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Chasse patate, sucer la roue, se mettre en danseuse : Le vocabulaire de la grande boucle

tour de france

Image d'illustration. | © Unsplash / Simon Connellan

Sport

Le Tour, ses petites et grandes histoires, ses héros de la route, et son vocabulaire original sont de retour ce samedi 6 juillet. Pour comprendre le jargon fleuri du cyclisme, voici le décryptage de sept des expressions les plus courantes.

 

Chasse-patate – Être en « chasse-patate » se dit d’un coureur intercalé entre deux groupes, qui ne parvient pas à revenir à l’avant, sans pour autant être repris par les coureurs à l’arrière. Cette position, très inconfortable car nécessitant énormément d’efforts, aux résultats souvent mitigés, est courante dans les étapes accidentées ou de montagne. Le coureur en « chasse-patate » a en effet souvent manqué la première bonne échappée, qui risque d’aller au bout, et essaye par tous les moyens de reprendre le groupe pour la gagne, avec un train de retard.

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Coup de bordure – Terme technique, le coup de bordure est provoqué sur les portions plates exposées à un fort vent de ¾ face. Les coureurs en tête du peloton, qui protègent du vent les coureurs derrière eux, peuvent provoquer un « coup de bordure » en créant un « éventail », c’est-à-dire en se plaçant l’un à côté de l’autre, en se mettant à la hauteur de la selle de celui qui précède, et en collant le côté de la route le plus protégé du vent. Les protections aux rafales sont alors moindres pour ceux derrière, le peloton va s’étirer puis se mettre en file indienne, jusqu’à ce qu’un coureur, ne parvenant plus à suivre le rythme, lâche la roue de devant et provoque une cassure. Le vent soufflant de ¾ face, il devient presque impossible de combler les quelques mètres d’écart, piégeant tous les coureurs derrière la cassure. Les coups de bordure sont souvent le fruit d’un travail d’équipe, qui se coordonne pour créer l’éventail, et qui s’avère sans pitié pour les favoris pas assez vigilants et mal placés.

Frotter – « Attention, ça frotte dans le peloton ! ». Une phrase maintenant habituelle sur les routes du Tour, parfois suivie de violentes chutes. Des coureurs « frottent » quand ils jouent des coudes, au sens propre du terme. Pour se créer des espaces dans un peloton très compact, les coureurs n’hésitent parfois pas à pousser leurs adversaires avec les coudes, par des coups d’épaule, et parfois même des coups de tête ! Ce phénomène, particulièrement dangereux à haute vitesse, est récurrent à l’approche d’un sprint massif lorsque les équipiers essayent de placer au mieux leurs sprinteurs. Le peloton frotte aussi à l’entrée des difficultés importantes (rétrécissement de route, cols, murs à forts pourcentages) pour placer au mieux les leaders du général, afin d’éviter qu’ils ne soient coincés au cœur du peloton en cas d’accélérations ou d’attaques de leurs adversaires.

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Gruppetto – Ce terme italien, signifiant « groupe » et popularisé en France dans les années 1990, désigne le dernier peloton d’une étape, qui rassemble les lâchés lors des étapes de montagne. Surtout composé de sprinteurs et de leurs équipiers, le gruppetto est organisé, avec ses habitués, et n’a qu’un seul objectif : terminer dans les délais, chose pas si aisée quand les étapes de montagne sont particulièrement dures et courtes. Les délais sont, en effet, calculés sur le temps de course : plus une étape est courte, plus les délais sont restreints. Et le Tour n’a pas de pitié pour ses retardataires, mis hors-course.

Lanterne rouge – La « lanterne rouge » est le dernier du classement général. Désignant au départ l’éclairage à l’arrière du dernier wagon d’un convoi ferroviaire, la place de lanterne rouge va parfois jusqu’à être recherchée par certains coureurs. Réservée à ceux pas à l’aise en montagne et peu en vue sur le plan sportif, cette dernière place donne en effet une certaine exposition médiatique. Mieux vaut donc être lanterne rouge qu’avant-dernier, certains allant jusqu’à se disputer la place. Les organisateurs du Tour 1980 tenteront de mettre fin à la pratique, en éliminant chaque jour le dernier du classement général. Mais, face à la colère populaire, l’idée est abandonnée dès l’édition suivante. La lanterne rouge du Tour est parfois un exemple d’abnégation et de courage, comme en 2018. Après sa chute dès la première étape, où il se fêle l’omoplate, l’Américain Lawson Craddock devient le chouchou du public en tentant de finir le Tour. Au terme de trois semaines de souffrance, il franchit courageusement tous les obstacles : pavés, grimpées abruptes, descentes vertigineuses, et arrive finalement sur les Champs.

Lawson Craddock après sa chute lors de la première étape du Tour de France en 2018. © Sirotti / Icon Sport

Sucer la roue – Un coureur « suce la roue » quand il reste collé à la roue arrière de son adversaire, sans le relayer ni l’attaquer. L’expression est surtout utilisée dans les étapes de montagne, et l’objectif peut être double : épuiser son adversaire en ne prenant pas de relais, et en se protégeant du vent, ou essayer par tous les moyens de le suivre, alors même qu’il est plus fort. Un « suceur de roue » a donc souvent mauvaise réputation, accusé de n’être qu’un « suiveur », pas assez offensif.

Se mettre en danseuse – Quand un coureur se met debout sur les pédales, on dit souvent qu’il se « met en danseuse ». Cette position sur le vélo, très utilisée en montée, permet d’appuyer de tout son poids sur les pédales, et donc d’avaler plus facilement les kilomètres à fort pourcentage. Un grimpeur peut aussi se mettre ou danseuse (ou se « dresser sur ses pédales ») pour accélérer et attaquer, en produisant un effort court et violent, avant de se rasseoir sur la selle. Le retraité double vainqueur du Tour, Alberto Contador, était réputé pour son style très aérien et esthétique. À l’inverse, Christopher Froome avait la particularité de ne presque jamais se mettre en danseuse, préférant même attaquer assis sur la selle.

Alberto Contador, en danseuse, dans le dernier kilomètre de la montée de l’Alpe d’Huez. © L’Est Républicain / Alexandre Marchi
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