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Le cyclisme malade des vélos truqués ? « Istvan Varjas a inventé la triche technologique sur une frustration »

Philippe Brunel sort un livre enquête passionnant où il juxtapose les itinéraires du Hongrois Istvan Varjas, l'inventeur du vélo truqué, et du coureur cycliste Lance Armstrong. | © Pexels

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Grande plume et référence du cyclisme à l’Équipe depuis plus de trente ans, Philippe Brunel vient de sortir Rouler plus vite que la mort, éd. Grasset.

Un livre enquête passionnant où il juxtapose les itinéraires du Hongrois Istvan Varjas, l’inventeur du vélo truqué et du coureur cycliste Lance Armstrong. Interview.

Dans Rouler plus vite que la mort, vous juxtaposez deux itinéraires, celui d’Istvan Varjas l’inventeur du vélo à moteur et celui de Lance Armstrong. Pourquoi ?
Parce qu’un matin, un intermédiaire m’appelle de la part de Varjas et me dit, qu’il a des « informations à vendre à propos d’Arsmtrong » Cette histoire est venue à moi, je ne l’ai pas cherchée, après, j’ai procédé par collages, par collisions d’images, par corrélation entre ce que l’on sait de Varjas et ce que l’on sait d’Armstrong. Avec au bout des convergences troublantes mais aucune preuve car avec Armstrong le mensonge avait investi tout l’espace médiatique, jusqu’à se substituer au réel. J’ai essayé de remplir les vides, mais l’histoire d’Armstrong porte en soi, sa propre fiction. Aujourd’hui, je ne peux pas dire si Armstrong a utilisé un moteur mais s’il y a doute, c’est Armstrong lui-même qui l’a installé en déclarant au micro d’Oprah Winfrey, en janvier 2014, qu’il avait toujours menti. Il est juste de se demander jusqu’à quel point.

Le dopage mécanique a-t-il vraiment remplacé le dopage pharmaceutique dans le peloton ?
Varjas a inventé la triche technologique sur une frustration parce que le dopage l’avait empêché dans sa carrière de coureur. Mais très vite, il s’est aperçu que le moteur n’empêche pas le dopage, au contraire, il faut se doper, être en grande condition pour pouvoir accompagner le rythme endiablé, asphyxiant d’un moteur. Sur ce plan, il n’a rien résolu, au contraire.

 

À chaque fois qu’il y a eu un doute, l’UCI n’a délégué aucune enquête

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Le vélo truqué existe depuis vingt ans. Pourquoi les hautes instances du cyclisme n’ont elles rien fait pour dissiper les doutes ?
Au départ personne ne pouvait penser qu’un coureur, digne de ce nom, puisse recourir au dopage, après, l’UCI (Union Cycliste Internationale) a reçu Varjas, s’est informée, a tardé. A chaque fois qu’il y a eu un doute, elle n’a délégué aucune enquête. Mais historiquement, l’UCI n’a jamais résolu les problèmes du cyclisme, elle s’est contenté de gérer l’économie.  L’affaire Festina en 1998 n’aurait jamais éclatée sans la perspicacité d’un douanier, en 2006, l’Opération Puerto qui a conduit à la découverte d’un trafic de sang, à l’exclusion de Jan Ullrich et Ivan Basso au départ du Tour est le fait de la Guardia Civil. Et c’est une enquête fédérale américaine qui a déconstruit le mythe Armstrong, pas l’UCI.

Rouler plus vite que la mort, de Philippe Brunel, éd. Grasset © DR

Comment lutter contre ce nouveau fléau ?
A l’UCI d’y réfléchir. Son nouveau Président David Lappartient semble prendre le problème à bras le corps, c’est une bonne nouvelle.

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