Pourquoi 2019 est l’année du foot (des femmes)

Pourquoi 2019 est l’année du foot (des femmes)

La coupe du monde démarre ce vendredi à Paris. Qui seront les championnes ? | © UEFA

Sport

La Coupe du monde de football des équipes féminines commence ce vendredi 7 juin en France. Le combat des femmes pour s’imposer sur le terrain n’est pas encore terminé mais la flamme du foot se joue désormais au féminin.

À quelques heures du premier coup de sifflet, près d’un million de billets ont déjà été vendus. Les footballeuses joueront devant des gradins remplis, et cette année la FIFA espère franchir la barre du milliard de téléspectateurs en direct. Alors qu’auparavant les joueuses devaient se contenter des maillots des hommes, Nike a conçu pour la première fois des équipements pour des équipes féminines et réalisé un clip publicitaire qui s’est fait remarquer.

Ce nouveau pouvoir d’attractivité du football au féminin se confirme, au-delà des tribunes, au niveau médiatique et économique. La FIFA commence aussi à saisir l’importance de la pratique féminine et a doublé les primes prévues pour les sélections participant au Mondial 2019. Pour la première fois de son histoire, l’UEFA a lancé une stratégie spécialement consacrée au football féminin intitulée ‘Time for Action’.

 

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#TimeForAction is our strategy to grow Women’s football over the next five years. To make it happen , we need goals. We have 5⃣ of them…⁣ ⁣ GOAL 1⃣ ⁣ ⁣ By 2024: 2.5 million registered female players 🙋‍♀️⚽⁣ ⁣ GOAL 2⃣ ⁣ ⁣ By 2024: Women’s football will be seen as:⁣ ⁣ ▪Strong, inclusive, fun and inspirational 💪⁣ ▪An accepted sport for both genders 👨👩‍🦰⁣ ⁣ GOAL 3⃣⁣ ⁣ We will make @UWCL and @UEFAWomensEURO Europe’s most successful and competitive women’s sports competitions 🏆⁣ ⁣ GOAL 4⃣⁣ ⁣ ▪55 minimum standard agreements for national team players ⁣ ⁣ ▪55 national associations with safeguarding policies in place⁣ ⁣ GOAL 5⃣⁣ ⁣ A more gender diverse UEFA administration isn’t just a good thing for women’s football, it’s a good thing for football. It brings a necessary diversity of opinions, ideas and ways of working.⁣

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En Belgique, bien que notre équipe nationale ne soit pas qualifiée, la RTBF retransmettra les rencontres sur Auvio. Et si les Red Flames ont manqué de peu la qualification, elles sont rentrées fin mars dans le top 20 du classement FIFA. Leur succès a révélé l’engouement des filles pour chausser des crampons : entre 2015 et 2018, les affiliations dans les clubs francophones de football ont augmenté de 47 % .

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Aline Zeler, ancienne capitaine des Red Flames, y voit l’effet de l’Euro 2017 et d’une nouvelle médiatisation. « En 2013, l’Union belge a crée la marque ‘Red Flames’ . Lors de notre participation à la Coupe d’Europe, 65 000 personnes se sont déplacées aux Pays-Bas. La RTBF diffuse certains matchs depuis 2015 et Proximus reprend maintenant tous les matches de l’équipe nationale. C’est la visibilité qui permet de rendre le sport plus populaire auprès des filles » explique-t-elle.

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Boom des inscriptions de jeunes footballeuses en club chez nous. ©UEFA

Le Mondial 2019, avec ses arbitres 100% féminines, sera déterminant pour l’avenir de la pratique. « On montre aux petites filles que ça existe, cela peut créer des vocations. Des modèles comme les journalistes sportives Anne Ruwet et Christine Schréder aident aussi au développement du foot féminin » assure la footballeuse belge. Au niveau national, près de 38 000 joueuses veulent dribbler et dépasser les clichés.

Une occasion pour changer les mentalités

Malgré tout, le match pour l’égalité n’est pas encore gagné. Si l’Union belge (URBFSA) met en place des subsides et des labels pour les clubs, et prépare une stratégie qui sera dévoilée en août prochain, les filles restent encore sur le banc de touche. Aline Zeler a du continuer à travailler à temps plein et s’entraîner en soirée, à défaut de salaire et de sponsors : « Si une joueuse reste en Belgique elle ne gagnera jamais sa vie dans le foot. C’est triste, cela demande beaucoup plus de sacrifices que pour un homme. En Belgique on a encore beaucoup de retard. On garde l’idée qu’un garçon vaut mieux qu’une fille. Le lundi matin il y a jamais rien non plus dans les journaux sur nos matchs du weekend, les filles ne sont pas assez mises en avant. »

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Du côté des infrastructures, les femmes éprouvent aussi des difficultés à prendre leur place. Les clubs favorisent encore les horaires des équipes masculines et restent parfois réticents à donner aux joueuses l’accès aux terrains. « C’est très lent en Belgique… Les clubs s’ouvrent à la présence des jeunes filles mais les mentalités ne sont pas encore complètement changées. Heureusement pour l’Euro, tout avait bien été mis en place par la Fédération belge pour que notre équipe nationale bénéficie du même niveau de préparation que les Diables » témoigne l’ancienne capitaine nationale.

Alors que le ballon rond lutte pour son émancipation, d’autres sports comme le tennis ont trouvé plus facilement et rapidement une popularité chez les femmes. Un sexisme propre au milieu du football qui trouve son origine dans l’histoire. Jean-Michel De Waele, spécialisé en sociologie du sport à l’ULB, explique que le foot, né dans la noblesse, est rapidement devenu le sport de la classe ouvrière, très majoritairement masculine, « tandis que le tennis est resté un sport aristocratique où les femmes ont pu jouer un rôle. Lors de la démocratisation du sport, le tennis est devenu un sport mixte. Le football, un sport où l’on tacle, se bouscule et et tombe dans la boue, a longtemps été considéré comme un sport ‘viril’, à l’image d’autres sports collectifs avec beaucoup de contacts physiques. »

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Un sexisme qui se joue aussi sur les mots, et qui énerve Aline Zeler. « J’en ai marre qu’on dise football ‘féminin’ ! Je fais du foot depuis que je suis petite, les règlements et les catégories sont les mêmes. » Elle marque un point : le foot, c’est le foot. Les femmes qui jouent au football pratiquent le même sport que les hommes. Et un jour peut-être, leur compétition prendra assez d’ampleur pour que l’on appelle aussi l’autre tournoi « la Coupe du monde masculine », voire que les matchs des hommes et des femmes se jouent lors d’une seule grande fête du foot.

Les joueuses de l’équipe de France lors de la préparation de leur Mondial, le 30 mai. © Photo FRANCK FIFE / AFP
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