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L’extraordinaire solidarité de villageois qui bravent la neige pour sauver des migrants

Des "cordées" solidaires sont organisées par les villageois pour aider les migrants. | © Flickr/Korz 19

Société

Dans les Alpes françaises, la résistance s’organise pour venir en aide aux migrants qui tentent de traverser les montagnes glacées.

 

Dans la région du Col de Montgenèvre, dans les Alpes françaises, le mercure affichera aujourd’hui jusqu’à -13 degrés. Une température glaciale qui n’arrête pourtant pas les migrants, principalement de jeunes hommes africains, qui tentent de traverser la frontière entre l’Italie et la France. Qu’il neige ou qu’il vente, leur progression est bien souvent interrompue par des forces de l’ordre « à cran », révèle un reportage de Libération. Et face à elles, dans les cols des Hautes-Alpes, des villageois veillent, pour être certains qu’il n’arrive rien à ces voyageurs imprévus, durement marqués par la route.

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Depuis l’été, ils maraudent de jour comme de nuit pour venir à la rencontre de ces réfugiés frigorifiés, qui ont souvent marché de longues heures dans le froid et la neige pour parvenir à franchir le col. Ils viennent du Cameroun, du Mali ou du Sénégal et ont transité par la Lybie avant de traverser la Méditerranée. Arrivés en Italie, ils tentent de remonter l’Europe par la montagne. Après tout, ce n’est qu’une épreuve de plus dans ce voyage aux airs de calvaire moderne. Mais peu habitués au climat et à la topographie des lieux, ils s’y perdent, vêtus simplement de chaussures et de pantalons en toile. Ils n’ont aucune idée du danger de la montagne et des conditions dans lesquelles ils se jettent, dans l’espoir de passer la frontière.

Libération raconte : ce matin-là, c’est à nouveau un jeune Africain que l’on a retrouvé sous le col, épuisé, se « reposant » dans la neige à 1 700 mètres d’altitude, sans chaussures. Il est vivant, mais le journal parle d’un « miraculé ».

La montagne, pas un cimetière

Souvent découverts au beau milieu de la nuit, les migrants sont acceuillis par des associations de bénévoles locaux qui ouvrent les portes de leurs « refuges ». De quoi redonner au mot montagnard tout son sens. Avec un lit, un bain chaud, des vêtements secs et un peu de soupe, ils tentent de leur redonner le courage de continuer leur route. Depuis trois mois, ils sont environs 2 000 à être passés par ces petits villages d’altitude, selon Libération.

Ce dimanche, une « cordée solidaire » est venue ponctuer des « états généraux des migrants » à Briançon et organisée par l’un des collectifs de bénévoles. 300 professionnels de la montagne – secouristes, guides, accompagnateurs – et de simples citoyens se sont ainsi rassemblés entre Névache et le col de l’Échelle, où traversent de nombreus migrants, pour dénoncer un danger alimenté par des politiques anti-migratoires. Six associations en ont profité pour écrire à Emmanuel Macron une lettre qui lui demande de « réorienter l’action de surveillance des migrants par les forces de gendarmerie et de police dans les vallées alpines », selon France Culture.

Les états généraux sont l’occasion d’interpeller les politiques, mais aussi les autres citoyens, sur le drame qui se joue actuellement dans les montagnes. Car « les soirs où nous ne sortons pas, nous ne dormons pas bien. Peut-être qu’au printemps, on retrouvera des corps sous la neige. Ces jeunes n’ont aucune idée des risques de la montagne, des effets du froid. Ils ne font pas demi-tour », fait savoir l’accompagnatrice du réseau de maraudeurs de la ville au journal français.

Marie Dorléans, la présidente du collectif organisateur, complète lors de l’évènement : « Nous voulons nourrir le débat sur notre devoir d’hospitalité, sur une autre politique migratoire, mais nous avons aussi un devoir face à une urgence humanitaire. Nous avons tous peur d’un drame sur nos cols. La militarisation massive de la frontière conduit les migrants à des prises de risques inconsidérées ».

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Et ils ne sont pas les seuls à se mettre en danger. Lorsque les maraudeurs sont surpris par la police avec des voyageurs illégaux dans leur voiture, ils sont inévitablement convoqués pour audition. Leur crime ? Aide à la circulation de personnes en situation irrégulière. De quoi indigner les collectifs, qui regroupent des centaines de personnes, et qui récusent le fait que « les Alpes deviennent un cimetière ». Pour ces villageois, aider les migrants est un devoir, leur devoir de citoyens. Et ils refusent de voir le printemps venir avec son lot de cadavre gelés.

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