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« Avec le BMX et le Skate, les JO vont rajeunir leur image »

Avec le BMX et le Skate, les JO vont rajeunir leur image

Championnat d'Europe de BMX féminin, le 11 août 2018. | © BELGA PHOTO / ERIC LALMAND

Sport

Hervé-André Benoit, créateur du FISE, où se retrouvent chaque année à Montpellier les meilleurs riders du monde, a joué un rôle important dans l’intégration des actions sports aux Jeux Olympiques. Alors que le BMX Freestyle park et le skate feront leurs débuts à Tokyo en août prochain, il revient pour Match sur tout le chemin parcouru. 

 

D’après un article Paris Match France de Clémentine Rebillat

Paris Match. Le BMX freestyle park et le skate font leur entrée aux Jeux Olympiques à Tokyo cette année. Vous avez joué un grand rôle dans la popularisation de ces sports, en particulier le BMX, et avez été précurseur sur le fait de vouloir travailler avec les fédérations internationales. Comment se passe la collaboration avec elles ?
Hervé-André Benoit. On s’était dit que pour développer notre sport, il fallait en passer par là, tout en écoutant les riders, qui sont nos leaders d’opinion. Au départ, je leur ai expliqué pourquoi on allait se mettre avec l’Union Cycliste Internationale (UCI) tout en les rassurant qu’on garderait toujours l’ADN du FISE et de ces sports là. Et je pense qu’on y est arrivé. La collaboration avec les Fédérations nous a impulsé sur des sujets importants comme le dopage, la parité, une rigueur dans l’organisation. Tout ça nous a permis de grandir et de nous améliorer. Et dans cette dynamique-là, la Fédération internationale de gymnastique est aussi venue nous voir pour nous demander de les épauler à développer le parkour. 2020 sera l’année pour décider si cette discipline peut rentrer, ou non, aux JO. Et avec l’UCI on aimerait aussi faire rentrer une nouvelle discipline pour Paris, qui est le BMX flat.

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Concrètement, qu’est-ce que cela change pour le BMX de faire désormais partie de l’UCI ?
L’UCI nous impose les standards qu’ils ont pour d’autres catégories. Ce sont des standards pour le bien-être des riders. Nous on tire un peu la langue sur tout ça parfois mais ça va dans le bon sens, en réalité. Mais ils ne mettent pas le nez directement dans nos affaires, ils ont pris un consultant en interne qui est dans le milieu depuis 30 ans, qui est le garant de notre sport. Aujourd’hui ils nous poussent juste à être meilleur.

Vous avez évoqué la parité, avez-vous constaté des changements? 
Oui, c’est vraiment positif à ce niveau-là. Avant de bosser avec les fédérations on avait déjà lancé des « girl contest » en roller, skate, wakeboard puis ensuite le BMX. Et on voit bien que sur les skateparks il y a beaucoup plus de filles qu’avant. Des petites de 3, 4 ou 5 ans sur les trottinettes on en voit quasiment autant que des garçons. Là aussi c’est une chance d’avoir différents sports. Ce n’est pas forcément le BMX freestyle park qui va attirer les filles mais plutôt le flat qui ressemble plus à de la danse sur un vélo. Les femmes peuvent apporter un style différent, très complémentaire. Le wakeboard est très féminisé, le kitesurf aussi. Et le skate ! Avec les JO toutes ces filles vont voir qu’il y a des compétitions féminines, qu’il y a des championnes olympiques de skateboard, c’est énorme pour l’engouement autour de ce sport. Il y a une mutation de ces sports qui étaient clairement réservés au garçon avant. La fille qui en faisait à l’époque c’était un garçon manqué alors que maintenant, on voit des rideuses qui s’affirment comme elles sont. Nous, sur le FISE, on essaye de faire le maximum en terme d’équité et de prize money même si c’est compliqué par rapport aux budgets. Notre objectif c’est d’obtenir l’équilibre financier des prize money entre les hommes et les femmes en 2022.

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« Pour moi en BMX ce sont des gladiateurs »

Faire partie d’une fédération c’est aussi devoir être encadré et respecter de nouvelles règles. Comment convaincre les riders qui ont parfois découvert ces sports sur les skateparks dans leur jeunesse ?
Cela a été un vrai suivi. On se souvient, il y a 15 ans, quand le snowboard est devenu olympique, c’est parti complètement en cacahuète. Avec le BMX on est arrivé avec une copie hyper propre et il n’a dû y avoir qu’un ou deux gars qui étaient contre. Pour les skaters, ce qui a pu les rassurer, c’est de leur dire que l’on n’allait rien perdre de notre ADN et qu’ils allaient continuer à faire ce qu’ils aiment mais en ayant plus de sponsors, plus de médiatisation, de meilleurs skateparks et peut-être devenir de vraies stars. Ils le méritent. Pour moi en BMX ce sont des gladiateurs. Quand je vois à quel point les footballeurs sont des stars, j’aimerais que les riders en deviennent aussi. La NBA a réussi ça aussi et pourtant c’est le marché américain, c’est le basket. Mais je suis content qu’en 15 ans on ait réussi à faire tout ça, sinon on était encore parti pour 20 ans à ramer, à être regardé de travers.

