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Oshin Derieuw : « La boxe a beaucoup à offrir aux femmes »

La Belgique possède en la personne d'Oshin Derieuw une grande championne ! Elle est notre invitée pour notre rubrique Tout Feu Tout femme ! | © DR

Sport

Bienvenue dans notre rubrique « Tout feu tout femme » ! Chaque mois, Parismatch.be part à la découverte d’une femme inspirante tous secteurs d’activités confondus. L’invitée nous parlera d’elle mais également… d’elles. Et de leurs places dans le monde d’aujourd’hui. De l’urgence de leurs combats et d’autres luttes pour toujours plus d’inclusion dans la société.

 

Par Laurent Depré

Touchante, intelligente, inspirante… Il est des interviews dont vous sortez bousculé. Comme ce fut le cas avec Oshin Derieuw, une véritable championne belge qui porte hautes nos couleurs nationales depuis plusieurs années au niveau de la boxe féminine.

Son discours est clair et direct, comme un bon crochet du gauche sous le menton. Le tout emballé dans un grand humanisme, de l’amour et des pensées positives. Derrière la boxeuse qui a faim de ring et de titres, il y a aussi une femme dans la trentaine avec de belles valeurs et un naturel désarmant. Une sportive de haut niveau ultra titrée à 34 ans : championne d’europe welter EBU, championne du monde WBF, championne WBF intercontinentale, 5 fois championne de Belgique…

Voici le deuxième volet de notre rubrique « Tout feu, tout femme ! »

Parismatch.be. Oshin, malgré la situation compliquée avec la pandémie de Covid-19, 2021 fut tout de même assez positive en ce qui vous concerne…. Vous avez remporté un titre de championne d’Europe et le gant d’or national !
Oshin Derieuw. Disons que c’est une année contrastée… Il y a eu la gande déception de ne pas pouvoir aller au JO l’été dernier. L’annulation des compétitions de qualifications pour se rendre à Tokyo a réduit à néant mes chances d’y participer. Heureusement, mon coach a organisé dans la foulée la rencontre face à la Suissesse Olivia Belkacem-Boudouma qui m’a en effet permis de devenir chamiponne d’Europe EBU. C’est un titre qui a une histoire, j’en suis fière. Et la reconnaissance de mon travail en Belgique grâce au gant d’or 2021 était fort importante à mes yeux aussi car je suis affiliée à un club en France. Enfin, pour la boxe féminine chez nous, c’est très important de voir plusieurs visages pour susciter l’envie de se lancer dans la boxe.

Quel est votre prochain objectif ?
Dans l’ordre des priorités, je vais prendre trois semaines de vacances au Mexique (Ndlr: rires)… Nous ne sommes plus partis depuis plusieurs années avec ma compagne Charlotte. Grâce à ce titre EBU, j’ai déjà reçu des propositions très intéressantes mais que j’ai du décliner. Je suis certaine que d’autres viendront et que 2022 sera l’année d’autres beaux matches. Je vise un titre WBC, un championnat du monde aussi…

Comment êtes-vous arrivée à pratiquer la boxe ?
Quand j’étais adolescente, mon frère faisait du skateboarding professionnel. J’étais un peu jalouse de sa passion et je m’en cherchais une. J’avais déjà essayé plein de disciplines sportives comme le volley-ball, le football en salle, l’athlétisme, le BMX quand un ami m’a emmené à la salle de boxe de Roulers. Et là ce fut le coup de foudre immédiat ! Depuis 13 ans, je m’entraîne presque tous les jours. Rien que de vous en parler (Ndlr: l’interview s’est faite par téléphone), vous ne me voyez pas, mais je souris comme un enfant…

Qu’est-ce qui vous donne l’envie de boxer chaque jour ?
Rien que le fait de penser à la boxe me rend heureuse ! Dans la salle à Henin-Beaumont, avec mon coach Mohamed Nichane, nous formons une vraie famille. Cela me vide complètement la tête de m’y entraîner. De plus, vous n’avez jamais fini d’apprendre en boxe.  Il y a toujours un défi ou une techique nouvelle à apprendre. Pour boxer convenablement, il ne faut penser à rien d’autre. C’est ma méditation. Il faut également tordre le cou au cliché de la boxe qui se limiterait à mettre deux personnes sur un ring pour qu’elles se frappent agressivement. La boxe, ce sont bien d’autres choses et cela fait appel aussi à de l’intelligence. C’est arriver à se contrôler, à se canaliser et dominer l’autre.

