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Open de Belgique : Plus de 100 ans d’histoire

Dans les années 50, le joueur bruxellois Flory Van Donck était l'un des meilleurs d'Europe. | © BELGA PHOTO ARCHIVES

Sport

Cette année, l’European Tour fait à nouveau escale dans notre pays, plus précisément au Rinkven International GC. Pour l’Open de Belgique, c’est une vraie renaissance. Retour sur une épreuve dont la première édition date de 1910.

 

À l’initiative de Thomas Pieters, la Belgique accueillera à nouveau, en 2018, un tournoi de l’European Tour. L’épreuve – baptisée ‘Belgian Knockout’ – se disputera sur le parcours de Rinkven, près d’Anvers, du 17 au 20 mai. Ce sera une grande fête du golf. Et la renaissance du légendaire Open de Belgique qui, jadis, a fait swinguer de nombreuses générations.

Flash-back. Zoom-arrière. Le premier Open de Belgique date de 1910 ! Il s’est disputé sur le parcours du Royal Golf Club de Belgique, au Château du Ravenstein. Le plateau était d’ailleurs remarquable avec les présences de quelques uns des meilleurs joueurs professionnels européens de l’époque, parmi lesquels le triumvirat formé par Harry Vardon, James Braid et John Henry Taylor. Au total, les joueurs présents lors de cette pendaison de crémaillère à Tervueren totalisaient 19 titres au British Open. La victoire finale revint au champion français Arnaud Massy qui s’imposa lors d’un medal play joué sur 36 trous en un jour. Pour l’anecdote, le Basque s’en retourna avec, dans la poche, un joli chèque de 30 Livres Sterling. Le prize money global du tournoi était de 67 Livres !

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Le mythique club bruxellois, créé à l’initiative du roi Léopold II, accueillit à nouveau l’Open en 1911 et en 1912 couronnant Charles Mayo et George Duncan. Il passa ensuite la main à l’Antwerp Golf Club, établi à Capellen-les-Anvers, comme disaient les documents d’époque. Le Britannique Tom Ball s’adjugea le trophée en 1913 et 1916 avant que le bruit des bottes de la Première Guerre Mondiale n’interrompe les activités sportives durant cinq ans.

Ben Hagen et Henry Cotton

Avec le retour de la paix, l’Open reprend son envol. Et c’est le Knocke Golf Club – ancêtre de l’actuel Royal Zoute – qui hérite du flambeau en 1920. L’Anglais Rowland Jones remporte le titre, toujours formaté sur 36 trous.

Le tournoi refait ensuite escale au Ravenstein avec les succès du Français Eugène Laffite (1921) et des frères anglais Audrey Boomer (1922) et Percy Boomer (1923). Le grand champion américain Walter Hagen – icône du swing mondial à l’époque – donne une nouvelle dimension à l’épreuve en 1924 lorsqu’il s’impose sur les fairways du Knocke GC.

Au fil des ans, l’Open de Belgique devient alors un vrai classique du calendrier européen. Notre pays s’appuie, il est vrai, sur de nombreux parcours de haute qualité, tous manucurés et très différents. Et les plus grands champions du moment se plaisent à y chasser les birdies.

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En 1928, l’Anglais Albert Tingey Jr. s’offre le trophée sur le terrain – nouvelle mouture – du Ravenstein. La compétition adopte, à ce moment, une formule de stroke play sur 72 trous. Deux ans plus tard, c’est le célèbre Henry Cotton – qui remportera le British Open en 1934 et deviendra ensuite un brillant architecte – qui gagne pour la première fois la compétition en établissant au passage un record du parcours (carte de 66).

Dans les années trente, le parcours du Royal Golf des Fagnes, sis sur les hauteurs de Spa, s’invite aux festivités. D’une rare beauté naturelle, le chef d’oeuvre de Tom Simpson sert d’écrin aux Opens de 1931 (victoire de l’Anglais Lacey), de 1933 et 1936 (double succès du Français Auguste Boyer).

Le regretté Severiano Ballesteros a participé à plusieurs Open de Belgique.

La magie de Flory Van Donck

Cette époque correspond aussi à l’arrivée sur le devant de la scène d’un certain Flory Van Donck. Champion de grand talent, ce Bruxellois formé au Ravenstein se lance réellement dans la carrière en 1932, à l’âge de vingt ans à peine. Né pour le golf comme Mozart pour la musique, il brûle les étapes. Lors de l’Open de Belgique de 1935, disputé à nouveau à Tervueren, il défraye toutes les chroniques en signant une carte époustouflante de 65 qui fit longtemps référence. En tête à l’aube du dernier tour, il sera finalement battu en playoff par l’Anglais W.J. Branch. Mais ce n’est que reculer pour mieux sauter. Dès 1939, il remporte en effet le trophée sur le parcours de Spa en étalant au grand jour son savoir-faire d’artiste du swing.