Mais il y un esprit particulier qui règne dans ces sports, comprenez-vous les inquiétudes que certains peuvent avoir ?
Je peux comprendre l’inquiétude des riders, surtout dans le skate qui est la discipline historique et la plus « core » qui existe. Mais je pense qu’en rentrant dans le processus, ils s’aperçoivent que les fédérations sont derrière eux, qu’ils sont accompagnés dans la pratique, la récupération, les déplacements. Ce qu’il ne faut pas c’est que nous, riders, on perde la main. C’est là que nous devons garder notre place avec les fédérations ou avec le CIO. Ce n’est pas à des sponsors de nous imposer comment on voit nos compétitions. Par exemple, les X Games, c’est vraiment un show télé. Et j’ai vu un jour un mec en rampe s’éclater par terre. Ils ont balancé une coupure pub mais une fois la coupure terminée, le gars était toujours là et il a été dégagé comme une merde. Et ça pour moi, c’est le genre de contrainte que je ne veux pas. Il faut des garde-fous. Et moi je me suis positionné comme ça au niveau des riders. Pour servir de filtre.

Est-ce qu’en intégrant ces sports, les Jeux Olympiques cherchent à changer leur image vieillissante ?
Pour avoir eu des échanges avec eux, c’est exactement ça. Il faut savoir se renouveler, savoir répondre à la demande du moment. Le CIO depuis longtemps regarde ces sports, ils ont vu l’évolution des X Games, ils sont conscients que ce n’est plus un phénomène de mode. Donc pour eux c’est une énorme opportunité. Et c’est aussi pour eux l’occasion de faire leur virage dans le digital. Je ne suis pas certain aujourd’hui que les JO attirent un public très jeune, pour moi c’est plutôt les plus de 25 ans. Et ça vient aussi du fait que ça passe à la télévision. Avoir les actions sports aux JO c’est offrir un package complet, c’est cette jeunesse qui va dans d’autres sports avec cette sensation de liberté et de contraintes moindres et avec cette ouverture vers le digital.

Justement, quel rôle joue le digital pour toutes ces disciplines? 
En 1997, les télévisions nous fermaient la porte au nez, il fallait même payer pour avoir de la diffusion. Donc notre milieu, qui avait peu de moyens, a été parmi les premiers à énormément utiliser les réseaux sociaux. Déjà parce qu’on évolue dans des sports hyper visuels. Et puis c’est gratuit. Aujourd’hui, à mon sens, 90 % de notre médiatisation vient des réseaux sociaux. Et l’avantage c’est qu’on a un contrôle direct sur notre travail, on n’a pas de diffuseur. Et nous sur le FISE ça va encore plus loin parce que grâce aux e-tickets on sait vraiment ce que nos fans suivent. Je pense que nous sommes nés grâce aux réseaux, surtout quand on voit comment marchent les droits télé, comment le football phagocyte tout… On ne va pas attendre que le foot disparaisse pour se développer. On voit ce que fait par exemple la Surf Ligue qui a ses propres médias aujourd’hui. Alors on réfléchit à ce genre de schémas aussi. On commence un peu à avoir des droits télé, jusqu’à présent on était avec RMC Sports mais on arrête cette année. Il y a une appétence différente. Aujourd’hui on peut oser demander des droits. Mais pour l’instant c’est vraiment avec les réseaux sociaux qu’on évolue même si ça reste un problème parce qu’on est aussi complètement dépendant d’eux, des GAFA, et de leurs décisions.

Parce que ces sports sont peu diffusés à la télévision, le grand public ne les connaît pas très bien. Cette année, avec les JO, ils seront proposés sur le service public, qui n’est pas spécialiste de ces disciplines. Y-a-t-il une appréhension face à la façon dont elles vont être présentées ?
C’est une très bonne question… Nous, on n’a aucun contrôle dessus si ce n’est rencontrer les personnes qui vont parler, leur transmettre notre expérience. Ce qui serait pas mal c’est que France Télévisions s’intéresse à ces sports avant les JO, pourquoi pas sur le FISE. Mais je crois que le consultant qui sera aux JO est venu sur le FISE à Montpellier. Celui que j’ai rencontré est vraiment en train de se renseigner sur tout ça, d’apprendre. Il essaye d’aller sur des événements, d’avoir des retours de partout pour se faire une synthèse. Ce qui est intéressant, c’est qu’il n’est pas, je crois, uniquement de ce milieu et c’est sans doute un avantage parce que s’il baignait uniquement là-dedans il aurait son parti pris. Alors que là on va attendre de lui qu’il soit très large et surtout qu’il explique notre sport et son histoire. Parce que j’ai déjà entendu des commentaires à la télé qui ne dégagent pas du tout ce que l’on est. Ça peut sembler être un détail mais c’est loin de l’être. Les gens qui n’y connaissent rien vont boire toutes ces paroles-là donc le choix des commentateurs est hyper important.

