Paris Match Belgique

Christine Schréder : « La France 2018 a fait des émules dans ce tournoi… »

Pour Christine Schréder, "le panache de l'équipe d'Italie" figure parmi ses coups de coeur de l'Euro 2021 ! | © DR

Sport

Alea jacta est… L’Italie remporte l’édition 2020 de l’Euro pour la seconde fois de son histoire. Après un mois de folle compétition, nous regardons en arrière avec la journaliste-présentatrice VOOsport Christine Schréder. Sans oublier de regarder vers le futur… Car non cette génération de Diables n’a pas dit son dernier mot !

 

Un entretien réalisé par Laurent Depré 

Parismatch.be. Christine, dans quel état d’esprit êtes-vous après un mois de football, d’images fortes et d’émotions en tout genre ?
Christine Schréder: « On va pas parler d’addiction et de manque mais c’est un peu la sensation  du jour… Après une édition qui fut, pour ma part, de qualité avec un bon niveau global. Les équipes se sont livrées totalement et cela englobe aussi les plus petites nations du football qui ont proposé des choses intéressantes. Quand cela s’arrête, il y a un vide qui s’installe. C’est toujours compliqué de notre côté de se dire qu’il va falloir se remettre dans le bain des compétitions nationales. »

Allez-vous prendre quelques jours de congés pour faire un break ?
« Je vais certainement faire un break de football d’un mois. Ce qui veut dire que le début de la nouvelle saison de la pro league se fera sans moi. On va essayer de planifier quelques voyages mais vu les cinrconstances, cela s’organisera au jour le jour. »

Quels sont les points essentiels qui expliquent le sacre italien ?
« C’est exceptionnel d’être revenu en si peu de temps à ce niveau-là après le cuisant échec de la non-qualification pour le Mondial 2018. C’est une preuve de plus que les grandes nations du football ne meurent jamais. Il faudrait définitivement trouver une variante à la fameuse phrase ‘le football se joue à onze contre onze et, à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent’… L’Italie en mérite une aussi ! Je jalouse cet esprit, cette culture du football au-delà des nombreuses qualités de la Squadra. On peut parler aussi d’un collectif à toutes épreuves sans véritables stars qui prendraient trop la lumière. Un coach qui a tout gagné avec son équipe à son époque et en tant qu’entraîneur également. Mancini avait probablement le plus beau palmarès des coachs de cet Euro. Enfin, l’Italie remporte le tournoi avec panache. Ce qui n’a pas toujours été le cas avec d’autre vainqueur… »

 

Le coach italien Roberto Mancini savoure la victoire des siens. ©Photo by Laurence Griffiths / POOL / AFP

Vous avez des affinités avec le football anglais que vous connaissez fort bien… Triste de ce sacre manqué ?
« Bien sûr ! Ce sont des joueurs que je vois évoluer toute la saison en Premier League, la majorité y pratique son métier. Mais sincèrement je n’ai pas compris ce qui s’est passé… On a été un peu dupé avec une Angleterre que l’on voyait quand même joueuse et capable de séquences vraiment flamboyantes en cours de tournoi. Mais les statistiques, qui ne sont pas tout non plus, montraient un tout autre visage. Ainsi, avant les demi-finales, l’Angleterre était 19e sur 24 en terme de frappes au but … En analysant la composition de la finale, l’entraîneur Southgate n’a finalement placé que 4 profils à « tendance offensive ». Cela dit pas mal sur l’intention. J’ai l’impression que la manière dont la France à gagné sa coupe du monde en 2018 à fait des émules. Southgate l’a payé cash. C’est vrai aussi pour ses choix de changement à deux minutes de la fin des prolongations, incompréhensible… »

Ouvrir le score si tôt dans une finale, n’est-ce pas un cadeau empoisonné ?
« J’ai regardé la rencontre en compagnie de mes enfants et c’est exactement ce que je leur ai dit. Les Italiens n’en menaient pas large durant les vingt premières minutes mais ils n’ont heureusement pas encaissé de deuxième but comme nos Diables face à eux. Ce qui aurait rendu leur mission fort délicate. Selon moi, c’est également en lien avec le choix du coach de jouer de telle manière. Il y avait de la place pour mettre les Italiens K-O rapidement. »