 

©DR

Lorsque vous avez remporté ce gant d’or, vous en avez appelé à plus de présence dans les médias du sport féminin. Il y a le foot et le hockey féminin, du tennis et du basket. Et puis c’est à peu près tout…
On avance, il faut le reconnaître, mais pas assez vite. Je suis très heureuse pour mes copines des Belgian Cats (Ndlr : équipe nationale de basket-ball). Je sais que leur récente exposition médiatique leur fait un bien fou. Il ne faut pas se leurrer, le sport de haut niveau féminin a aussi besoin d’argent. Nous avons, pour bon nombre, un métier à côté. On mène des doubles carrières en fait. Si la présence du sport féminin peut augmenter dans les médias, le sponsoring et les moyens financiers suivront aussi. Ce ne sera sans doute plus pour ma carrière mais je voudrais vraiment que la génération suivante aie plus de facilités à pratiquer sa passion. Nous le méritons !

Il y a de plus en plus de femmes ou de jeunes filles qui se laissent tenter par la boxe… Qu’est-ce que ce sport peut leur apporter de différents qu’aux hommes ?
On doute souvent de nous-mêmes… On nous sous-estime également régulièrement… La boxe permet à la femme de se doter d’un autre mental et de croire aussi en ses capacités physiques. Cela donne beaucoup de confiance. La boxe s’est aller au-delà de soi-même. Un principe qui peut être transposé dans la vie de tous les jours. Ne soyons pas angélique non plus, cela permet aussi à la femme d’avoir du répondant face à un homme en cas d’agressions… C’est la garantie d’avoir conscience de sa force. La boxe a beaucoup à offrir aux femmes.

Est-ce que le sport en général favorise l’égalité des sexes ?
Pas évident comme question… C’est quand même encore fort masculin, du moins dans les esprits. Dans les fêtes familiales ou entre amis, on entend encore souvent les réflexions du genre « le foot masculin, c’est plus beau à regarder, plus vivant »… C’est une simple question de génétique, comme la force et l’explosivité, mais nous pratiquons le même sport ! Si vous consultez les journaux, on en est encore à des grandes photos pour les sportifs masculins et un tout petit texte pour l’exploit féminin. C’est cela qui doit changer.

Le thème est fort discuté ces dernières années, on parle du sexisme dans la société. En avez-vous souffert dans la pratique de votre sport ou dans votre travail à la commune de Kuurne ?
En ce qui me concerne, la réponse est négative. Il ne faut simplement pas aller trop loin. On peut rigoler et faire des blagues mais lorsqu’une frontière est franchie je le dis directement. Les paroles peuvent blesser… Quand j’entends, parce que je suis mariée à une femme, que puisque je fais de la boxe c’est moi l’homme de la relation… C’est dur. On est simplement deux femmes qui avons trouvé l’amour. Parfois certains hommes disent que je suis avec une femme parce que je n’ai jamais trouvé l’homme idéal… Incroyable et blessant ! Vers 23 ans, j’ai découvert ma féminité et j’adore. Être une femme, c’est un cadeau ! Alors des remarques du style…

Est-ce que vous comprenez le côté plus offensif des jeunes générations de femmes qui veulent se libérer totalement et rapidement de ce carcan sexiste encore en place dans la société ?
Je vous répondrais simplement que pour avancer, il faut faire du bruit… Tout en se montrant plus intelligente pour faire avancer les choses.

