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Swann Borsellino, le commentateur de la réconciliation

Swann Borsellino est l'un des consultants foot de la RTBF depuis le début de Mondial. | © Auvio

Sport

Commentateur sportif français en terre diable, Swann Borsellino remet les pendules à l'heure concernant cette fameuse rivalité franco-belge.

Avant le match de ce soir, auquel on a déjà accolé le suffixe "historique" depuis plusieurs jours, deux stratégies sont possibles. D'instinct, ruer dans les brancards comme un beau diable, en dégainant sur tout ce qui ressemble de loin à un Français et en revendiquant d'anciens ancêtres belges à Thierry Henry. Plus honnêtement, prendre du recul devant son écran - un mètre et demi au moins - et analyser la situation comme un coach mené 2-0 devant le Japon. Comment a-t-on pu se mettre dans ce pétrin chauvin qu'on a raillé si souvent lorsqu'on était les perdants ?

De manière assez ironique, c'est un Français qui a la réponse. Presque aussi écartelé que le T3 des Diables rouges, Swann Borsellino suit activement l'équipe belge depuis plusieurs semaines maintenant, sur le plateau de la RTBF présidé par Benjamin Deceuninck. Seul tenante nationale du titre de diffuseur officiel des matchs de la Coupe du monde, tout le monde est tourné vers la chaine publique à la mi-temps, et donc, fatalement, vers Swann Borsellino. Une obligation pas désagréable, dès lors que le jeune Français - passé durant plusieurs années par SoFoot avant de se tourner vers la communication sportive - est à l'origine de commentaires aussi piquants que pertinents, tout en rajeunissant d'au moins dix ans le plateau. Swann est sage, mais pas trop. Et pour une génération d'amateurs ponctuels de ballon pour qui Rodrigo Beenkens est la seule voix du football belge, croiser le garçon, qui a laissé ses blagues au vestiaire, est un soulagement.

Confiants, les Diables le sont autant que les Bleus. Ambitieux, les Français le sont autant que les Belges.

Mais c'est véritablement avec son dernier édito que Swann Borsellino a mérité son permis de séjour dans le monde médiatique belge. Bleu dans un pays envahi par une drôle d'amertume noire-jaune-rouge, le commentateur a su remettre les pendules à l'heure : "Confiants, les Diables le sont autant que les Bleus. Ambitieux, les Français le sont autant que les Belges. Talentueux, les 22 et quelques acteurs, le seront, pour le plus grand plaisir de nos yeux", vante-t-il plutôt justement. Bref, "le casting parfait (...) pour que Belges et Français se tirent la bourre pour une bonne raison : une passionnante rivalité sportive".

Mais les joutes de clichés ne sont qu'une illusion renvoyée par le miroir des réseaux sociaux. "En vrai", les Français - du moins - regardent la dispute d'un air non pas condescendant, mais peut-être, pour la première fois, un brin admiratif de leurs "petits" voisins. "C'est bel et bien le respect qu’inspire l’équipe de Roberto Martinez", assure le commentateur pour la RTBF. "Car si l’on omet les piques lancées de part et d’autre du Quiévrain, qui font le sel d’un avant-match, et les sorties tristes de TF1 ou de certains 'éditorialistes' français ou belges, à qui il faut donner autant de crédit qu’à une chute de Neymar, c’est bel et bien avec respect que la France s’avance vers cette demi-finale de Coupe du Monde".

Génération 2018

Et pour Swann Borsellino, c'est surtout parce que les années passant, les supporters changent. Certes les papas de 86 et les grandes-sœurs de 98 sont toujours là pour nous rappeler les victoires et les déboires de leurs équipes respectives. Mais en 2018, les tribunes ont changé. "Une histoire de génération", analyse le journaliste sportif. Celle de Français qui admirent Eden Hazard pour ce qu'il est - l'un des meilleurs attaquants du monde -, mais aussi le rappeur Damso, qui a bien failli signer l'hymne des Belges. Et puis, à baigner dans les mêmes tours cyclistes et à connaitre les mêmes déceptions sportives, on finit, à la fin, par se ressembler. Et s'assembler. "Ce mardi soir, pas d’affaire de supériorité ou d’infériorité, pas de complexe ni d’arrogance. Juste les meilleurs joueurs du monde qui s’affrontent dans un match qui a une bonne gueule de finale avant l’heure".

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