L’incroyable expédition de Nouria Newman, kayakiste de l’extrême

L’incroyable expédition de Nouria Newman, kayakiste de l’extrême

nouria newman

La kayakiste en 2014. | © Red Bull.

Sport

Elle a passé sept jours à bord de son kayak, sur le Zanskar et l’Indus, deux rivières du Nord de l’Inde. Nouria Newman vient de dévoiler les images de cette incroyable expédition dont le départ a été donné à plus de 4100 mètres d’altitude dans une eau glaciale. Les doutes, le manque d’oxygène mais aussi la magie des lieux ont rendu ce projet inoubliable. Elle nous raconte. 

D’après un article Paris Match France de Clémentine Rebillat

Paris Match. Comment est née l’idée de « The Ladakh Project », le nom de votre vidéo ?
Nouria Newman. Au départ, j’allais en Inde pour une compétition, et sur place je me suis dit que c’était trop dommage de ne pas rester plus longtemps, donc j’ai rejoint deux semaines d’exploration avec un groupe d’Allemands. Ce voyage était en partie financé par l’office du tourisme de Kerala pour développer le kayak et les sports d’aventure. Mais c’était juste avant les grosses crues donc tout le monde a un peu paniqué, et finalement, les autorités ont changé d’avis et nous ont complètement bloqués. On a finalement passé deux semaines à essayer d’avoir les permis nécessaires. On n’a pas fait de kayak autant qu’on le voulait, surtout qu’ils envoyaient les flics aux barrages qu’on essayait de franchir. On s’est rendu compte au bout d’un moment que notre chauffeur était un indic … Et finalement j’ai réfléchi : soit je ne reviens plus jamais en Inde, soit j’en profitais pour rester. Un Indien m’avait parlé de cette rivière dans l’Himalaya et j’avais entendu parler du Zanskar, qui est le canyon au milieu. Toutes les conditions étaient réunies pour faire une expédition en solo, donc j’ai changé mon billet d’avion qui n’était pas remboursable, grosse galère, et je suis restée en Inde quasiment deux semaines et demi de plus pour faire cette expédition en solo.

Lire aussi > Thomas De Dorlodot met les voiles vers de nouvelles aventures

Comment avez-vous préparé cette expédition, puisqu’elle semble avoir été décidée un peu à la dernière minute ? 
Elle s’est faite pendant cette période perdue où l’on passait de bureau en bureau pour obtenir des permis. À ce moment-là, j’ai commencé à prendre contact avec l’Indien qui m’avait parlé de cette descente pour avoir des infos, en parallèle j’étais avec ma 3G sur Google Earth et sur Internet. Il faut aussi dire que ces 2 dernières années, les expéditions c’est quelque chose que je fais de plus en plus, normalement je suis prête physiquement pour ça. Le seul truc délicat ça aurait pu être l’acclimatation à l’altitude, mais en fait tout a été plus dur que ce à quoi je m’attendais.

Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontrées ? 
La première petite difficulté, ça a été d’arriver à organiser ma logistique sur terre. Au premier jour, je devais partir à 5 heures du matin pour être prête tôt, mais au moment de partir, le gars qui devait nous conduire en voiture était complètement ivre et on n’arrivait pas à le lever. On essayait de le secouer et il ne bougeait pas, donc on a attendu (rires, ndlr). À 8 heures, il était toujours inanimé et finalement on a pris la route à 10h30, donc au lieu d’embarquer en milieu d’après midi j’ai embarqué à 17 heures. Je n’ai pu faire que 11 kilomètres le premier jour à cause de la nuit et je ne voulais pas trop m’installer trop loin pour camper pour ne pas avoir froid. Et puis la deuxième difficulté, c’est que j’ai sous-estimé l’altitude. Pendant l’effort c’était plus dur de respirer.

