuels dont ils avaient été victimes durant leur enfance.

 » ‘Message to Australia’ a donné à ceux qui ont courageusement raconté leur histoire à la Commission royale l’occasion de partager un message avec la communauté australienne sur leur expérience et leurs espoirs de créer un avenir plus sûr pour les enfants. Ces messages ont été publiés dans un livre commémoratif qui a été remis à la Bibliothèque nationale d’Australie lors de la dernière séance de la Commission royale le 14 décembre 2017 (…) Les messages sont disponibles pour être consultés ci-dessous et le livre est exposé à la Bibliothèque nationale d’Australie et dans toutes les bibliothèques des états et des territoires » peut-on lire sur le site.

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« Des dizaines de milliers d’enfants ont été victimes d’agressions sexuelles dans de nombreuses institutions australiennes. Nous n’en connaîtrons jamais le chiffre exact », indique dans son rapport final la Commission, qui fait des centaines de recommandations pour améliorer la sécurité des enfants et tenter d’empêcher les pédophiles d’agir. « Quel que soit le nombre, c’est une tragédie nationale, perpétrée pendant des générations dans nombre d’institutions de confiance ».

La Commission explique que des abus ont été commis dans presque tous les endroits où des enfants résidaient ou participaient à des activités éducatives, récréatives, sportives, religieuses ou culturelles. Il ne s’agissait pas de quelques « pommes pourries », relève-t-elle. « Certaines institutions avaient de nombreux pédophiles qui agressaient de nombreux enfants », a-t-elle ajouté. « Les plus grandes institutions ont gravement manqué à leurs devoirs. Dans de nombreux cas, ces manquements ont été agravés par une réponse manifestement inadaptée aux victimes ».

« Le problème est tellement répandu, et la nature des crimes tellement odieuse, qu’il est difficile de le comprendre » Plus de 2 500 signalements ont été faits à la police, et 230 enquêtes ouvertes. Parmi les recommandations faites dans les 17 volumes du rapport, figure notamment la création d’un Bureau national pour la sécurité des enfants, ou encore l’obligation pour les prêtres de dénoncer les actes pédophiles qui leurs sont avoués dans le secret du confessionnal. La Commission avait en février révélé des chiffres effroyables illustrant l’ampleur du problème. Elle avait indiqué que sept pour cent des religieux catholiques australiens avaient fait l’objet d’accusations d’abus sexuels sur des enfants entre 1950 et 2010 sans que les soupçons ne débouchent sur des investigations. Il était de coutume d’ignorer, voire même de punir, les enfants dénonçant des agressions.

Dans certains diocèses, la proportion atteignait 15% de prêtres soupçonnés de pédophilie. L’Ordre des Frères hospitaliers de Saint-Jean de Dieu était le pire, avec 40% de ses membres mis en cause.

 

(Avec Belga)

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