Paris Match Belgique

L’hommage de Paris Match à Eddy Merckx, « champion de valeurs »

A la Brasserie Kasteel Beersel, Marc Deriez remet à Eddy Merckx, sous l’œil de son ami Danny Ost, le poster géant de sa première victoire au Tour de France, « rejouée » pour l’action « I Like Belgium ». | © Ronald Dersin

Sport

À travers de nombreux documents d’archives le révélant dans sa vie d’homme, Paris Match Belgique rend un hommage émouvant au plus célèbre « maillot jaune » du Tour de France.


Par Marc Deriez

Ce jour-là, je remontais vers la Gare du Nord à Paris quand je reconnus l’actrice belge Virginie Efira assise à une terrasse, en train de boire un café avec une amie. À chaque fois qu’un passant la frôlait sur le trottoir, ignorant même qui elle était, Virginie, les cheveux défaits et pas maquillée, avait le réflexe de mettre sa main contre sa joue pour se protéger de la célébrité. Le prix à payer ?

Cela m’a rappelé ce que m’avait confié Philippe Brunel, l’une des belles plumes du journal L’Équipe, à propos d’Eddy Merckx : « Il a tout gagné, mais il a perdu quelque chose d’inestimable à ses yeux : l’anonymat ». Philippe a consacré un livre à Eddy. (*) Pas dans la peau d’un journaliste traditionnel, mais comme un ami. Il sursaute d’ailleurs à l’écoute de ce mot, car il ne voudrait pas froisser celui avec qui il a bâti une relation privilégiée. Lyrique, talentueux, Philippe parle de Merckx comme du « premier champion rock de l’histoire ». « Personne n’imaginait qu’un monstre de précocité se cachait derrière ce jeune Brabançon aux cheveux noirs en épi, aux traits eurasiens, angéliques, inexpressifs et mous, que les efforts sculpteront jusqu’à le rendre beau, outrageusement photogénique, avec quelque chose d’Elvis dans la coiffure, les favoris, les pommettes hautes et saillantes, et cette manière chaloupée de se déhancher sur la selle à la recherche de la bonne position ou d’osciller des épaules à chaque coup de pédale rageur. »

La puissance du phrasé pour recréer des images

Les victoires d’Eddy Merckx ont souvent triomphé des mots. Trop parlantes. Trop géantes. 625 succès, la plupart acquis avec panache. Au cœur de la légende. Celle qui a émerveillé notre jeunesse, traduite par la voix de l’inimitable Luc Varenne : le reporter mitraillette était nos yeux sur les routes du Tour de France brûlant ; il fit du transistor l’Iphone de nos années sans télé. Eddy en tête, toujours en tête. La formule n’a pas pris une ride, au contraire de nos visages.

Quand on évoque l’homme derrière le mythe, les mots prennent leur revanche. Comme sous la plume de Philippe Brunel. On quitte ici les courses au profit de la vie, quand il y a d’autres montagnes à franchir, quand on apprend d’autres souffrances, d’autres tourments, d’autres tournants. On découvre alors qu’Eddy Merckx n’est pas seulement l’idole rock de nos années groupie. Que c’est un mec bien dans un monde de blancs-becs. Vraiment en tête. Vraiment à part. Il ne la ramène jamais.

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C’est pourquoi, dans notre rétrospective, nous avons privilégié des photos d’homme. Celles d’un fils, d’un époux, d’un père, d’un ami. C’est ce qu’Eddy veut être d’abord. Et il n’a jamais perdu le Nord. On a dit de lui qu’il avait un cœur phénoménal. Il l’a toujours, dans le sens « avoir du cœur ». Toujours prêt à dire oui. Toujours prêt à favoriser une bonne action. À participer. Sensible comme lorsque, au bord des larmes il y a peu en télé, il a tenté d’exprimer pourquoi la lettre du roi Philippe le touchait. « Vous êtes un héros » lui a écrit le Souverain. Touché au cœur. 

eddy merckx
Eddy Merckx est fort fêté en ce mois de juillet 2019, 50 ans après son exploit. © BELGA PHOTO KURT DESPLENTER

« Le plus dur n’est pas de devenir célèbre. C’est de retourner à l’anonymat » disait un artiste. Eddy Merckx en est un. Avec les jambes de Superman mais les pieds sur Terre. À ses enfants, il aurait aimé répéter cette citation de Victor Hugo : « La vie, le malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté, sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres. » Il assume son statut, comme il le fera pour le départ du Tour de France 2019 à Bruxelles. Mais uniquement parce qu’il a le respect du public. Il assume comme lors d’un reportage pour « I Like Belgium », le concept de Paris Match Belgique lancé pour mettre en exergue les valeurs belges. Nous lui avions proposé de rejouer sa première victoire au Tour de France, avec le maillot jaune sur les épaules, flanqué du logo « I Like Belgium ». Eddy venait de subir une opération. Nous l’ignorions. Il a quand même voulu monter sur son vélo. Il est tombé. Nous étions consternés. Il est remonté. Et il a gagné. C’est l’histoire de sa vie. L’histoire que, discrètement, sensiblement, de façon bouleversante comme récemment, il enseigne à ceux qu’il aime par-dessus tout : les membres de sa famille. Ils ont hérité de lui ce qu’il a de meilleur.

Alors, en définitive, il y a peut-être quelque chose de plus fort qu’un palmarès, de plus positivement humain que l’anonymat, de plus intense que tous les bravos : Monsieur Merckx, être un champion de valeur, c’est avoir des valeurs.

(*) Merckx intime, par Philippe Brunel, éd. Calmann-Levy (2002).

 

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