« À la fin je voulais m’arrêter, me faire un petit chocolat chaud dans un coin et que quelqu’un passe me faire un câlin »

Vous vous êtes également fait très peur dès le deuxième jour …
Oui …j’ai eu un raté. Ca n’était pas drôle parce qu’en m’engageant sur ce type d’expédition la première règle c’est de ne jamais partir seule, bon … (rires, ndlr). À partir du moment où tu pars en solo, tu te dis : « Est-ce que je ne suis pas en train de faire une grosse connerie ? » et finalement tu te dis « non ça va aller, ça va bien se passer », et tout était mis en place pour que ça se passe bien n … J’ai eu un moment d’inattention et puis j’ai commencé à subir le rapide, je me suis retrouvée bloquée et j’ai dû nager, ce qui n’est pas spécialement grave mais le problème quand tu es seule et que tu nages, c’est qu’à la fin tu n’as plus ton matériel, tu n’as plus ton kayak où se trouvent tes affaires chaudes, ta nourriture et un petit sac étanche avec carte, balise GPS, passeport… tous les trucs importants en fait. Et donc là tu es obligée de tout récupérer parce que sinon t’es foutu.

Comment avez-vous vécu le choc de ce « raté » ?
À partir de ce moment-là, c’est devenu difficile parce que j’avais peur, j’avais des doutes, j’avais froid. À la fin je voulais juste m’arrêter, me faire un petit chocolat chaud dans un coin et que quelqu’un passe me faire un câlin mais en fait je n’avais plus le choix, il fallait que je continue, pas par courage mais par défaut (rires, ndlr). En plus tu n’as pas le droit d’utiliser de balise GPS là-bas parce que tout est très militarisé donc si on vient te chercher tu peux avoir de gros problèmes. Et moi évidemment je l’ai utilisée en me disant que l’administration indienne ne me repèrerait pas. Je voulais quand même envoyer un petit message à ma maman le soir pour qu’elle ne s’inquiète pas, en faisant plein de mensonges par omission … Je lui ai envoyé un message pour lui dire que j’étais en expédition sans lui dire que j’étais seule. Elle a dû se rendre compte de tout au sixième jour, mais au moins avant ça elle ne s’est pas inquiétée. Je n’ai pas voulu lui montrer ma vidéo, j’aimerais bien qu’elle ne la voie pas, ou en tout cas pas face à moi.

Lire aussi > Route du rhum : Francis Joyon et François Gabart, le choc des générations

Diriez-vous que cette expédition est la plus difficile de votre vie ?
C’est dur de calibrer l’intensité de mes expéditions. J’en ai fait des plus dures avant celle-ci, mais là le fait d’être seule dans l’Himalaya, c’était spécial. Je me suis retrouvée avec mes doutes, toutes mes pensées négatives. Quand on est avec les copains, si l’un est peu pessimiste, il y en a toujours un autre pour faire la balance et être optimiste. Et quand ça se passe mal tu as des gens pour t’aider. En fait, le pire moment s’est déroulé après le deuxième jour. Je voulais m’arrêter alors que la partie à venir était hyper facile. Mais plus c’est facile moins tu es concentrée et donc plus tu réfléchis et tu ressasses les erreurs qui ont été faites. Et là j’ai commencé à compter mes coups de pagaie pour éviter de penser. C’est truc le plus aliénant au monde ! Mais en me reposant, en me levant le lendemain, l’eau était magnifique, il y avait le soleil, et c’était beau. Et puis j’ai rencontré des petits moines super mignons, ils m’ont fait signe de m’arrêter. Je les ai laissés jouer avec mes affaires pendant je ne sais pas combien de temps en laissant la GoPro tourner. Et là je me suis dit : « Tu fais du kayak pour ça, si tu ne t’amuses pas et que tu n’éprouves pas de plaisir, tu te plantes complètement ». Et c’est à partir de ce moment-là que je me suis dit, « ok tu t’es fait peur mais tu es là pour ça », grâce à ces petits gamins. Et je me suis sentie en confiance de nouveau.

CIM Internet