Tour de France : Quand l’alcool faisait rouler les coureurs

Tour de France : Quand l’alcool faisait rouler les coureurs

La traditionnelle coupe de champagne réservée au vainqueur lors de la dernière étape. Avant, c'était durant toute la Grande Boucle que les coureurs s'alcoolisaient. | © AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD

Sport

Entre Houilles et les Champs-Élysées, le maillot jaune devrait s’offrir une petite coupe de champagne sur son vélo. Une scène légèrement subversive aujourd’hui. Mais avant, le peloton buvait pendant toute la course.

Comme le veut la tradition, le leader au classement du Tour de France va sabrer le champagne et trinquer avec ses coéquipiers au début de l’ultime étape, aujourd’hui entre Houilles et les Champs-Élysées, et fêter son titre déjà acquis. Cet honneur revient cette année au Gallois Geraint Thomas et ses équipiers de la Team Sky, une main sur le guidon et l’autre tenant une flûte. En 2016, Chris Froome s’était même permis le luxe de s’enfiler une bière spéciale venant de chez nous avant les bulles !


Si la consommation d’alcool sur la Grande Boucle est aujourd’hui très limitée, il n’en a pas toujours été ainsi. Au début du siècle dernier, les étapes n’étaient pas disputées entièrement à l’eau claire. « Avaler des quantités alarmantes d’alcool était la norme, écrit la revue américaine OutsideLa bière, le vin et l’eau-de-vie étaient considérés plus sûrs que l’eau douteuse des puits ou des sources de bord de route. »

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Le premier porteur du maillot jaune, Eugène Christophe, engagé lors de l’édition 1919, se souvient d’avoir bu, en guise « d’excitants »« un petit peu de champagne et, quand il faisait froid, un petit peu de cognac sur du sucre ». L’historien finlandais Mika Rissanen rappelle que les coureurs avaient interdiction de se partager des bidons d’eau. En cas de soif en dehors des points de ravitaillement, ils étaient parfois contraints de faire escale dans les bistrots de village, par exemple pour descendre une chope de bière« S’arrêter quelques minutes pour se désaltérer n’avait que peu d’effet sur le classement général », du fait des importants écarts, note le chercheur.

Le Français Georges Speicher boit une bière dans le col de l’Aubisque (Pyrénées-Atlantiques), lors de la 18e étape du Tour de France, le 17 juillet 1933. © AFP PHOTO

L’alcool a pu jouer des tours à certains engagés, comme lors de la 17e étape caniculaire du Tour 1935, disputée entre Pau et Bordeaux. Ce jour-là, d’un commun accord, le peloton s’arrête pour boire des bières distribuées par des spectateurs. Un seul coureur, le Français Julien Moineau, poursuit sa route. Sage décision : il s’imposera en fin de journée avec plus de 15 minutes d’avance. Selon la légende, jamais confirmée par le principal intéressé, les généreux spectateurs n’étaient autres que des amis de Julien Moineau, qui avait tout manigancé…

Un jeu qui peut s’avérer dangereux

Dans un registre plus tragique, le Britannique Tom Simpson a, lui aussi, marqué les esprits. Le 13 juillet 1967, lors de l’ascension du mont Ventoux, il cherche à se rafraîchir. Son équipier Vincent « Vin » Denson lui tend une bouteille glanée dans un café. C’est du cognac. Tant pis, Tom Simpson avale le breuvage. Quelques minutes plus tard, il s’affaisse sur son vélo, mort. Tué par un cocktail à base d’alcool, d’amphétamines, de chaleur et de fatigue.

Mais la star de cette époque du « cyclisme champagne » reste Jacques Anquetil. Le Français prétendait ne pas supporter l’eau. « J’ai essayé d’en boire une bouteille au déjeuner, mon estomac ne l’a pas supporté, a-t-il un jour confié à des journalistes. Heureusement, je me suis remis avec un calva. » Selon les Petites histoires secrètes du Tour, ce féru de champagne et de gros plant « soignait ses crises de foie à la bière glacée et ses rhumes au calva ».

Et aujourd’hui ? Sous l’effet des évolutions réglementaires et législatives, ainsi que des progrès de la science et de la diététique, l’alcool s’est quasiment évaporé du Tour de France. Les coureurs s’astreignent à des régimes stricts, qui auraient fait horreur à Jacques Anquetil. Les excès ne sont guère permis, même hors saison. Le Britannique Bradley Wiggins, qui s’offrait du vin et de la bière deux mois par an en début de carrière, a vite fait une croix dessus, selon Rue 89 en 2012.

L’alcool fait partie de l’histoire du Tour

Gare aux écarts de conduite. En 2010, le grimpeur de la Saxo Bank, Andy Schleck, et son coéquipier Stuart O’Grady ont été exclus du Tour d’Espagne par leur formation après une virée alcoolisée dans un bar. Selon L’Equipe, le premier avait été repéré à 5 heures du matin, sortant de discothèque, en train de rentrer à son hôtel.

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Les fans positionnés sur les routes du Tour boivent eux souvent en conséquence et peuvent se montrer hostiles lorsqu’ils ont abusé de l’alcool. En 2015, Chris Froome, qui s’était déjà pris de l’urine dans la figure quelques jours auparavant, avait été aspergé de bière dans l’ascension de l’Alpe d’Huez. Dans un autre registre, certains courent qui traînent à l’arrière du peloton trinquent parfois avec les supporters, pour leur plus grand plaisir.

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