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La Deuxième Guerre freine, à son tour, son irrésistible ascension. Mais Flory Van Donck ajoute néanmoins quatre autres Opens de Belgique à son tableau de chasse : en 1946, en 1947, en 1953 et en 1956 où il s’impose, à Latem, en dominant la légende sud-africaine Gary Player, en personne. On l’oublie parfois mais le palmarès du champion belge est exceptionnel avec, notamment, deux Coupes du Monde, 3 Open de France, 5 Open d’Italie et 2 Open de Suisse. Il ne lui a manqué qu’un sacre au British Open où il termina deux fois en seconde position (1956 au Royal Liverpool et 1959 à Muirfield).

Le Gantois Donald Swaelens avait, lui aussi, ce swing naturel qui autorise tous les rêves. Malheureusement, alors qu’il semblait promis à suivre les traces de Van Donck au plus haut niveau, il fut frappé par la maladie et décéda en 1975 alors qu’il venait de se qualifier pour le Masters d’Augusta.

Le Ravenstein, un club phare qui a accueilli de nombreux Open de Belgique, dont le premier en 1910.

Nouvelle ère

L’Open de Belgique ne fut pas organisé entre 1959 et 1978. Il renaquit de ses cendres en 1979, au Ravenstein, avec la victoire de l’Australien Noël Ratcliffe. L’année suivante, c’était au tour du Sud-Africain Gavin Levenson de soulever le trophée sur le parcours du Royal Waterloo, devenu une véritable référence.

À l’époque, le golf est déjà un sport ultra- professionnel qui brasse les millions et qui intéresse à la fois les télévisions et les sponsors. Il séduit un nouveau public et ne cesse de se développer. En 1987, l’Open de Belgique est ainsi parrainé, pour la première fois, par un « main sponsor » qui lui donne son nom. Le Volvo Belgian Open se dispute au Waterloo et voit la victoire de l’Irlandais Eamonn Darcy, futur héros de Ryder Cup. L’année suivante, dans le cadre magique et bucolique du Bercuit, c’est le jeune Espagnol Jose-Maria Olazabal qui soulève le trophée en signant une exhibition de précision dans ses approches.

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Porté par les exploits du charismatique et surdoué Severiano Ballesteros, le swing devient une danse à la mode aux quatre coins de l’Europe. La Belgique n’échappe pas à la tendance. De nouveaux clubs se créent chaque année aux quatre coins du pays, notamment dans le Brabant Wallon. Et l’Open de Belgique fait clairement recette : tour à tour, Peugeot, Renault, Piaget et Alfred Dunhill sponsorisent un événement où l’on mélange cartes de score et de visite. Et les grands noms s’affichent au tableau d’honneur : l’Espagnol Miguel-Angel Jimenez en 1992, l’Irlandais Darren Clarke en 1993 et l’Anglais Nick Faldo en 1994 donnent au tournoi de nouvelles lettres de noblesse.

Le génial et imprévisible Miguel Angel Jimenez a remporté l’Open de Belgique en 1992.
Les Anglais Nick Faldo et Lee Westwood. Le premier s’est imposé en 1994, le second en 1998 et 2000.

Un plateau de rêve au Zoute

En 1998, c’est l’opérateur téléphonique Belgacom qui s’offre le parrainage du tournoi. Son président – le regretté John Goossens – est un passionné de golf. Visionnaire, il s’appuie sur l’événement pour faire connaître sa firme à l’échelle internationale et pour conquérir de nouveaux marchés. Avec son ami le Comte Léopold Lippens, président du Royal Zoute Golf Club et bourgmestre de Knokke, il sort le grand jeu. A la fois en terme de prize money, de communication et, surtout, de spectacle. Durant trois ans, ce sont tout simplement les meilleurs joueurs d’Europe qui participent au tournoi sur le fabuleux parcours zoutois. De Severiano Ballesteros à Nick Faldo en passant par Mark James, Padraig Harrington, Retief Goossen, Ian Woosnam, Jose-Maria Olazabal, Eduardo Romero, Colin Montgomerie, Bernhard Langer ou Lee Westwood (vainqueur en 1998 et 2000), toutes les stars répondent présentes. Le Belgacom Open est un réel succès : la télé publique retransmet en ‘live’ le tournoi et le public – mélange de connaisseurs et de curieux – répond largement à l’appel des greens.

Depuis le sacre de Lee Westwood en 2000, l’Open de Belgique s’était endormi sur ses lauriers, laissant les passionnés immergés dans une bulle de nostalgie. Le voilà qui reprend goût à la vie. Rendez-vous à Rinkven pour de nouvelles aventures !

L’Irlandais Darren Clarke, lauréat en 1993.
L’Espagnol Jose-Maria Olazabal, vainqueur en 1988 au Bercuit.
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