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Football : Le « Superclásico » River Plate – Boca Juniors, ou l’une des rivalités les plus féroces de l’histoire du sport [VIDÉOS]

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Gonzalo Martinez, en blanc (River Plate), à la lutte avec Carlos Izquierdoz (Boca Juniors) lors du match aller de la finale de la Copa Libertadores, le 11 novembre 2018 à Buenos Aires. | © AFP / EITAN ABRAMOVICH.

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Les deux clubs de football qui divisent l’Argentine toute entière se retrouvent pour la première fois de leur histoire en finale de la Copa Libertadores, l’équivalent de la Ligue des champions en Europe. Le match aller s’était soldé par un nul (2-2) à la Bombonera, le stade de Boca, et le retour prévu ce samedi soir (21h en Belgique) se promet d’être bouillant. Retour sur une affiche qui dépasse largement le cadre du football.

Au pays du Dieu vivant Diego Armando Maradona, toute personne qui a vécu ou même voyagé en Argentine la connaît. Elle cristallise les passions, déclenche des bagarres et des disputes interminables, s’invite aussi parfois dans le débat politique et fait hurler tout bon « porteño » (local) qui se respecte : la rivalité historique entre River Plate et Boca Juniors, deux clubs basés dans la capitale Buenos Aires, est synonyme de sujet sacro-saint au pays des gauchos et du tango, et ferait passer un Barcelone – Real Madrid pour un match de cour de récré. Le « Superclásico » est en Argentine plus important que la naissance de votre bambin ou la rencontre de l’âme sœur. Comme si votre vie en dépendait.

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Toute l’Argentine attend un match d’anthologie

Surnommé le « match du siècle » par tout un pays, la première finale dans l’histoire de la Copa Libertadores (la Ligue des champions sud-américaine) entre les deux clubs a débuté le 11 novembre par une manche aller dantesque, qui a résulté d’un match nul (2-2) à la Bombonera, le stade mythique de Boca. Rendez-vous est pris ce samedi dans les entrailles du Monumental, l’enceinte de River, pour un match retour qui s’annonce à coup sûr comme un thriller à couteaux tirés. Se jouera rien d’autre que la suprématie du football continental, mais pas seulement, tant le cœur de l’Argentine bat, ces dernières semaines, au rythme de la confrontation tant attendue. Une tension palpable à tous les niveaux de la société, des gamins qui jouent à la balle dans les « barrios » (quartiers) de Buenos Aires jusqu’au président Mauricio Macri.

Le président à fond derrière Boca

Mauricio Macri, justement, qui incarne mieux que quiconque la folie indescriptible liée à cette rivalité entre les « Xeneizes » (Boca) et « Millonarios » (River). Macri a dirigé Boca Juniors entre 1995 et 2008 et a notamment façonné sa carrière politique en s’appuyant sur le football. Avant même que les deux clubs ne se retrouvent pour cette finale, le président s’était inquiété d’un tel scénario, synonyme de « trois semaines sans dormir… à cause de la pression que cela représenterait ». Encore mieux, cinq jours avant le match aller, il s’était laissé aller à une petite saillie pas très respectable à l’encontre de l’entraîneur de River en visitant un laboratoire : « Cette fois, il faut que ça tourne en notre faveur, face à ce ‘gros cul’ de Gallardo ». Une phrase, honnête à défaut d’être fine, qui a évidemment encore plus rajouté de l’huile sur le feu.

Le « millionaire » et le « bouseux »

L’opposition quasi sanguinaire existant entre les deux clubs trouve ses racines dans des trajectoires diamétralement opposées. Le quartier populaire de La Boca, dans le centre de Buenos Aires, abritait au début du XXème siècle les deux clubs avant que River ne s’exile à Nuñez, quartier bien plus prospère au nord de la capitale. En découle un clivage entre le club des riches (River donc), d’où le surnom « club des millionaires », et le club des ouvriers, Boca Juniors. Quand River revendique son public aisé, même si c’est loin d’être le cas, Boca s’autoproclame le club des « bosteros » (« bouseux »). Une distinction marquée qui, en plus des grands succès sportifs des deux clubs durant le dernier siècle, fait des deux entités deux voisins que tout oppose.

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Un peuple divisé

De l’estudiantine Mendoza à la paisible Bariloche patagonienne, de la Terre de Feu aux chutes d’Iguazú, tout un pays est contaminé par cette fièvre qui prend à la gorge. Et revêt des proportions complètement folles. Ainsi José Acosta et Solange Gómez, deux tourtereaux ensemble depuis 2015, ont tout bonnement annulé leur mariage prévu lors du match aller. « Dès que j’ai appris que la finale se jouerait ce jour-là, la première chose que j’ai dit à Solange était : ‘Nous annulons le mariage’ », a tranché José. Sacré, on vous dit. Une folie qui a par exemple amené un homme dénommé Oscar à brûler la maison de son ancien beau-frère, Arturo, à la suite d’une dispute « pour savoir laquelle des deux équipes était la meilleure » , comme l’a confié une source policière à El Territorio. Renzo, 6 ans et issu d’une famille modeste, a lui décidé de vendre tous ses jouets dans la rue en vue de s’offrir le précieux sésame pour le match et espérer voir son club de coeur, River, mettre une pâtée au rival. Devenue virale, son histoire est parvenue à l’oreille d’un dirigeant des « Millionaires », qui lui a envoyé deux places pour le match du siècle.

Des précédents dangereux

Les derniers « Superclásico » ont été marqués de fer blanc par des évènements extra-sportifs. En 2010, alors que le match se disputait au Monumental, des supporters de Boca avaient jeté des fumigènes sur ceux de River. En 2015, lors du dernier affrontement entre les deux équipes en Copa Libertadores, la rencontre n’avait même pas été à son terme puisqu’un supporter de Boca avait jeté du gaz irritant dans le tunnel des joueurs de River. Une incivilité qui conduira l’arbitre à ne pas poursuivre le match, et la fédération à qualifier sur tapis vert River Plate en quarts de finale.

Un « mano en mano » permanent

Selon les chiffres, on estime que 75% des Argentins supportent l’un ou l’autre club, quand les autres tels Independiente ou San Lorenzo, aux résultats certes honorables, sont relégués au rang de seconds couteaux incapables de rivaliser. Il faut dire que les deux monstres du foot argentin totalisent 62 titres de champion national à eux deux (35 pour River, 27 pour Boca). En 248 rencontres officielles, les Xeneizes mènent légèrement la danse avec 87 victoires contre 81 pour les Millonarios, 79 d’entre elles s’étant soldées par des matchs nuls. Un léger avantage pour Boca, mais River est dans une dynamique positive depuis quelques années, notamment grâce à l’arrivée d’un nouvel entraîneur, l’ancien milieu de l’Albiceste (la sélection nationale) Marcelo Gallardo, qui a remis de l’ordre au niveau des confrontations directes : quinze rencontres pour cinq victoires, six nuls et quatre défaites.

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Le plus grand derby sportif au monde livrera un spectacle on l’espère à la hauteur ce samedi soir. Une chose est certaine : l’histoire du football argentin est déjà marquée par la date du 24 novembre 2018, même si l’issue de cette frénétique soirée n’est pas encore livrée. Une question nous taraude cependant : la société argentine en sortira-t-elle indemne ? Rien n’est moins sûr pour ce match définitivement pas comme les autres.

(Le match n’est malheureusement pas retransmis en Belgique, aucun diffuseur n’ayant obtenu les droits. Il est cependant possible de le visionner si vous vous inscrivez chez betFIRST. Vous pourrez alors suivre gratuitement les rencontres sur lesquelles vous pariez.)

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