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Comment Cedella, la fille de Bob Marley, a sauvé l’équipe féminine jamaïcaine de football

Cedella Marley

Cedella Marley, entourée de l'équipe jamaïcaine en mai dernier. | © Angela Weiss / AFP

Sport

L’équipe féminine jamaïcaine de football participe actuellement à la Coupe du monde en France. Une belle histoire pour les joueuses qui, il y a quelques années encore, ont été délaissées par leur propre fédération avant d’être sauvées par Cedella Marley, la fille de Bob Marley.

 

Dimanche après-midi, 15 heures au Stade des Alpes, à Grenoble. Près de 18 000 spectateurs sont là pour assister à la rencontre entre le Brésil et la Jamaïque (3-0). Konya Plummer, les yeux emplis d’émotion, foule la pelouse avec le douloureux souvenir de 2014 en tête. Cette année-là, la fédération jamaïcaine de football décide de dissoudre l’équipe féminine faute de moyens. A l’époque, Konya n’a que 16 ans et voit ses rêves de représenter son pays s’envoler. Comment faire partie du haut-niveau, comment entrer dans l’histoire, si les instances ne leur laissent même pas une chance. C’est l’action d’une femme qui va tout changer : Cedella Marley, la fille de Bob Marley, elle-même artiste et femme d’affaires reconnue. « Mon fils Skip est rentré de l’école un jour avec un papier dans son sac. C’était un appel pour aider les Reggae Girlz (le nom donné à l’équipe féminine, ndlr) », se souvient-elle dans le Telegraph. Elle le reconnaît elle-même, Cedella ne savait pas qu’il existait une équipe féminine de football dans ce pays du sprint, alors qu’elle adore ce sport et a toujours soutenu les garçons. « Je n’étais juste pas au courant », dit-elle.

Alors, elle décide de passer des coups de téléphone auprès de la Fédération, « juste pour savoir quelle était cette histoire ». Au bout du fil, on lui explique que les problèmes sont bien plus larges que « le simple fait de faire des dons de 10 ou 15 dollars ». « Ce n’est pas parce qu’elles n’étaient pas bonnes. C’est parce qu’ils n’avaient plus de fonds. Ils en avaient pour les garçons, oui, mais pas pour les filles », continue-t-elle. Cedella Marley découvre que les Reggae Girlz doivent faire leurs lessives et manquent de tout le nécessaire le plus simple. « Elles n’avaient pas de soutien-gorge de sport, elles ne profitaient pas d’une bonne nutrition… On m’a même dit d’envoyer des barres de céréales. Ce n’était pas marrant. J’étais de plus en plus en colère. »

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Une qualification historique

Celle qui a grandi dans une famille dont la passion pour le football se transmet de génération en génération décide de réagir et de faire quelque chose pour ces sportives qui souhaitent juste pratiquer leur passion. Par pudeur, elle refuse de dire combien d’argent elle a investi afin de relancer l’équipe jamaïcaine. « Tout ce que je peux dire c’est qu’en 2014, j’ai dit à l’un de mes enfants : ‘Je sais que tu veux vraiment aller à l’Université mais…’ » Engagée auprès des joueuses, elle voyage avec elles et se rend peu à peu compte de la réalité de la situation. « C’est là que j’ai vraiment su quoi faire », glisse-t-elle. Afin de récolter des fonds, aidée par la Bob Marley Foundation, Cedella Marley et ses deux frères Stephen et Damian sortent une chanson « Strike Hard ». Et sa passion porte ses fruits. Les filles se qualifient pour la Coupe du monde, pour la première fois de leur histoire.

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Un incroyable succès et une nouvelle page qui s’ouvre pour les joueuses qui profitent d’un nouvel élan international pour le football féminin. « Je ne crois pas que je comprenne réellement les répercussions de ce que nous avons réalisé, mais c’est un énorme honneur d’être un modèle et de créer un chemin pour les prochaines générations. Aller à Kingston et voir les petites filles nous dire : ‘Nous voulons devenir comme les Reggae Girlz’ », se félicite Chinyelu Asher, milieu de terrain de l’équipe. Quant à Konya Plummer, elle rappelle à quel point se qualifier pour la Coupe du monde n’est « pas uniquement important pour la Jamaïque mais pour tous les Caraïbes ». De son côté, Cedella le jure, elle ne va « nulle part tant que l’équipe n’est pas commercialement stable ».

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