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Le parcours périlleux de Shaun White vers la 3e médaille olympique

Shaun White a remporté la 100e médaille d'or pour les USA | © Belga

Sport

Ce mercredi, Shaun White a enfin remporté le 3e titre olympique qu'il attendait tant après l'échec des Jeux de Sotchi. Un sacre obtenu au half-pipe, sa discipline de prédilection, douze ans après son premier sacre à Turin en 2006. Et non sans avoir traversé quelques obstacles entre temps.

Février 2006, Turin. Joues rosies par le froid, cheveux en bataille et sourire Ultrabrite, un Californien de 19 ans seulement remporte la médaille d'or au half-pipe. Son nom, Shaun White, est déjà bien connu dans le circuit des X-Games, où il s'illustre aussi bien en snowboard qu'en skateboard. Mais Turin le fait entrer dans la légende, et consacre son surnom : The Flying Tomato, hommage à ses cheveux d'un roux flamboyant. Car il s'envole, Shaun White, atteignant les sommets du sport, mais aussi de la célébrité. La consécration, à son retour aux States : la couverture de Rolling Stones, qui cimente son statut de rock star. Et de confier au magazine, avec toute l'innocence de sa jeunesse et de sa célébrité toute fraîche, qu'il espère que sa médaille olympique l'aidera avec les filles. Son credo ? "Le meilleur moyen de devenir le meilleur, c'est de s'amuser". Ça tombe bien : les opportunités de s'amuser ne manquent pas quand on quitte à peine l'adolescence pour être projeté sous les projecteurs.

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Vancouver, la consération

Avec son franc-parler, sa crinière rousse et le regard émerveillé qu'il semble porter sur son nouveau statut de petit fiancé sportif de l'Amérique, Shaun White s'attire les faveurs d'un public de plus en plus large et les contrats s'enchaînent. Déjà sponsorisé par Burton, il obtient son propre jeu sur console et sur iPhone, Shaun White Snowboarding, rapidement décliné à roulettes pour Shaun White Skateboarding. Il n'est pas le meilleur ni le plus technique, mais il a pour lui ce qui manque à bon nombre de ses compétiteurs : une décontraction à toute épreuve qui rend chacun de ses runs fascinants. Qu'importe si d'autres enchaînent les 1440s dans le half-pipe alors que lui se cantonne aux 1080s : le style relaxé avec lequel il exécute ses figures dans le half-pipe fascine, donnant l'impression que lui et sa planche ne font qu'un et qu'il vole sans efforts dans les airs. Une impression, seulement : avant Turin, Shaun White s'était entraîné durant une année entière, n'hésitant pas à aller jusqu'en Nouvelle-Zélande pour profiter de l'inversion des saisons et pouvoir snowboarder en été.

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Parti favori aux JO de Vancouver, il ne déçoit pas ses fans. Là où il avait emporté la médaille d'or à Turin avec un score de 46.8/50, à Vancouver, il enchaîne des sauts dont l'amplitude atteint jusqu'à 8 mètres, et s'illustre avec un Double McTwist 1260°, une rotation compliquée qu'il est le seul à maîtriser à l'époque. Les juges lui accordent une note quasi parfaite de 48.4/50 et Shaun White remporte dans la foulée sa deuxième médaille d'or olympique. Le monde est à ses pieds, et l'athlète compte bien en profiter.

Sotchi, plus dure sera la chute

Pourquoi se limiter à la montagne quand on en a déjà atteint le sommet ? Shaun White avait atteint le statut de rockstar en faisant la couverture de Rolling Stone après chacune de ses victoires olympiques, mais il ne veut pas se limiter au papier glacé. Entouré de musiciens venus comme lui de Californie, il forme le groupe Bad Things, où il officie à la guitare et au chant, avec un premier album éponyme produit par Warner. Un simple passe-temps pour le double médaillé olympique ? Que du contraire : dans une interview à Rolling Stone (on ne change pas une équipe qui gagne...) il affirme "tout laisser tomber pour son groupe". Tout ou presque : Shaun White s'essaie également au cinéma, en jouant une version mégalomane, violente et incontrôlable de lui-même dans le film Sex With Friends, où il donne la réplique à Mila Kunis et Justin Timberlake. Sur son site internet, il ne se renseigne pas seulement comme un athlète mais aussi comme "une icône" et un entrepreneur, et il enchaîne les partenariats, sortant du matériel à son nom chez Burton et une collection de lunettes signées Oakley.

