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Le (nouveau) come-back étincelant de Tiger Woods

Tiger Woods, ce dimanche 23 septembre 2018 au Tour Championship. | © AFP PHOTO / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / SAM GREENWOOD

Sport

Après quatre saisons désastreuses, Tiger Woods a remporté le très prestigieux Tour Championship. 

Un temps donné perdu pour le golf, Tiger Woods a retrouvé dimanche à 42 ans sa place au sommet : après quatre saisons désastreuses plombées par d’insupportables douleurs au dos, il a signé l’un des plus improbables come-backs de l’histoire, en remportant le prestigieux Tour Championship. Comme souvent dans sa carrière – et même dans sa vie -, Woods n’a pas fait les choses à moitié : pour mettre fin à une disette de cinq années, il s’est offert à Atlanta l’épreuve sans doute la plus relevée de l’année, puisqu’elle oppose les trente meilleurs joueurs du circuit professionnel américain (PGA). Son 80e titre PGA en poche, à une longueur du record de son compatriote Sam Snead, il va vite s’envoler pour Paris où il sera l’atout-maître de l’équipe des États-Unis pour conserver la Ryder Cup, un exploit qui n’a plus été réalisé côté américain depuis 25 ans.

Il y a seulement neuf mois, un tel scénario semblait impossible, même pour les plus enthousiastes de ses supporters. Et peut-être même pour le principal intéressé. Quand il revient sur les greens en janvier 2018, après plusieurs tentatives ratées et quatre opérations du dos, dont une arthrodèse, une douloureuse fusion de vertèbres, celui qui est considéré comme le plus grand golfeur de l’histoire est dans le flou. « J’avais tellement d’appréhension au moment de frapper la balle et de tout donner. Mes médecins m’avaient pourtant dit que tout était OK, mais il a fallu que je retrouve confiance, cela a pris du temps, car je ne voulais plus me blesser, je ne voulais plus ressentir ces douleurs », a-t-il récemment expliqué.

Tiger Woods, en août 2011. © Kyodo/MAXPPP

Intérêt hors-norme

Il va pourtant rapidement retrouver ses marques, en terminant notamment 2e du Valspar Championship en mars. Il redevient le « Tigre » cet été en menant le British Open, avant de terminer 6e, puis en échouant à deux coups de son compatriote Brooks Koepka dans le Championnat PGA en août.  Avant même sa victoire de dimanche, il avait présenté 2018 comme « l’une de (ses) meilleures saisons »« Ce que j’ai réussi est remarquable, revenir d’une opération comme une fusion, peu de gens pensaient que c’était possible. Même en rêve, je ne pensais pas pouvoir me retrouver dans ma situation actuelle », a-t-il admis.

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Un exploit de plus pour Woods, un sportif décidément à part. Il est celui qui a fait changer à lui seul le golf de dimension. L’un de ces très rares sportifs, à l’image de Roger Federer en tennis, qui incarnent à eux seuls leur discipline, avec une aura dépassant le cadre feutré du golf. Quand il débarque sur la planète golf au milieu des années 90, il suscite dès le début un intérêt hors-norme. Jeune, métissé (né d’un père noir et d’une mère asiatique), il dépoussière son sport.  Son jeu, plus agressif, son approche physique d’une discipline encore réticente aux salles de gym, sa fougue qu’il n’hésite pas à exprimer… Un cocktail qui d’emblée électrise et fascine. Et surtout, il gagne, vite et beaucoup.

Traversée du désert

Entre 1996 et 2008, il domine outrageusement son sport, empoche 14 titres du Grand Chelem, ce qui le laisse à quatre longueurs d’une autre légende du golf Jack Nicklaus, et fait passer le golf sur une autre planète. La sienne. Puis la machine s’enraye. En 2009, la révélation de ses nombreuses liaisons désarçonne celui que l’on croyait à l’époque inébranlable. Il se sépare de sa femme, le mannequin suédois Elin Nordegren, avec qui il a eu deux enfants.

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Contraint par ses sponsors de faire des excuses publiques, son image s’effrite sérieusement. Sa carrière connaît un premier coup d’arrêt. Il chute, mais ne renonce pas. Il va mettre quatre ans à retrouver le fauteuil de N.1 mondial et, en 2013, parvient à redevenir le sportif le mieux payé au monde selon le magazine économique Forbes qui estime à 1,5 milliards de dollars le total de ses gains depuis ses débuts pros en 1996. C’est alors son physique qui l’abandonne. Touché au dos, il est opéré une première fois en 2014, mais son swing se délite, son mental vacille, et son niveau inquiète. Il réalimente de nouveau la rubrique des faits divers en se faisant arrêter, endormi au volant de sa voiture, sous l’emprise d’un cocktail de médicaments et d’anti-dépresseurs un soir de mai 2017 en Floride.

Maintenant que son dos lui donne enfin du répit, il ne lui reste plus, pour parachever son come-back, qu’à gagner un nouveau tournoi du Grand Chelem, son prochain objectif auquel il réfléchit déjà. « L’avenir est radieux pour moi », note-t-il, avant de lancer en guise d’avertissement pour 2019 : « Je ne me suis pas vraiment préparé physiquement pour cette saison 2018, j’essayais juste de jouer, je sais maintenant ce que je dois faire, cela sera différent ». 

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