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Scandales dans le patinage : Pour protéger les athlètes, l’âge minimum en compétition va évoluer

Kamila Valieva

L'organe directeur du patinage artistique a voté le 7 juin 2022 pour relever l'âge minimum de la compétition senior à 17 ans, quelques mois après un scandale de drogue aux Jeux olympiques impliquant l'adolescente russe Kamila Valieva. | © Manan VATSYAYANA / AFP.

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La Fédération internationale de patinage devrait faire passer l’âge légal en compétition de 15 à 17 ans. Cette décision intervient après le scandale survenu à Pékin, au cours duquel la jeune Russe Kamila Valieva a été accusée de dopage.

D’après un article Paris Match France de Clémentine Rebillat

Lorsqu’elle a été accusée de dopage l’hiver dernier à Pékin, Kamila Valieva a obtenu le soutien quasi-unanime du monde sportif. Pour beaucoup, la jeune prodige russe de 15 ans n’était que la victime d’un système faisant concourir les adolescentes de plus en plus jeunes, sous une intense pression, sans qu’elles ne soient protégées. Pour tenter d’endiguer ce phénomène et mieux encadrer les athlètes, la Fédération internationale de patinage a annoncé avoir l’intention d’élever l’âge minimum en compétition. Il devrait passer de 15 à 17 ans. Cette mesure n’a pas encore été actée et doit être étudiée lors d’un congrès qui se tient du 6 au 10 juin en Thaïlande. Si elle est acceptée, cette décision sera imposée dès la saison 2023-2024. L’âge minimum serait alors de 16 ans, puis passera à 17 ans pour la saison 2024-2025, indique BBC News.

Jan Dijkema, president de la Fédération a parlé de «décision historique», soutenue par 100 pays. Seuls 16 pays y sont opposés. «La vie d’un athlète est courte et intense, son expérience dans cette courte phase établit ce qu’il adviendra pour le reste de sa vie – physiquement, spirituellement, émotionnellement», a déclaré le patineur canadien et membre de la Commission des athlètes de l’ISU Eric Radford. «Alors que j’entends les inquiétudes de certaines nations concernant la difficulté immédiate qu’elles pourraient rencontrer avec l’adoption de cette proposition… une médaille vaut-elle vraiment la vie d’un ou une jeune athlète?»

Les larmes de Kamila Valieva

A Pékin, durant le scandale entourant Kamila Valieva, beaucoup avaient pointé du doigt les méthodes de son entraîneure, la très prolifique Eteri Tutberidze. Celle-ci compte parmi ses élèves les patineuses les plus titrées de Russie : Yulia Lipnitskaïa, championne olympique par équipe en 2014, Alina Zagitova, championne olympique en 2018, Evgenia Medvedeva, vice-championne olympique en 2018… Toutes ont commencé très jeunes, sous les ordres de cette femme aux méthodes controversées.

Alors qu’elle est souvent saluée pour ses incroyables résultats, elle est également régulièrement pointée du doigt pour les abus qu’elle ferait subir à ses patineuses, qu’elle prend dès le plus jeune âge afin de mieux les contrôler, estimant qu’une fois plus âgées et leur puberté terminée, elles ont moins de chances de gagner. La pression qu’elle leur mettrait, les forçant à suivre un régime drastique, est notamment dénoncée par d’anciennes patineuses qui souffrent aujourd’hui de troubles alimentaires. C’est le cas de Yulia Lipnitskaïa, qui en 2017 a pris sa retraite à seulement 19 ans, annonçant souffrir d’anorexie
. Elle avait expliqué avoir l’impression de grossir «rien qu’en respirant de l’air». 

L’âge des patineuses, à peine adolescentes et particulièrement minces, avait été remis en cause à Pékin par d’autres nations. L’Américaine Mariah Belle, 25 ans, qui a participé aux JO de Pékin, a expliqué à l’époque que les athlètes doivent pouvoir «avoir une carrière qui dure longtemps, pas simplement un an». «Si nous avions une limite d’âge minimum, cela mettrait en avant l’idée de longévité et quelqu’un de 25 ans ne serait plus une exception aux Jeux Olympiques». De nombreux observateurs réclamaient alors notamment une réforme afin de mieux protéger ces jeunes des abus et de blessures très graves qui résultent d’une course toujours plus forte aux sauts spectaculaires. D’autres estiment en revanche qu’avoir une limite d’âge réduirait les chances des patineurs et patineuses, de remporter des titres.

Après avoir remporté l’or au cours de l’épreuve par équipe, Kamila Valieva, qui était favorite en individuel, s’est effondrée lors de son passage, ne supportant plus la pression mise sur elle. Elle avait quitté la glace en larmes, sans un mot de son entraîneure. Après ce résultat, le PDG de l’Agence américaine antidopage, Travis Tygart, cité par USA Today avait déclaré avoir le «cœur brisé pour elle à cause des actes méprisables des adultes dans sa vie et des échecs catastrophiques des systèmes russes et du CIO qui jettent en permanence un nuage sombre sur ses performances». «Il est certain que ces événements ont pesé lourdement sur elle et j’espère qu’elle obtiendra le soutien dont elle a besoin pour aller de l’avant». Le président du CIO, Thomas Bach, s’est dit «très troublé» par la prestation de Kamila Valieva et par les réactions autour d’elle, alors qu’elle était inconsolable. «Ma carrière d’escrimeur fait que je sais ce qu’est la pression. Mais celle-ci était au-dessus de ce je peux me représenter». «La voir craquer sur la glace, pleurer et essayer de finir son programme était difficile. Dans chaque mouvement, son langage corporel, on voyait le stress immense. Elle aurait sûrement préféré quitter la glace et laisser tout cela derrière elle», a-t-il expliqué, regrettant ensuite «l’attitude glaciale» de sa coach en qui «il n’a pas beaucoup confiance». Il avait ajouté : «Comment peut-on être si froid avec son athlète ? Comment peut-on traiter ainsi une athlète mineure de 15 ans ?» 

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