« Notre objectif pour Paris c’est de battre le 100 mètres »

Vous parliez du football tout à l’heure. Est-ce que c’est un modèle à suivre pour vous ?
Le foot est un exemple dans le sens où la popularité est monstrueuse et tout a été structuré. Il est certain qu’il y a beaucoup de choses qui ne me plaisent pas mais je pense que même les gens du milieu du football ne doivent pas tout aimer. C’est un problème de riche qu’ils ont maintenant. Mais moi je préfère comparer les modèles entre la NBA et le foot. L’un est plus indépendant, l’autre marche avec la fédération. C’est sûr que c’est difficile de voir tout cet argent dans le football mais c’est la réalité du marché et on ne peut rien faire. Mais mon objectif c’est d’accélérer le mouvement pour que dans 30 ans ou 40 ans, les actions sports puissent arriver un jour à cette puissance. Et moi qui pratique ces sports-là, je vois les jeunes tous les jours sur les parks, je vois qu’ils ont une appétence pour nos sports. La base, c’est les pratiquants. C’est d’amener les jeunes dès le plus jeune âge à se lancer. Là où le football et la fédération sont puissants, c’est au niveau des clubs.

Mais alors comment réussir à amener les jeunes à pratiquer ces sports ?
Pour amener des gens à faire du sport, il faut des structures. Les parents ne vont pas amener des gamins du huit ans sur un skatepark. S’ils voient un gars un peu plus loin fumer un pétard, ça ne va pas aller. Alors que s’ils inscrivent leur enfant dans un club, avec un moniteur, c’est carré, c’est structuré.  C’est important pour développer la masse de pratiquants mais aussi leur niveau. Avec Alex Jumelin (champion de BMX Flat), on a développé une académie de BMX Flat à Montpellier, la première de ce type au monde, et on voit bien que le niveau augmente vite. Et avec les JO, l’intérêt va encore grandir. Je prends l’exemple des Chinois mais eux, dans quatre ans, ils vont tout déchirer en actions sports. Ils mettent les moyens pour.

Et la France met-elle les moyens ?
Je vais parler de la Fédération française de cyclisme, que je connais la mieux. Elle a clairement mis les moyens pour faire partie des meilleurs. Ils se sont dotés d’un très bon entraîneur, Patrick Guimez, un vieux de la vieille, il a tout connu, il a été un des meilleurs riders au monde. Ils ont aussi investi dans un park d’entraînement à Montpellier. Il faut comprendre qu’il y a une vraie compétition avant les JO parce qu’il n’y a que 9 qualifiés. Il faut sacrément se battre. C’est déjà une victoire pour la France d’être aux JO. Dans les années 1990, tous les podiums étaient tenus par les Américains pour une seule raison : ils avaient les infrastructures. Et c’est là où le FISE sur l’Europe et l’Asie a apporté quelque chose. On a permis ce développement des sports et derrière, ça paye parce que le niveau progresse. Et c’est une évidence qu’il y aura un avant et un après 2020 pour nos sports. On attend tous avec impatience les audiences du BMX, du surf et du skate. Et je suis persuadé que ça va marcher quand on sait que les meilleures audiences des JO d’hiver, devant même la descente en ski, c’est le half pipe. Notre objectif pour Paris c’est de battre le 100 mètres (rires) !

Quelles sont les chances françaises à Tokyo en BMX ?
Ça ne va pas être évident pour Antho (Anthony Jeanjean, ndlr). Ça n’a pas été facile pour lui de se qualifier. On a tous été surpris mais il a progression très importante, il est fort dans sa tête. On a une vraie histoire avec lui parce qu’il a découvert le BMX sur le FISE, on l’a qualifié pour la tournée française puis mondiale. On est fier de lui. Et il en a sous la pédale. Avec la structure que Montpellier leur a mis a disposition, il peut faire quelque chose. Ça se joue sur deux runs (deux manches, ndlr), il peut être excellent et les autres peuvent se foirer. Il y a une certaine constance malgré tout chez les concurrents. Mais pourquoi pas un podium !

En 2018, Matthias Dandois expliquait à Match les différentes disciplines du BMX

« Le BMX, c’est ce qu’on appelait le bicross dans les années 80. Le Flat c’est une des disciplines du BMX freestyle, avec notamment le BMX Park, qui se pratique sur des rampes, le BMX Dirt, sur des bosses en terre, le Street qui consiste à utiliser le mobilier urbain, la Vert qui se pratique sur un U. Après il y a une discipline un peu différente qui fait partie de la Fédération française de cyclisme et qui est déjà aux JO, c’est la Race. En gros c’est un boardercross où ils sont huit au départ et font la course jusqu’à l’arrivée. »

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