Donnarumma est élu joueur du tournoi. Lui qui n’était pas très connu avant le tournoi… C’est symbolique ?
« Il l’a mérité sans l’ombre d’un doute. Donnarumma a été grandiose à des moments clés. Mais soyons de bon compte: sans sa blessure, c’est probablement Spinazzola qui l’aurait eu. On a vu comme il a manqué à l’Italie sur les deux dernières rencontres. C’était le créateur de cette équipe et cela prouve une fois encore l’importance des latéraux dans le foot actuel. »

 

©Photo by Andy Rain / POOL / AFP

Difficile de ne pas parler d’échec pour les Diables rouges… Sincèrement en regardant les deux ½ finales et la finale on se dit que nous n’avions pas notre place à ce stade de la compétition… D’accord ?
« Nous n’avions pas notre place dans le dernier carré avec nos joueurs dans leur état de forme du moment. On y serait pas arrivé. C’est aussi basique que cela. Personne ne possède un duo de créateurs comme De Bruyne et Eden Hazard derrière un Romelu Lukaku. Ces deux-là à 100% nous aurions vécu un tout autre tournoi. Vous ajoutez la blessure précoce de Castagne qui avait un rôle important à jouer dans ce tournoi et vous remarquez que les astres n’étaient pas alignés pour les Belges cette année. Pour moi, l’échec commence par l’absence de stade en Belgique pour accueillir l’évenement et l’obligation de devoir courir partout en Europe pour jouer ! « 

Quand on voit Mancini vertement recadrer ses joueurs en première mi-temps, on se dit que Martinez est peut-être devenu trop proche de son groupe…
« C’est une question de tempérement et de nature. Martinez n’est pas un sélectionneur du style Mancini. Le coach italien avait déjà une forte personnalité en tant que joueur avec un côté un peu râleur aussi…  « 

Martinez n’a-t-il pas péché par excès de prudence ou par manque d’audace ? On pointe la présence de Doku face à l’Italie dès le début de matche mais c’est peu…
« On peut raisonnablement le penser. Oui, il y a avait sans doute une opportunité pour un Trossard qui restait sur une excellente saison et qui est doté d’une frappe puissante qui peut faire la différence. Il a fait le choix d’un Dries Mertens qui monte, en méforme depuis le début du tournoi, et qui se fait opérer de l’épaule dans la foulée de l’élimination… C’est un peu étonnant. Cependant, je reste une pro-Martinez. L’Espagnol aurait sans doute eu l’occasion de faire d’autres réglages et fde aire monter son équipe en puissance si les nations affrontées en quart et en demi n’avaient pas été le champion en titre et l’Italie… Ne perdons pas de vue que depuis notre retour dans les grands tournois en 2014, ce sont deux 1/4 et une 1/2 finale. Revenons un peu sur terre ! »

 

Dès septembre, les Diables seront de retour avec l’objectif de se qualifier rapidement pour le Quatar et de se rapprocher d’un sacre en ligue des nations… ©BELGA PHOTO BRUNO FAHY

Qu’attendez-vous des Diables qui reprendront du service dans quelques semaines ?
« J’ai surtout envie qu’ils soient au complet et en pleine forme pour l’affrontement avec la France en ligue des nations début octobre. Si ce n’est pas le cas, alors Roberto Martinez devra effectivement faire des choix forts. Ne plus être trop arrêté sur un groupe spécifique de joueurs. Au niveau de l’Union belge, un bilan de cet Euro me semble plus que normal et il va falloir en tirer des conclusions pour la suite. Et cela va bouger… Ceci dit on peut déjà dire que la hiérarchie avait bougé avant l’Euro entre Meunier et Castagne. D’un autre côté, il ne faut pas brusquer les choses. Doku a été étincelant, c’est vrai. L’aurait-il été en étant titulaire pour les cinq matches des Diables à l’Euro ? Pas certaine… »

Votre image de l’Euro 2021 ?
« C’est inévitablement le clash des émotions lorsque Eriksen s’effondre en direct victime d’une crise cardiaque et cette excitation qui règne en attendant l’entrée des Diables dans la compétition. Et vous devez réagir en direct tout en restant dans la dignité…. C’est terrible. Et puis vous reprenez confiance avec la large victoire des Diables face aux Russes mais surtout grâce aux nouvelles positives de l’état de santé de Eriksen. Cela vous remet à flot ! »

CIM Internet