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Harcèlement et abus sexuels : Le foot féminin mondial plongé dans le scandale

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La joueuse du Venezuela, Deyna Castellanos. | © Deyna Castellanos.

Sport

Le football féminin est au cœur d’un scandale qui touche plusieurs pays. Aux Etats-Unis, le président d’un club incriminé par des accusations de harcèlement sexuel et abus sexuels a démissionné mardi. Au Venezuela et en Australie aussi, plusieurs joueuses ont dénoncé de tels actes.

D’après un article Paris Match France de Clémentine Rebillat

#MeToo dans le football féminin. Plusieurs joueuses de football dénoncent le harcèlement sexuel et moral et les abus sexuels qu’elles auraient subi à travers le monde. C’est aux Etats-Unis que le scandale a d’abord éclaté. Le week-end dernier, la Ligue féminine nord-américaine de football (NWSL) a suspendu tous les matchs qui devaient avoir lieu alors que la veille, la FIFA annonçait qu’elle allait ouvrir une enquête. En cause, les accusations portées par des joueuses contre plusieurs entraîneurs. Paul Riley et Richie Burke auraient tous les deux abusé sexuellement de leurs joueuses dans leurs clubs respectifs. Tout est parti d’un article, publié par le site The Athletic, dans lequel deux joueuses, Sinead Farrelly et Meleana «Mana» Shim, témoignent avoir dû faire face à plusieurs reprises, depuis 2010, au présumé comportement inapproprié de Paul Riley. Elles aurait été forcées à avoir des rapports avec lui. L’homme qui entraînait le North Carolina Courage a été licencié «avec effet immédiat à la suite des très graves allégations de mauvaise conduite». «Je n’ai jamais eu de relations sexuelles avec ces joueuses, ni ne leur ai fait d’avances sexuelles», a-t-il répondu.

La superstar du football américain, Alex Morgan, qui a joué sous les ordres de cet homme à l’époque à laquelle remontent les accusations, a confirmé les dires de ses anciennes coéquipières, affirmant avoir tenté d’alerter la Ligue. En vain. « La ligue a été informée à de multiples reprises et a refusé à chaque fois d’enquêter. Elle doit accepter la responsabilité d’un processus qui n’a pas réussi à protéger ses propres joueuses de cet abus. Je suis écœurée. Protégez vos joueuses, faites ce qui est juste, NWSL », a-t-elle écrit sur Twitter. Richie Burke, de son côté, a été limogé du Washington Spirit. Le président de ce club a également démissionné mardi.


Face à ces scandales, la Fédération américaine de football a demandé à une ancienne procureure fédérale d’enquêter sur des allégations d’agressions sexuelles et de harcèlement moral dans le football professionnel féminin. Le rôle de la Ligue est en effet en question, très critiquée pour la gestion du dossier de ces accusations. Lisa Baird, la commissaire de la NWSL a elle-même démissionné en début de semaine.

De l’Australie au Venezuela

Ces accusations ont lancé une vague de témoignages dans le reste du monde. En Australie, Lisa De Vanna, qui a joué 150 matchs pour l’équipe nationale et a marqué 47 buts sous les couleurs australiennes, a confié avoir commencé à subir du harcèlement dès ses débuts, en 2001, lorsqu’elle n’avait que 17 ans. La jeune femme de 36 ans, citée par le Sydney’s Daily Telegraph a déclaré avoir été victime de propositions déplacées dans les douches des vestiaires, voire d’agressions sexuelles de la part de ses équipières. Elle a confié qu’elle était adolescente à l’époque et qu’elle ne savait pas comment gérer la situation, mais qu’elle avait rompu son silence parce que « cela se produit encore à tous les niveaux et qu’il est temps de parler ». Rhali Dobson, elle aussi joueuse australienne, a porté des accusations similaires remontant à sa jeunesse et regrettant que ces faits soient passés sous silence. Les instances du football en Australie ont exhorté les joueuses à porter plainte dans tous les cas d’abus sexuels ou d’inconduite sexuelle.

Sur Twitter, Lisa De Vanna a répondu à un message de l’Américaine championne du monde, Megan Rapinoe, qui a écrit : « Les hommes protègent les hommes, qui abusent des femmes ». Partageant cet avis, Lisa De Vanna a ajouté avoir également « vu des femmes protégeant les femmes qui maltraitaient les femmes » et des « joueuses protégeant les joueuses seniors qui maltraitaient les jeunes joueuses » ou encore des organisations protégeant les « entraîneurs/joueuses ». « Un abus est un abus. Un mauvais comportement est mauvais à tous les niveaux », a-t-elle écrit.


Au Venezuela, une vingtaine de joueuses du championnat national ont accusé l’ancien entraîneur panaméen Kenneth Zseremeta de harcèlement sexuel et d’abus. ESPN indique qu’elles ont signé une lettre dénonçant les agissements de cet homme qui a été à la tête de plusieurs équipes durant neuf ans, jusqu’en 2017. La star de l’Atletico Madrid, Deyna Castellanos, a signé cette lettre qu’elle a partagée sur ses réseaux sociaux.


Les 24 joueuses signataires de la lettre expliquent avoir décidé de «briser le silence pour éviter de telles situations d’abus, de harcèlement physique, psychologique et sexuel». Le courrier indique que l’une des jeunes était abusée sexuellement par l’entraîneur depuis ses 14 ans. Les jeunes femmes racontent que Kenneth Zseremeta interrogeait les joueuses régulièrement sur leur sexualité ou leur orientation sexuelle et qu’il leur faisait subir des « violences physiques et psychologiques pendant les séances d’entraînement ». Il aurait également envoyé aux joueuses des invitations, leur proposait des massages ou encore leur offrait des cadeaux inappropriés. « Aujourd’hui, nous comprenons que ces actions avaient pour but de nous manipuler et de nous culpabiliser. Les joueuses de la communauté LGBTI étaient constamment interrogés sur leur orientation sexuelle et le harcèlement des hétérosexuelles était constant», indique la lettre. Il aurait menacé d’entrer en contact avec les parents des joueuses pour leur révéler l’orientation sexuelle des joueuses si elles n’obéissaient pas ou ne se comportaient pas comme prévu ».

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