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Pourquoi les footballeurs brésiliens soutiennent-ils Bolsonaro ?

Bolsonaro

« La majorité des joueurs ici viennent des classes défavorisées et nous voyons bien que les gens sont fatigués de subir certaines choses » | © MAURO PIMENTEL / AFP

Sport

Le favori des élections brésiliennes, nostalgique de la dictature militaire, divise le pays et provoque l’inquiétude de la communauté internationale. Mais il y a une communauté où il fait (presque) l’unanimité : les joueurs de foot. Explication. 

 

Affichant d’abord ouvertement son soutien à ses clubs « de cœur » Palmeiras et Botafogo, encourageant ensuite une équipe de Sao Paulo et une autre de Rio de Janeiro, avant de s’afficher portant le maillot du Vasco de Gama et de Flamengo, Bolsonaro a montré tout au long de sa campagne qu’il aimait le football. Et les joueurs le lui rendent bien. Ces derniers mois, les marques de soutien envers le candidat d’extrême droite de la part des stars du ballon rond ont afflué sur les réseaux sociaux. Comment expliquer le phénomène ?

Ronaldinho, Cafu, Jadson, …

Ainsi, le ballon d’or 2005 Ronaldinho, suivi par 18 millions d’utilisateurs, a publiquement affiché son soutien au candidat sur Twitter, déclarant « Pour un meilleur Brésil, je veux la paix, la sécurité et quelqu’un qui nous rend la joie. J’ai choisi de vivre au Brésil et je veux un meilleur Brésil pour tous ». Une prise de position « étonnante », juge Le Monde, alors que l’ancien joueur est connu pour son mode de vie hédoniste. Et il est loin d’être le seul international a s’être positionné en faveur du candidat « trumpiste », qui a fait des déclarations polémiques sa marque de fabrique.

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En 2017, Jadson déclarait avoir « déjà vu des interviews de lui sur YouTube, ça m’a l’air d’être un gars correct. S’il se présente à la présidentielle, je voterai pour lui ». Plus récemment, Cafu, double champion du monde (1994 et 2002), a aussi affiché son soutien à Bolsonaro dans une vidéo. Rivaldo (Ballon d’or en 1999) a quant à lui évoqué, sa « joie de savoir que le Brésil se réveille et de constater que Jair Bolsonaro est le candidat idéal pour notre pays ». Même son de cloche pour Lucas (ancien attaquant du PSG, aujourd’hui à Tottenham) qui a vivement défendu ses opinions politiques sur Twitter « Vous voulez faire quoi face aux bandits ? Il ne promeut pas la violence, il promeut la justice et que les malfrats aient peur de la police ».  Le milieu international de Palmeiras Felipe Melo a même dédié son but contre Bahia, le 16 septembre, à « notre futur président Bolsonaro ».

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 À l’image de la société brésilienne

Comment le candidat est-il parvenu à faire (presque) l’unanimité chez les joueurs ? Le site UOL a mené une enquête en décembre sur les joueurs de D1 et D2. À l’époque, Bolsonaro arrivait déjà largement en tête avec près de 22% des intentions de vote, loin devant Lula (encore candidat à l’époque) qui obtenait environ 5% des voix. Leur étude a révélé que la plupart prenaient pour argument la corruption endémique dans le pays pour défendre un candidat nostalgique de la dictature militaire : « Ce qui m’a séduit, c’est qu’on parle d’un candidat propre »,  aurait notamment déclaré Carlos Alberto qui voit le candidat comme le seul capable de changer le système en place.

Felipe Melo
Felipe Melo ©  EPA/DANIEL

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D’autre part, reprend Le Monde, le discours sécuritaire de Bolsonaro déclarant « un bon bandit est un bandit mort »  touche aussi des joueurs pour certains issus des « favelas », qui ont vécu de près ce mal brésilien qu’est la violence urbaine. C’est notamment le cas de Felipe Melo. Une journaliste d’UOL analyse que ce dernier « a vécu pendant des années loin du Brésil, en Europe où le sentiment de sécurité est plus important et le retour au pays l’a confronté de nouveau à une réalité bien différente ». « La majorité des joueurs ici viennent des classes défavorisées et nous voyons bien que les gens sont fatigués de subir certaines choses », ajoute Carlos Alberto, du même média. Autre aspect important dans le discours de Bolsonaro : le religieux. « Les joueurs y attachent beaucoup d’importance, ils s’identifient à ce genre de discours », observe le sociologue Marcel Diego Tonini, interrogé par 20 Minutes. Il ajoute que Bolsonaro a un programme machiste qui rencontre un franc succès dans un milieu très « viriliste [sic], où sa violence verbale est aussi très bien vue ». En d’autres termes, conclut Marco Antonio Carvalho Teixeira, politologue interrogé par Le Monde, « Les joueurs sont aujourd’hui rares à parler politique. Mais ceux qui le font sont à l’image du reste de société brésilienne ». 

Exceptions persistent

Quelques exceptions persistent, comme Juninho qui  appelle à voter pour Fernando Haddad, le candidat du Parti des travailleurs  : « Beaucoup de Brésiliens ignorent que d’autres ont été torturés et assassinés pendant la dictature. C’est désespérant de voir des gens soutenir les interventions militaires ». L’équipe des Corinthians (Sao Paulo), elle, marque son opposition au candidat à chaque rencontre. Le verdict de ce match aux enjeux de taille, tombera bientôt.

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