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Nike ne pénalisera plus ses athlètes féminines qui veulent devenir mères

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Image d'illustration. | © Unsplash/braden Collum

Sport

Après avoir été pointé du doigt par plusieurs athlètes féminines, Nike tente de rectifier le tir. Le géant américain a déclaré qu’il protégera dorénavant leur salaire durant la grossesse. Et après ?

 

Comme de nombreuses entreprises, Nike n’hésite pas à baser sa publicité sur l’égalité de genre pour promouvoir ses vêtements de sport. La preuve encore avec son dernier spot sorti à l’occasion de la fête des mères, le dimanche 12 mai. Intitulé « Dream With Us », il encourage les femmes à poursuivre leurs efforts pour battre des records, pour pousser un sport à accepter tout le monde tel qu’il est ou pour tout simplement devenir de grandes athlètes. En février, Serena Williams avait déjà appelé les femmes à être « plus folles » dans une campagne inspirante. Mais tout ceci reste du marketing.

En réalité, Nike « ne soutient pas ce qu’il prêche », affirme la championne américaine Alysia Montaño. Dans une vidéo publiée par The New York Times le 12 mai, la spécialiste du 800 mètres pointe du doigt l’hypocrisie de la marque à la virgule. « Nike m’a dit de rêver sans limite, jusqu’à ce que j’ai voulu un bébé », déclare-t-elle, accusant le géant américain d’avoir mis son contrat de sponsoring « sur pause ». Conséquence : « the pregnant runner », comme on l’a surnommée en 2014 lorsqu’elle a complété une course en étant enceinte de huit mois, n’a pas été payée durant sa grossesse. Mais ce n’est pas tout. « Le comité olympique américain supprime [également] notre assurance santé si nous ne restons pas toujours au maximum de nos capacités pendant notre grossesse », poursuit dans la vidéo l’athlète originaire de New York qui a décidé, après la naissance de sa fille Linnéa en 2014, de quitter Nike pour Asics. Mais elle a fait rapidement le même constat. Alors qu’elle travaillait sur son retour dans la compétition, ils ont menacé d’arrêter de la payer.

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« J’étais très énervée par le fait qu’aucune politique mise en place ne me protégerait », déplore-t-elle, avant de décrire ses efforts pour lancer une législation de congé de maternité et pour respecter le contrat d’Asics. « Ils n’étaient pas sûrs que je puisse revenir après ma grossesse. Je leur ai prouvé le contraire », dit-elle en voix off alors que des images la montrent en train de courir tout en tenant la poussette de sa fille. Six et dix mois après avoir accouché, Alysia Montaño leur a cloué le bec en remportant deux championnants nationaux, tout en continuant à allaiter son enfant.

« Le baiser de la mort »

Le New York Times souligne que les quatre dirigeants exécutifs de Nike qui négocient des contrats d’athlétisme sont tous des hommes. Une athlète, sponsorisée par Nike de 2010 à 2016, Phoebe Wright avait déclaré : « Tomber enceinte est le baiser de la mort pour une athlète féminine. C’est sûr que je ne dirais jamais à Nike si j’étais enceinte ». D’autres sportives de haut niveau ont critiqué Nike après les déclarations d’Alysia Montaño. C’est le cas par exemple de la Britannique Joanne Pavey, ancienne championne d’Europe et médaillée mondiale sur 10 000 m, qui a vu son aide financière être suspendue, lorsqu’elle était enceinte de son premier enfant en 2009.

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Et le congé maternité ?

« Comme il est de pratique courante dans notre secteur, nos accords incluent des réductions de paiement basées sur la performance », a justifié dans un premier temps Nike. Il n’y aucune exception pour l’accouchement, la grossesse ou la maternité. Cela met donc ces trois situations au même niveau qu’une blessure, imposant aux femmes de réfléchir à deux fois avant de devenir mères. « Historiquement, les réductions basées sur la performance ont été appliquées à très peu d’athlètes féminines », poursuit la marque. Mais cette dernière avoue ensuite qu’il y avait une « incohérence » dans cette approche dans différents sports et qu’elle avait été normalisée en 2018 « de sorte qu’aucune athlète féminine ne soit financièrement pénalisée pour sa grossesse ».

Au Wall Street Journal, le géant Nike précise qu’il ne changerait pas les contrats existants, mais affirme qu’il « fournira les assurances appropriées pour les contrats existants afin de renforcer notre politique ». Si la dépénalisation durant la grossesse est une excellente nouvelle pour les athlètes, le communiqué du leader sportif ne mentionne rien à propos d’un congé maternité. Ce qui pose toujours problème. Just do it, Nike et les autres marques suivront.

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