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Frédéric Waseige : « Romelu Lukaku est un ogre » [VIDÉO]

Chronique d'un tournoi pas comme les autres. | © BELGA PHOTO CHRISTOPHE KETELS

Sport

Le consultant foot, commentateur sportif et auteur Frédéric Waseige préface avec nous cet Euro 2020. Le fils de l’ancien sélectionneur national le fait tout en littérature (voir la vidéo)… Chronique d’un tournoi pas comme les autres !

 

Par Laurent Depré

L’homme est ponctuel et rigoureux comme lorsqu’il tenait sa défense en tant que joueur pro. On l’a contacté pour parler du recueil de ses chroniques parues dans la presse de 2016 à 2021 et éditées sous format de livre (*), pour évoquer les Diables Rouges évidemment et… littérature autour de l’équipe nationale.

Frédéric Waseige est un amoureux des bons mots, des jolies tournures de phrases, des contrepieds sémantiques. Ses chroniques démarrent sur la pelouse pour finir dans le monde bien réel des gens qui le lisent. Il traque l’émotion sur le terrain et tout ce qui rend les footballeurs tout simplement humains avec leurs grandeurs et leurs faiblesses. Il a sa conception du football et nous l’explique !

Parismatch.be. Entrons dans le vif du sujet, les Diables ouvrent leur tournoi ce samedi… Et on est un peu en peine de déterminer leur état de forme. Vous partagez cette impression ?
Frédéric Waseige.
« Je suis en tout cas plus rassuré qu’avant les deux matches de préparation… J’ai vu ce que je voulais voir dans un contexte sans Hazard, sans De Bruyne et sans Witsel évidemment. La bonne chose est d’avoir préparé notre équipe nationale à s’aligner sans eux. Je dirais même qu’on pourrait se passer d’eux pour plus d’un match en phase de groupe afin de les retrouver au top plus tard. Contre la Grèce, j’ai vu Dedoncker faire du Witsel. Sur le flanc gauche, on a vu Carrasco en grande forme et prêt à pallier l’absence d’Eden. Le fait que le joueur sache qu’il va débuter l’Euro lui donne 20% en plus de performance. Il est conscient de la responsabilité qui lui incombe mais ce ne sera pas un poids trop lourd à porter pour Yannick. Enfin, contre les Croates j’ai l’impression que la défense, sujette à critiques, a aussi été rassurante… « 

Qu’est-ce que les Diables ont en 2021 qu’ils n’avaient pas en 2018 ?
« Trois ans de plus et pour beaucoup une saison exceptionnelle en club… Toute l’épine dorsale des Diables est meilleure et s’est même bonifiée avec des jeunes qui se sont révélés comme Castagne et Tielemans. On parle de l’âge de cette équipe mais l’âge peut aussi être un avantage, ne l’oublions pas. »

A part la Belgique et ses Diables, vous attendez qui au tournant du tournoi ?
« J’adore les petites équipes et les surprises. N’oublions pas que la Macédoine du Nord a battu l’Allemagne cette année… Pour moi, cet Euro sortira de l’ordinaire. Les joueurs vont arriver limite cramés car on a beaucoup joué cette saison sans avoir eu une préparation estivale classique. La France voudra confirmer mais devra changer de manière de jouer. Si vous oscultez chaque poste de l’équipe du Portugal, c’est assez impressionnant et cela vous donne juste envie de rester chez vous… Mais comment vont-ils articuler tout cela ? J’ai aussi envie de voir l’Angleterre qui ne va pas pouvoir rester la championne du monde de matches amicaux et des qualifications…. Surtout, j’ai envie de voir cette équipe d’un petit pays d’un peu plus de 10 millions d’habitants, et qui s’apelle la Belgique, aller le plus loin possible ».

Vous accordez beaucoup d’importance à l’humain et aux émotions générées par le football. Il y a quelques jours, nous avons rencontré l’auteur français Olivier Guez qui parle de cyborgs pour parler des footballeurs d’aujourd’hui…
« Selon moi, il parle de l’approche globale du football qui n’est plus effectivement qu’un prolongement de la vie réelle. C’est malheureux et peu réjouissant car pour moi le foot a toujours été une parenthèse enchantée. Le pognon fait force de loi et il en faut toujours plus pour toujours plus de dettes. Mais pour moi, doux rêveur, l’unique vérité est celle du terrain. Et les footballeurs restent des humains avant tout. Vous pouvez tout prévoir, tout planifier, si l’homme se rate, la machine s’enraye… Et c’est cela qui fait encore et toujours la beauté de ce sport.  « 

Est-ce que vous aurez une pensée pour votre père durant cet Euro, lui qui a dirigé la Belgique en 2000 ?
« Bien entendu… Mais je n’attends pas ces moments pour avoir une pensée pour lui. L’Euro 2000 n’avait pas bien tourné pour les Diables avec le fiasco du match contre la Turquie et la floche monumentale de De Wilde. Tout aurait pu être fini pour Robert Waseige. Mais il a ensuite qualifié les Diables pour le Mondial 2002 dans lequel nous avons fait très bonne figure et méritions d’aller plus loin sans cette terrible erreur d’arbitrage. J’aime à penser qu’il a laissé une empreinte sur le football belge. »

(*) Un monde de foot, Les meilleurs chroniques de Frédéric Waseige, Kennes Editions.

©Kennes Editions

 

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