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C’était il y a 50 ans : la course folle de la première marathonienne de l’Histoire

Kathrine Switzer participe en 1967 au marathon de Boston. En découvrant qu'une femme a pris part à la course, les organisateurs s'en prennent à elle. | © Boston Globe / Contributeur/Getty Image

Sport

En 1967, poursuivie par l’organisateur de la course, Kathrine Switzer était la première femme à courir officiellement un marathon. 50 ans plus tard, son audace marque toujours Boston.

 

Lundi, Kathrine Switzer a pris le départ de la course qui a changé sa vie. A l’arrivée du marathon de Boston, l’Américaine de 70 ans a été accueillie comme une héroïne, elle qui a marqué l’Histoire de son empreinte – de pas – il y 50 ans. En 1967, à 20 ans, elle est devenue la première femme officiellement inscrite à cette course mythique.

À l’époque, le marathon de Boston est uniquement ouvert aux hommes mais Kathrine compte bien y participer. Alors, la jeune étudiante en journalisme à l’Université de Syracuse s’enregistre sous le nom de « K.V. Switzer », des initiales qu’elle utilise régulièrement notamment pour signer ses articles et qui ne permettent pas de savoir si elle est un homme ou une femme.

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Mais à aucun moment Kathrine ne tente de cacher son genre. Elle porte du rouge à lèvres, des boucles d’oreilles et a les cheveux détachés. Un coéquipier lui conseille bien de retirer son maquillage pour ne pas se faire remarquer mais elle refuse et se lance à l’assaut de Boston, au milieu de centaines de participants, portant fièrement le dossard 261. « Le marathon était une course d’hommes et les femmes étaient considérées comme trop fragiles pour le courir », écrit-elle 2007 dans le New York Times. « Mais je m’étais entraînée fort et j’avais confiance en mes capacités », raconte-t-elle encore.

Course-poursuite

À ce moment-là, Kathrine Switzer veut juste courir et ne s’imagine pas qu’elle deviendra bientôt un symbole. D’autant qu’un an plus tôt, une autre femme, Roberta Bingay Gibb, avait déjà participé à la course, même si elle n’était pas officiellement inscrite.

En découvrant qu’une femme a pris part à la compétition, les organisateurs parviennent à la rattraper et s’en prennent à elle. « J’ai entendu le bruit de chaussures en cuir derrière moi, j’ai instinctivement tourné la tête et je me suis retrouvée nez à nez avec le regard le plus vicieux possible. Un grand homme, un homme énorme à qui il manquait des dents a attrapé mon épaule avant que je ne puisse réagir et il m’a bousculée, hurlant : « Dégage de ma course et rends moi ce dossard! » », écrira-t-elle dans ses mémoires plus tard.

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©Bettmann / Contributeur/Getty Image – Jock Semple et Kathrine Switzer, en 1967 et 1973.

L’homme en question n’est pas n’importe qui, il s’agit de Jock Semple, le directeur de la course dont l’attitude est immortalisée par des dizaines de photographes de presse présents à ce moment-là.

J’étais concentrée et je ne pouvais pas laisser la peur m’arrêter

Mais cette agression sexiste décuple les forces de Kathrine Switzer qui ne se laisse pas impressionner. Après quelques minutes de flou, elle reprend la course et y met toute son énergie pour prouver qu’une femme peut bel et bien terminer le parcours. « Je savais que si j’abandonnais, personne ne croirait plus qu’une femme est capable de venir à bout de cette distance et ne mérite d’être au marathon de Boston, ils penseraient juste que je suis un clown et que les femmes voulaient participer à des événements alors qu’elles n’en n’avaient pas les capacités. J’étais concentrée et je ne pouvais pas laisser la peur m’arrêter », peut-on lire sur son site Internet.

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Après 4 heures et 20 minutes, elle est officiellement la première femme à franchir la ligne d’arrivée. Le lendemain, elle découvre son visage et cette agression sexiste en Une des médias américains et devient rapidement le symbole de la cause des femmes dans le sport.

EFE/Chema Moya

Une pionnière

Au total, Kathrine Switzer participe à 39 marathons et remporte même celui de New York en 1974. En 1972, grâce à elle et à son engagement de chaque instant, les femmes sont officiellement autorisées à courir à Boston. Elle crée également le 261 Fearless, un club de course à pied consacré aux femmes et qui porte le numéro de son désormais légendaire dossard. Elle lance aussi l’Avon International Running Circuit, qui accueille exclusivement des femmes dans 27 pays, ouvrant la voie au premier marathon olympique féminin en 1984. Elle devient également auteure et commentatrice de télévision pour les Jeux olympiques, les championnats mondiaux et nationaux.

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Kathrine Switzer n’avait plus participé au marathon de Boston depuis 1976. C’est pour marquer les 50 ans de sa course historique qu’elle s’est présentée lundi sur la ligne de départ, portant le numéro 261, que plus personne ne portera désormais. « Ce qui est arrivé dans les rues de Boston il y a 50 ans a complètement changé ma vie et celle d’autres compétiteurs. La course aujourd’hui était une célébration de ces 50 dernières années, et les 50 prochaines seront encore meilleures », a-t-elle réagi au téléphone sur CNN. Et d’ajouter dans le Times : «Nous avons appris que les femmes ne sont pas moins endurantes, et que courir ne requiert pas d’aptitudes ou d’équipement que seuls les hommes possèdent».

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