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Serena Williams : jeune maman, reine du tennis mondial et icône planétaire

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Serena peut demain remporter son 40ème titre du Grand Chelem, si on cumule ses titres de simple, double et double mixte. | © Reporters / Mega.

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Elle lutte contre le racisme qui envahit son pays, a accouché d’une petite fille il y a tout juste un an et se retrouve en finale de l’US Open ce samedi 8 septembre, à la conquête d’un 24ème titre du Grand Chelem en simple. Serena Williams, ou la femme totale devenue légende.

« Je dois le dire de manière forte : Je veux absolument d’autres titres du Grand Chelem. Je suis au courant du record et, ce n’est pas un secret, mon objectif c’est 25 », déclarait en toute franchise la championne au magazine Vogue en janvier dernier, en faisant référence au record de 24 titres de Margaret Court qu’elle veut aller chercher et dépasser. Serena Williams n’est pas née pour attendre que les choses lui tombent dessus. L’Américaine est une battante, une force de la nature.

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Serena a grandi avec sa sœur aînée Venus à Compton, la capitale américaine du crime dans les années 1990 aux États-Unis et banlieue précaire de Los Angeles. Les deux soeurs sont formées par leur père, Richard Williams, qui souhaite les sortir de la misère. Il les entraîne durement sur un terrain de tennis délabré, et dès l’enfance elles commencent à gagner leurs premiers tournois et faire leurs armes. Très rapidement, les deux soeurs se font connaître pour leur physique hors-norme et leur jeu tout en force. Sa première victoire en Grand Chelem, c’était déjà à l’US Open contre Martina Hingis, une autre légende. La gamine de 17 ans devenait alors instantanément un phénomène.

Une source d’inspiration

Demain, ce samedi 8 septembre, l’Américaine aura l’occasion d’affirmer encore plus sa légende en finale de « son » tournoi, à New York. Dans son jardin, sur le court Arthur Ashe, où elle a déjà triomphé à six reprises. Son adversaire Naomi Osaka, jeune Japonaise de 20 ans seulement, va affronter bien plus qu’une joueuse de tennis. Serena est une icône, une source d’inspiration pour nombre d’afro-américains aux États-Unis et une jeune maman pleine de sincérité.

 

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Retour un an en arrière. En septembre 2017, « Mommy Smash » doit subir une césarienne en urgence après une grossesse paisible. L’opération se déroule bien et sa fille, Alexis Olympia Junior, naît en bonne santé. Mais le lendemain, elle est victime d’une nouvelle embolie pulmonaire. Serena Williams souffre de violentes quintes de toux et la cicatrice de sa césarienne se rouvre. Retour au bloc opératoire. Les médecins découvrent alors un large hématome dans son abdomen, causé par les anticoagulants prescrits pour traiter les caillots dans ses poumons. Elle doit encore subir une troisième intervention pour installer un dispositif empêchant une nouvelle embolie. Un traumatisme qu’elle raconte dans un entretien à CNN (en anglais).

Une sincérité désarmante

Á propos de sa grossesse et de son statut de jeune maman, la native du Michigan n’hésite pas à s’exprimer en toute honnêteté sur les réseaux sociaux. « C’est totalement normal de me sentir comme si je n’en faisais pas assez pour mon bébé. Nous sommes toutes passées par là. Je travaille beaucoup, je m’entraîne et j’essaye d’être la meilleure athlète possible. Cependant, cela veut aussi dire que, bien que j’aie été avec elle tous les jours de sa vie, je ne suis pas aussi présente que j’aimerais l’être », déclarait-t-elle début août sur Instagram.

 

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Last week was not easy for me. Not only was I accepting some tough personal stuff, but I just was in a funk. Mostly, I felt like I was not a good mom. I read several articles that said postpartum emotions can last up to 3 years if not dealt with. I like communication best. Talking things through with my mom, my sisters, my friends let me know that my feelings are totally normal. It’s totally normal to feel like I’m not doing enough for my baby. We have all been there. I work a lot, I train, and I’m trying to be the best athlete I can be. However, that means although I have been with her every day of her life, I’m not around as much as I would like to be. Most of you moms deal with the same thing. Whether stay-at-home or working, finding that balance with kids is a true art. You are the true heroes. I’m here to say: if you are having a rough day or week–it’s ok–I am, too!!! There’s always tomm!

