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Seppe Smits, du plat pays au sommet du snowboard

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Fraîchement proclamé porte-drapeau de l’équipe belge aux J.O d’hiver, Seppe Smits est plus que l’actuel champion du monde en titre de slopestyle : l’athlète flamand incarne également un des meilleurs espoirs de la Belgique de revenir de PyeongChang avec une médaille. Humble malgré son ascension vertigineuse, il se raconte à son domicile de Westmalle en attendant la Corée. 

Champs à perte d’horizon et coquettes maisons de briques entourées de jardinets soignés, Westmalle est à mille lieues des montagnes et incarne à merveille le plat pays qui était celui de Brel mais qui a aussi vu naître Seppe Smits. Et qu’importe si le point le plus haut de cette commune d’un peu moins de 8 000 habitants ne fait guère plus d’une dizaine de mètres : dès l’âge de 11 ans et de sa première compétition de snowboard, Seppe Smits était destiné à atteindre les sommets.

Coup de foudre

Né dans une famille d’amateurs de neige, il en tâte dès son plus jeune âge et décide à l’âge de 9 ans de troquer ses skis pour un snowboard, sous l’impulsion de son grand frère, dont il dit avec admiration qu’il a toujours été le sportif le plus doué des deux. De sa première fois, il garde le souvenir émerveillé d’un coup de foudre instantané. « Dès qu’on est montés sur un snowboard, on a tout de suite accroché. On a rangé nos skis dans le grenier, et ils n’en sont plus sortis depuis » raconte-t’il dans un sourire. À l’âge où d’autres s’usent les genoux sur la pelouse d’un terrain de foot, ils demandent à leurs parents de les conduire plutôt à la piste indoor toute proche, où ils s’entraînent et prennent rapidement le goût du dépassement de soi et de la discipline. Et où Seppe est mordu par le virus de la compétition. C’est à 11 ans qu’il dispute son premier contest sur la neige artificielle d’une piste indoor, et s’il avoue ne pas se souvenir de son résultat, il sait toutefois que c’est ce premier essai qui lui a donné envie d’améliorer sa technique et d’apprendre de nouveaux tricks.

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Kaat DM Photography

Deux ans plus tard, à Innsbruck, il prend part avec son frère à sa première compétition internationale lors du Nokia Snowpark Tourk. Médaille d’argent pour Seppe et de bronze pour son frangin, de quoi les pousser à participer à la compétition suivante, à Garmisch, où ils se hissent chacun une place plus haut sur le podium. Treize ans seulement, et déjà médaille d’or à une compétition internationale : l’avenir de champion de Seppe était tout tracé, et depuis, il n’en a pas dévié. Sponsorisé par Redbull, il vit du snowboard depuis ses 19 ans, mais se refuse toutefois à parler de profession. « Je me suis professionnalisé, c’est vrai, mais pour moi, c’est vraiment bizarre de dire que le snowboard est mon job. C’est avant tout ma passion, je trouve ça parfait comme ça, et le fait que je parvienne à en vivre rend le tout encore plus agréable ». Et tant pis si pour arriver au sommet, il faut faire certains sacrifices.

De la chance

Là où d’aucuns se réjouissent de leur semaine à la neige annuelle, Seppe, lui, passe plus de 250 jours par an sur les pistes. Une chance, mais une contrainte aussi, qui complique parfois les relations avec les amis. « C’est sûr que le snowboard m’a éloigné un peu de mes amis d’enfance, mais je n’ai jamais vécu ça comme un sacrifice. Pour moi, aller boire des bières le vendredi soir n’était pas comparable avec le plaisir que j’avais à snowboarder » souligne Seppe Smits. Qui s’est depuis constitué une véritable famille de substitution dans l’univers du snowboard. Et a eu le bon goût de dénicher une copine photographe, qui réalise non seulement de sublimes portraits de lui, mais part également sur ses propres missions quand le devoir l’appelle sur les pistes. « J’ai de la chance », sourit l’athlète. À qui le destin semble véritablement sourire : en 7 ans de snowboard de haut niveau il a réussi à relativement épargner son corps.

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Un « relativement » à mettre en perspective avec les risques de la discipline : 6 fractures, une clavicule brisée, des genoux fragilisés… « mais je ne me suis jamais déchiré de ligaments, alors ça va ». Jusqu’au moment où ça n’ira plus : conscient de ce qu’il fait subir à son corps, il reconnaît, fataliste, que ce dernier le lâchera probablement bien avant qu’il n’ait arrêté de rêver de nouveaux tricks à tenter. Une reconversion qui reste toutefois encore lointaine à l’horizon. Et en attendant, Seppe Smits n’en a pas fini d’atteindre des sommets, au propre comme au figuré : champion de Big Air, il s’envole parfois jusqu’à 25 mètres de haut pour effectuer ses figures. Si le voir déambuler dans les airs peut donner le vertige à ceux qui sont en bas, il affirme ne pas y penser pendant qu’il est en train de voler. « Quand on est dans l’air après un jump, c’est très particulier, on est entièrement coupé du reste du monde et on n’entend rien autour. Je suis dans ma bulle, et je me concentre sur mon saut, ce qui fait que j’ai l’impression de rester en l’air longtemps alors qu’en réalité, ça ne dure peut-être que deux secondes ». Quand il ne s’envole pas, il enchaîne les figures de slopestyle, une discipline où il a par deux fois remporté la médaille de champion du monde.

À mes yeux, le slopestyle est plus prestigieux, parce qu’il demande d’être un snowboarder complet et consistant. En Big Air, on saute trois fois et on doit atterrir deux des trois tricks. En slopestyle, il y a six obstacles les uns à côté des autres et il faut effectuer un trick sur chaque.

L’enfant de Westmalle en sait quelque chose, lui qui a affolé les médias sportifs de Belgique en devenant champion du monde de la discipline en 2011 à Barcelone. « J’étais plus jeune à l’époque, et je ne réalisais pas bien, je voyais ça comme un simple concours. Quand j’ai à nouveau remporté le titre en 2017, ça avait beaucoup plus de poids pour moi, je me suis dit que j’avais réussi à démontrer mon niveau ». Même s’il a dû reconvertir quelques snowboards en étagères pour exposer tous ses trophées, Seppe Smits maintient que le résultat n’est pas ce qui compte le plus pour lui. « Pour moi, une médaille, c’est un joli extra, mais ce qui compte vraiment, c’est ma prestation. Je ne contrôle pas ce que les autres vont faire, et si quelqu’un fait un meilleur run que moi, tant mieux pour lui, le plus important pour moi, c’est de savoir que j’ai tout donné ». Et c’est avec cette stratégie en tête qu’il s’apprête à s’envoler pour la Corée du Sud.

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Objectif : la finale

« C’est la deuxième fois que je vais aux J.O, et ça reste une compétition très particulière, elle a le pouvoir de complètement changer la carrière d’un athlète. C’est très difficile de prédire à l’avance comment ça va se passer, tout dépendra du parcours et des conditions météo… Mais j’y vais clairement avec l’objectif d’atteindre la finale et de tout donner, et si ça se passe bien, il y aura peut-être un beau résultat à la clef ». Et en attendant février, celui qui cite son grand frère comme étant le snowboarder qu’il admire le plus a un conseil pour ceux qui voudraient atteindre son niveau « s’amuser. Si on s’amuse et qu’on s’entraide sur les pistes, c’est le meilleur moyen pour progresser en snowboard ».

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