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Daniil Medvedev, l’anti-héros du tennis mondial aux portes de la gloire

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Le Russe a impregné comme un parfum de guerre froide lors de certains de ses matches à Flushing Meadows | © Corinne Dubreuil/ABACAPRESS.COM

Sport

Le prodige moscovite s’est qualifié pour sa première finale en Grand Chelem à l’US Open où il affrontera Rafael Nadal ce dimanche (22h, heure belge). On a surtout trouvé en lui l’héritier de John McEnroe à New York.

Cet article initialement publié le 2 septembre a été mis à jour ce samedi 7 septembre suite à la victoire du joueur en demi-finale de l’US Open, face à Grigor Dimitrov.

Le courant n’est pas passé entre Daniil Medvedev et le public de l’US Open. Du moins lors de son troisième tour et en huitième de finale où il est allé jusqu’à « troller » la foule à l’issue de sa victoire. La pépite russe, quatrième mondiale à seulement 23 ans, est connue sur le circuit pour son caractère de feu et tient quelques coups de sang à son actif. Et il s’est mis les New-yorkais à dos samedi dernier lors de son match épique – un véritable thriller – face à l’Espagnol Feliciano Lopez, en seizième de finale de la dernière levée du Grand Chelem.

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Guerre des nerfs

Tout a commencé alors qu’un ramasseur de balle venait tendre sa serviette au joueur entre deux points. Le Russe, qui ne la voulait pas, s’en était emparée avant de lui la jeter au visage, visiblement frustré par son jeu sur le court. L’arbitre lui adressait alors un avertissement et, dans la foulée, c’est sa raquette que le jeune homme lançait vers sa chaise, dépité. Le public du stade new-yorkais, toujours bouillant en comparaison au public de Roland-Garros ou Wimbledon, réagissait alors à cette attitude déplacée en sifflant copieusement le joueur. Lequel répondait du tac au tac avec un geste obscène, un doigt d’honneur masqué que l’arbitre ne voyait pas tout de suite, mais que le public pouvait voir sur grand écran.

S’en suivait une rencontre sous haute tension, avec un public tout entier à fond derrière l’Espagnol et sifflant le Russe constamment. Des sifflets qui vaient visiblement gonflé Medvedev à bloc, puisqu’il finissait par remporter le marathon (7-6, 4-6, 7-6, 6-4).

« Plus vous me sifflez, plus vous me donnez de l’énergie »

Lors de l’interview d’après-match, Medvedev avait même pris un malin plaisir à se moquer des spectateurs présents dans une séquence tout bonnement incroyable. « Merci à tous. C’est votre énergie qui m’a fait gagner. Sachez-le tous, quand vous vous coucherez, que si j’ai gagné c’est grâce à vous, affirmait le sportif en levant les bras au ciel en provoquant le public. Plus vous me sifflez, plus vous me donnez de l’énergie pour les cinq prochains matchs. » Bonjour l’ambiance.

Après avoir écopé d’une amende de 9 000 dollars suite à son comportement, le joueur s’était excusé auprès de son adversaire après le match et avait même fait son mea culpa : « J’ai été un idiot. J’ai fait des choses dont je ne suis pas fier et sur lesquelles je travaille pour devenir un homme meilleur sur le court, parce que je crois réellement que je suis une bonne personne en dehors du court ».

Et Medvedev en remit une couche

Dimanche dernier, lors de son huitième de finale à nouveau victorieux, Medvedev avait maîtrisé ses nerfs contre l’Allemand Dominik Koepfer, mais le public ne l’en avait pas moins allègrement sifflé. Et ce qui devait arriver arriva … Sa balle de match gagnée, le Russe avait d’abord exécuté une petite danse en direction du public, telle une énième provocation. Et avait poursuivi son show en interview sur le court. « Je perdais 2-6, 0-2, j’avais mal et j’avais pris autant d’antidouleur que possible… et c’est encore grâce à vous que j’ai gagné. Merci ! », avait-il lancé face à la foule.

« Pendant mon match, j’étais absolument concentré, expliquait-il plus tard en conférence de presse. Après le match, j’ai un peu provoqué la foule, mais on sait tous comment peut être le public de New York : c’est probablement le public le plus électrique du monde ! » « Donc aujourd’hui, j’ai juste fait un peu de provocation et j’espère que ça les a amusés, moi en tout cas ça m’a amusé. Et comme je l’ai dit, ça m’a donné beaucoup d’énergie pour gagner », plaidait-il.

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Souvent pointé du doigt pour être trop lisse et sans joueurs à gros caractère (excepté le fantasque Nick Kyrgios), le tennis s’est trouvé un successeur désigné au meilleur râleur de son histoire, Monsieur John McEnroe. Entre-temps, Medvedev a fini par se rabibocher avec la foule US. Après les broncas, place au bain de foule émaillé de quelques selfies pour le jeune homme de 23 ans dans les allées de Flushing Meadows. Après des succès implacables face au bison suisse Stan Wawrinka (en quart) et contre le surdoué bulgare Grigor Dimitrov (en demi), il voit Rafa Nadal se dresser face à lui en finale ce dimanche. Pour un choc qui s’annonce des plus mordants entre deux combattants d’exception.

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