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À la sortie de sa demi-finale remportée hier face à Anastasija Sevastova (6/3,6/0), la championne mesurait tout le chemin parcouru : « Il y a tout juste un an j’en étais à ma troisième opération, il m’en restait encore une. Revenir de si loin, alors que j’étais dans un lit d’hôpital, que je ne pouvais ni bouger ni marcher, ni rien faire d’autre, seulement un an plus tard, pas seulement m’entraîner mais être en finale ici, et même atteindre deux finales d’affilée (après celle de Wimbledon). Alors que, comme je l’ai dit, je n’en suis qu’au début… ça me donne le sentiment que j’ai encore un avenir très, très brillant. »

Attaquée de nombreuses fois, elle réplique et se bat

La championne est une femme de tous les combats, et s’attaque régulièrement à une problématique qui lui tient à coeur : la question raciale aux États-Unis. Que ce soit avec Nike, son équipementier, dans des spots publicitaires rejetant l’exclusion, ou par des déclarations condamnant le racisme ordinaire, Serena fait entendre sa voix haut et fort. En avril 2017, elle avait publié un long message sur Instagram dénonçant des propos racistes et sexistes d’Ilie Nastase, alors entraîneur de l’équipe de Roumanie de Fed Cup. L’homme avait notamment critiqué la couleur de peau du futur bébé de Serena : « Quelle couleur il sera ? Chocolat au lait ? », avait lancé Nastase. « Cela me déçoit de savoir que nous vivons dans une société où les gens comme Ilie Nastase peuvent faire des commentaires à ce point racistes envers moi et un bébé qui n’est pas encore né, et des remarques sexistes contre mes pairs. Je n’ai pas peur, contrairement à toi. Tu vois, je ne suis pas une lâche », avait répondu la star.

 

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Serena représente aussi la gloire du féminisme, sa splendeur. Quand John McEnroe avait osé la comparer aux joueurs hommes et déclarer que si elle jouait avec eux, « elle ne dépasserait pas la 700ème place mondiale ». La reine du tennis l’avait remis à sa place comme il faut, en deux tweets bien incisifs : « Cher John, je t’adore et te respecte, mais respecte moi, j’essaie d’avoir un bébé / Je ne joue pas sur ce circuit et je n’ai pas de temps pour ça ».

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En couverture de Vanity Fair au cours de l’été 2017, l’Américaine avait arboré sa rondeur lors de sa grossesse, photographiée par la mythique Annie Leibovitz. Critiquée par de nombreuses voix conservatrices lors de ses jeunes années pour son corps dit trop « musclé », Serena a remis tout le monde à sa place en assumant pleinement sa féminité et devenant le symbole de l’anti-conformisme.

Héroïne de l’anti-conformisme

Cet anti-conformisme qu’elle ne cesse de représenter. Et notamment avec ses tenues décriées par certains et adulées par d’autres. Elle arborait une magnifique combinaison à Roland-Garros que Bernard Giudicelli, le président de la fédération française de tennis, voudrait interdir au nom des valeurs conservatrices du tennis. Mais Serena a entamé une révolution, dans le tennis et en dehors. En témoignent sa collaborations avec le créateur Virgil Abloh pour ses tenues, faisant entrer la mode sur les courts, le lancement de sa marque de vêtements en mai dernier ou encore ses collaborations avec de nombreux artistes, dont la plus connue n’est autre que la reine de la pop, Beyoncé, une de ses grandes amies.

Serena est en train de marquer de son empreinte son époque et peut, demain, encore plus enfoncer le clou. En remportant son 24ème titre du Grand Chelem en simple et le 40ème cumulé si on y ajoute ceux en double et double mixte. « Elle doit être vue au même titre que Michael Jordan et Mohammed Ali. Je pense qu’elle mérite ce respect et c’est à ce rang qu’elle se situe, pour ce qu’elle a fait pour les femmes et pour le sport ». Cette phrase signée Roger Federer, maître incontesté du tennis et grand fan de l’Américaine, nous dit tout : Serena s’est hissé en haut, tout en haut. Et ce n’est pas encore fini.

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