Des figures de femmes qui vous ont inspiré lorsque vous étiez plus jeune ?
Ma maman… Elle n’était pas du tout conventionnelle. Elle était très ouverte et symbolisait un esprit fort. Au niveau de la boxe, j’ai été très influencé par la boxeuse néerlandaise Lucia Rijker (Ndlr: elle joue dans Milion Dollar Baby de Clint Eastwood). J’admire son calme, sa mentalité, son travail sur elle-même permanent, son respect de l’adversaire, son besoin d’évoluer…

©PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MATTHIEU BOTTE

3 réactions par rapport à des sujets d’actualité

#Balancetonbar – Dénonciations de viols et agressions sexuelles dans de nombreux bars à BXL et puis à Liège.
« Pour moi, les premières filles qui ont eu le courage d’affronter leur honte et de dire ce qui leur était arrivé dans ces bars sont des icônes… Combien de  filles ont été violées et en ont honte ? Combien reportent la culpabilité sur elles-mêmes ? Il faut le dire, le crier, faire du bruit… »

La Cope-26 s’est terminé à Glasgow sur un constat d’échec concernant le réchauffement climatique et la sauvegarde de la planète…
« On adore voyager avec ma compagne. Lors d’un voyage au Maroc, à Taghazout, on a vu cette vallée complètement assechée. Nous comptions nous y baigner ! Cela nous a touché très fortement. Dans notre vie de tous les jours, ma femme est végétarienne. Moi je ne le suis pas mais je me fourni en viande uniquement dans une ferme située près de Kuurne qui abat une vache seulement quand il y a une demande suffisante. Nous tentons aussi de limiter le plastique le plus possible. Il y a le poste mobilité qui reste problématique. Je dois faire 150 kilomètres chaque jour pour les entraînements. Nous en parlons dans notre couple de la survie de la planète tout en sachant qu’il faudra une solution mondiale… »

Le Codeco s’est réuni une nouvelle fois pour de nouvelles mesures anti-covid… Quel est votre état d’esprit après 18 mois de crise ?
« Malheureusement, je pense que l’on en sait encore très peu sur ce virus qui est parti pour nous accompagner dans notre vie longtemps. Il n’y a pas encore de réponse mondiale efficiente. Et cela frustre beaucoup la population… J’espère qu’il n’y aurait pas de compétition entre vaccinés et non-vaccinés. On peut déjà voir les ravages que cela engendre sur Facebook. Après, je trouve que nous devrions faire un peu plus appel à notre cerveau et la civilité. Si on va faire la fête avec 200 personnes, il y a forcément des risques de contamination. Si on est malade, on reste à la maison… Après, globalement il s’agit de santé publique aussi. Il faut bien s’aérer, faire du sport, manger correctement et renforcer son système immunitaire. Je trouve débile qu’il faut un Covid Safe Ticket pour aller manger un Mc Do par exemple… « 

©BELGA PHOTO KURT DESPLENTER

Du tac au tacte…

Etat civil – Mariée
Lieu d’habitation – Kuurne
Langues parlées – Néerlandais, Français, Anglais
Dernières vacances – Bali
Petit coin de paradis près de chez vous – La côte belge, Oostduinkerke
Sport(s) pratiqué(s) – A côté de la boxe, je vais surtout courir. Et je fais un peu de surf. Parfois en Belgique, on serait étonné des vagues !
Resto préféré – Mister Spaghetii à Courtrai
Café préféré – Je n’y vais plus depuis longtemps
Péché mignon – Chocolat noir Lindt avec quelques notes de sel sinon je ne dors pas bien
Magasin de fringue préféré – J’achète tout en ligne
Plat préféré – J’adore les côtes de porc ou un steak avec frites et salade mais je ne peux pas en manger trop…
Type de cuisine préférée – J’aime beaucoup la cuisine portugaise car il y a pas mal de poissons. 
Plat le mieux géré – Un bon curry coco avec plein de légumes
Vin, bière ou spiritueux ? Champagne !
Séries Netflix du moment – On regarde la 3e saison de You.
Livre lu en ce moment – Sapiens de Yuval Noah Harari 
Moment préféré de la journée – Coucher de soleil
Une devise ou proverbe – Be your own legend 
Épitaphe sur votre tombe – Vis ta vie en plein amour

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