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Si le succès de son groupe reste mitigé et que sa carrière d'acteur ne semble pas vouloir décoller, ses partenariats commerciaux sont extrêmement lucratifs. Tout le monde veut imiter ce champion cool et non-conventionnel , et ses divers jeux vidéo lui rapportent 7 millions de dollars par an. Un succès commercial en contraste avec sa carrière d'athlète. Difficile en effet de concilier les concerts, les interviews, les meetings professionnels et l'entraînement. Aux JO de Sotchi, en 2014, c'est la chute. Après l'avoir emporté dans son groupe de qualification, Shaun White ne se montre pas à la hauteur de son statut de favori du half-pipe lors de la finale. Une chute lui coûte sa place sur le podium, et il finit quatrième derrière Iouri Podladtchikov, Arumi Hirano et Taku Hiraoka. Le sourire Ultrabite est loin, et la Tomate Volante reconnaît amèrement que "ce n'était simplement pas mon soir, ce qui est vraiment dur à dire".

Pyeongchang, l'âge de raison

Aussi rapidement qu'ils l'avaient adulé, les médias le descendent en flammes. Sa personnalité hors-normes, qui avait contribué à établir son statut, lui est reprochée. En échouant au half-pipe, Shaun White a déçu toute une nation qui retenait sa respiration derrière lui, et en veut à son ego, son éparpillement et même son pantalon moulant. En interview, il confie ne pas savoir si son avenir se situe encore dans le sport de haut niveau, bien qu'il affirme que le snowboard fera toujours partie de sa vie. Plutôt que de passer son temps dans le paradis blanc, il lance sa marque, WHT Space, des vêtements aux lignes épurées et au côté dandy rock assumé. Mais il lui est impossible de résister à l'appel de la neige, et très vite, son compte Instagram est à nouveau alimenté de photos à l'entrainement. Parce que Pyeongchang approche, parce que les Etats-Unis compte sur lui, parce qu'il y a eu l'échec à Sotchi et que Shaun White est un gagnant.

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Et pourtant, en octobre dernier, une mauvaise chute à l'entraînement a bien failli détruire ses rêves olympiques. Soixante-deux points de suture, une opération au visage, et le pronostic pessimiste de son coach, qui estime que Shaun White a 50% de chances de rejoindre la Team USA en Corée. C'était sans compter sur une fin de saison impeccable, qui lui a valu d'être qualifié. Mercredi, il voulait absolument être le dernier à s'élancer dans le half-pipe lors de la finale, cette place stratégique lui donnant un avantage sur la compétition en lui permettant de jauger les performances de ses adversaires. Après avoir brillé et fini premier des qualifications, il s'assure le spot désiré lors de la finale. Et panique, après que Ayumu Hirano l'ait délogé de sa première place lors du second run. Pour emporter l'or, il fallait un exploit, et Shaun White l'a réalisé. Avec un score de 97.75 points lors de son dernier run, Shaun White l'a emporté, sous les yeux de sa famille, des spectateurs venus en masse l'applaudir au stade olympique et de tout un pays qui avait placé ses espoirs en lui.

J'ai regardé le pipe et je me suis dit : “Tu sais que tu as ça en toi. Tu l’as fait toute ta vie, toute ta carrière. Savoure cet instant, car tu pourrais bien gagner les Jeux olympiques.” Et j’y suis allé, et tous mes soucis se sont envolés. J’ai cru en moi, et c’est passé.
Shaun White

 

L'émotion après la victoire - Belga / JONxOLAVxNESVOLD BB180214JE006

Mercredi, Shaun White n'a pas seulement remporté sa 3e médaille olympique, il a également décroché la 100e médaille d'or de l'histoire des États-Unis, entrant de ce fait encore un peu plus dans la légende. Avant d'en écrire peut-être une nouvelle page aux JO de Tokyo : en 2020, le skateboard fera en effet partie des disciplines olympiques, et Shaun White a déjà évoqué l'idée de prendre part aux Jeux d'été. Qu'importe la planche pourvu qu'il y ait l'ivresse des sommets...

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