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JO 2018 : Le rêve (presque) impossible du lugeur indien

Shiva Keshavan à PyeongChang, ce 8 février 2018. | © Tobias Hase/dpa

Sport

Shiva Keshavan se lance pour ses sixièmes JO d’hiver. Pourtant, l’Inde n’épaule toujours pas ce sportif de haut niveau, forcé de financer lui-même sa participation.

Alors que la longue cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang débutera ce 9 février, les regards de nombre de téléspectateurs indiens seront rivés sur deux athlètes :  le skieur de cross-country Jagdish Singh et le lugeur Shiva Keshavan. Ils seront les deux seuls représentants de l’Inde jusqu’au 25 février – et ils ne sont pas prêts de se laisser démonter.

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D’autant que pour Shiva Keshavan, parvenir jusqu’à ces JO a relevé du véritable parcours du combattant. Pour la sixième fois, et quatre ans après le Japon, le sportif indien remontera sur l’impressionnante piste de luge. Mais il se pourrait qu’il s’agisse également de la dernière, si l’on en croit le principal concerné : le manque d’intérêt et de soutien de la ligue nationale de sport indienne a failli, cette année encore sapper tous ses efforts, raconte Quartz.

©AFP PHOTO / Mark Ralston

Pas né pour la glisse

La luge étant née en Suisse au 16ème siècle et Shiva dans un petit village des montagnes de Himachal Pradesh en Inde, a priori, rien ne le prédestinait à devenir un champion de ce sport de glisse. À l’époque où il monte sur cet engin sommaire qui peut atteindre les 150 km/heure, lors d’un camp sportif sponsorisé par la Fédération internationale de luge, la plupart des Indiens ne savent même pas ce dont il s’agit. Si Shiva Keshaval vit proche de l’une des plus importantes destinations de ski en Inde, ici, on investit surtout dans le criquet, le hockey et le football.

Et pourtant, il s’avère que le jeune homme de 16 ans alors est particulièrement doué, et, malgré une première course au cours de laquelle il se casse le pied, il se passionne pour l’un des sports d’hiver les plus rapides et dangereux qui soient. Shiva Keshavan se qualifie alors pour les Jeux olympiques d’hiver de 1998, devenant le plus jeune lugeur jamais élu, mais aussi, tout simplement, le seul athlète indien de la compétition.

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Un désintérêt officiel total

Pourtant, l’Association olympique indienne continue de se ficher de ce jeune sportif prometteur. Dès lors, Shiva Keshavan manque la plupart du temps de fonds pour participer aux compétitions. Il doit alors « s’abaisser » à tout : louer du matériel, voire même se le faire prêter par les autres équipes internationales. Lors des derniers JO d’hiver, il est contraint de lancer une campagne de crowdfunding. Avec le soutien d’acteurs de Bollywood tels que Freida Pinto, il parvient à lever quelques 15 000 dollars via la plateforme Ketto. En parallèle, le criquet reste le sport roi en Inde, et attire les plus gros sponsors. Pour les autres sportifs, c’est le rejet institutionnel.

©PHOTOPQR/LE DAUPHINE ; Grégory YETCHMENIZA/Le Dauphiné Libéré/Photopqr – Shiva en 2014, venu chercher ses tenues pour les Jeux olympiques de Sotchi.

En 2002, quand l’équipe italienne lui propose de gonfler ses rangs, Shiva Keshavan – dont le père est Italien -, refuse. Ce sera l’Inde, sinon rien.

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Et ses efforts ont fini par payer : le ministère des sports indiens lui a cédé 31 000 dollars pour financer sa participation aux JO 2018… mais seulement trois semaines avant son départ pour la Corée du Sud. Une avance bienvenue, mais qui arrive trop tard pour l’athlète. D’autant que l’Association olympique indienne, elle, n’a toujours pas mis la main au portefeuille. À vraincre sans périls, on triomphe sans gloire : rien de plus vrai pour Shiva Keshavan, le lugeur de l’impossible dont les premières descentes pour les Jeux de PyeongChang ont déjà eu lieu.

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