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Mont Blanc : Le bilan carbonne désastreux de l’Ultra-Trail

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Le décor du Mont Blanc offre des paysages magnifiques. | © AFP

Sport

L’Ultra-Trail du Mont Blanc est l’un des trails les plus prisés du monde.

 

Chaque année, l’emblématique Ultra-Trail du Mont Blanc (UTMB) réunit 10 000 participants pour cinq fois plus de public, investissant la montagne durant une semaine : un bilan carbone désastreux qui inquiète coureurs et organisateurs, pris dans leurs contradictions.

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Triple vainqueur de l’épreuve-phare (une boucle de 170 km autour du Mont-Blanc), Xavier Thévenard s’alarme. « On a l’impression que tout est beau, tout est vert mais quand on voit l’évolution, on s’aperçoit que même à Chamonix, dans un endroit très beau, beaucoup de changements sont dus à l’activité humaine », relève le coureur d’endurance extrême, qui estime que l’ampleur de l’événement ne joue pas en faveur de la nature. Il n’élude pas pour autant ses propres contradictions. « On est tous plein de paradoxes. Moi je ne suis pas du tout exemplaire là-dessus. Quand je vais prendre un avion pour aller au Japon pour courir, j’ai honte », confie Thévenard, qui milite au quotidien par une attitude eco-responsable et via des associations de défense de l’environnement.

Peu de déchets mais trop de voitures

Du côté de l’UTMB, les organisateurs – et créateurs – de l’événement, Catherine et Michel Poletti, ont décidé d’amplifier leurs actions en faveur de l’environnement avec un nouveau partenariat avec le WWF France. Notamment, un bilan carbone sera réalisé à l’issue de cette édition. « Il ne faut pas faire l’autruche, être honnête et réaliste », défend Catherine Poletti, qui parle aussi de « respect du terrain de jeu ». Ce respect passe aussi par un nettoyage des chemins balisés pour les coureurs, avant, pendant et après. Selon l’organisation, à l’issue de la semaine de compétition de l’année dernière, seuls 24 kgs de déchets ont été ramassés. Contrairement à ce qui se passait il y a une dizaine d’années quand les concurrents jetaient par terre leurs ordures, aujourd’hui on ne trouve que très peu de déchets laissés çà et là.

« J’aime beaucoup le partenariat qui est en train de se créer avec le WWF. Il s’agit de montrer qu’on continue à savoir faire une manifestation populaire mais on sait la mettre en œuvre dans des conditions cohérentes avec les pratiques que nous imposent les changements climatiques », se félicite le maire de Chamonix, Eric Fournier. En 15 ans, l’UTMB est devenu le rendez-vous des trailers du monde entier, en plus d’un Graal de plus en plus prisé chez les amateurs, venus aussi de tous les endroits de la planète. On compte une centaine de nationalités engagées.

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L’Ultra-Trail se déroule dans des paysages magnifiques. ©AFP

Et l’UTMB n’est pas le seul événement à générer toutes ces problématiques liées à l’environnement. Le trail est en pleine croissance et les courses se multiplient. « Pour moi, on fait des parcs d’attraction en montagne. C’est devenu des sortes de grandes surfaces du sport nature, il y en a pour tout le monde », relève Cyril Cointre, l’un des organisateurs de la Maxi Race, une course qui n’échappe pas aux dérives impactant l’environnement.

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Pour limiter les dégâts, le trailer milite pour une réflexion de chacun sur ses pratiques et prône un retour à l’autonomie durant les courses. La plupart des épreuves se jouent en semi-autonomie, avec des points de contrôle et d’assistance. Les trailers sont suivis par des voitures – leur équipe pour les pros, la famille pour les amateurs. « Faire le tour du Mont Blanc à pied a très peu d’impact. Par contre, qu’il y ait plus de véhicules que de coureurs et qui font des distances bien plus élevées que les coureurs, ça crée un impact considérable », explique Cointre. « On a un public de consommateurs, on l’a créé. Si on leur proposait d’aller faire le tour du Mont Blanc sans tout ce barnum, y aurait très peu de monde. Les gens viennent sur ces courses pour dire au bureau ou sur les réseaux sociaux qu’ils sont finisher », ajoute-t-il, appelant à des courses sans ravitaillement ni balisages.

« On essaie de rendre facile l’aventure alors que ce qui fait la beauté de l’aventure, c’est la difficulté. Si on n’a plus qu’à se concentrer sur son effort, on passe à côté de la montagne », dit-il.

Avec Belga

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