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Pourquoi Wimbledon impose aux joueurs de porter du blanc (et rien que du blanc)

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David Goffin sur le gazon de Wimbledon, en blanc de la tête aux pieds. | © BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR

Sport

Les règles strictes imposées par le célèbre tournoi de tennis auraient-elle des origines sexistes ?

Que serait Wimbledon sans sa tradition ? En plus de son gazon vert pomme, son box royal et ses fraises à la crème, le plus ancien tournoi de tennis au monde se distingue des autres par une série de spécificités qui font sa renommée. Et parmi les règles qui se sont imposées, celle du dress code est sans doute l’une des plus importantes à respecter.

Depuis le 3 juillet 1877, jour de la création du tournoi londonien, les joueurs s’affichent sur le court vêtus de couleur blanche. De John McEnroe à Steffi Graf hier, en passant aujourd’hui par Serena Williams et Rafaël Nadal, aucun n’a échappé à la règle – devenue officielle à partir de 1963 – et qui n’a cessé de se durcir au fil des années.

Plus blanc que blanc

Comme le rappelle The Independent ce jeudi, le dress code ne se limite pas au fait de s’habiller en blanc. « Les joueurs doivent faire attention à la nuance des blancs spécifiques qu’ils portent, car les vêtements blanc cassé ou de couleur crème ne sont pas autorisés », écrit le journal britannique. Le règlement actuel prévoit également certaines clauses concernant les encolures, les bandeaux ou encore les poignets, souvent ornés d’un logo sponsorisé (et coloré). Et tandis que certains – comme Roger Federer en 2013 – ont estimé ce code vestimentaire un poil too much, d’autres continuent de se demander : pourquoi du blanc… et rien que du blanc ?

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En tant que « sport de riches », rappelle-t-on, le tennis a toujours été joué en blanc – couleur désignée comme symbole des loisirs d’été de la bourgeoisie britannique. Chic, le blanc permettait surtout de rester élégant en toutes circonstances… même en plein effort sportif. Comme l’explique Valerie Warren, auteure du livre Tennis Fashions : Over 125 Years of Costume Change, les joueurs de tennis ont naturellement porté du blanc afin d’éviter les taches de transpiration. « L’augmentation des compétences dans le jeu entraînant plus de mouvements sur le terrain, cela a mené au redoutable problème de transpiration, provoquant l’apparition de taches humides gênantes sur des tissus colorés », explique-t-elle, citée par The Independent. Or d’après elle, la règle visait précisément les femmes, car à l’époque il était « impensable qu’une dame transpire ».

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Arantxa Sánchez Vicario affronte Steffi Graf à Wimbledon, le 6 juillet 1996. © Belga / EPA

Des règles « ridicules » et « sexistes »

En 2014, ajoute le journal britannique, Wimbledon a rédigé un « décret » en dix parties afin de coucher sur le papier les nouvelles règles (encore plus strictes) imposées aux joueurs concernant leur tenue vestimentaire. Désormais, il ne fallait plus seulement d’habiller en blanc mais respecter « une nuance de blanc bien précise », et se limiter à « une seule bordure de couleur » ne dépassant pas un centimètre, autorisée sur l’encolure, le revers des manches, le bandeau et les sous-vêtements. Le tout, précisant que même les sous-vêtements visibles pendant le jeu devait – eux-aussi – être strictement blancs. Une directive qui s’étend aux accessoires tels que les casquettes, les bandeaux, les bandanas, les bracelets et les chaussures, sans oublier les semelles.

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La même année, l’ancien champion australien Pat Cash avait vivement reproché au Grand Chelem d’imposer des règles jugées « austères » et « ridicules ». Le joueur avait été contraint de se retirer de la compétition pour avoir porté des chaussures qui ne respectaient pas le dress code. Portées par une « mentalité archaïque », ces règles auraient selon lui été mises en place pour contraindre les femmes à jouer sans sous-vêtements. « Certaines des joueuses ont reçu l’ordre de changer de soutien-gorge et de culotte parce qu’il y avait de la couleur dessus », déclarait-il à l’époque. « Certaines d’entre elles n’avaient pas de sous-vêtements de rechange adapté et donc ont dû s’en passer », s’indignait-il. Un coup de gueule – parmi d’autres – qui prête parfois au règlement d’un des plus prestigieux tournois au monde des origines sexistes. Par ailleurs, il est le seul Grand Chelem (avec l’Open d’Australie) a posséder un code vestimentaire aussi strict. L‘US Open, qui avait lui-aussi adopté le dress code 100% blanc, avait toutefois renoncé dès 1972 pour autoriser les vêtements colorés.

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