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Wout van Aert : le champion qui a la « gueule de Hollywood »

Consacré au Tour de France pour son panache, Wout Van Aert rappelle aux Belges les plus belles années d’Eddy Merckx

Sport

Durant un Tour de France inoubliable, il aura surtout rappelé les plus belles pages du cyclisme belge : l’attaque à outrance, le panache et la gagne, comme l’incarnait si bien le légendaire Eddy Merckx. Wout Van Aert (27 ans), alias le « Géant vert », avec son maillot du classement par points qui le vit glouton sur toutes les courses, incarne la nouvelle idole qui unit toute une nation. Le natif de Herenthals a effectivement fait vibrer des millions de Belges. Et plus encore.

Par Quentin Finné et David Lehaire

Le succès actuel de Wout Van Aert est celui d’une véritable galaxie de personnages importants. A commencer par Sarah De Bie, son grand amour. Épouse du triple champion du monde de cyclo-cross depuis juin 2018, elle est la première supportrice de son mari qu’elle suit très régulièrement sur les courses. Cette diplômée en droit a organisé sa vie tout entière autour de son champion.

« Je ne veux pas seulement être là pour lui, mais aussi avec lui », commente-t-elle ainsi dans l’excellente biographie « Ik fiets focus » que notre confrère Nico Dick a consacrée à Wout Van Aert. Compagne de l’Anversois depuis près de huit ans déjà, Sarah a vu grandir le héros belge du dernier Tour de France. Comme homme mais aussi comme coureur. En janvier 2021, le couple a accueilli Georges, leur premier enfant. « Une étape importante dans notre vie », souffle celle qui tient occasionnellement une chronique dans les colonnes du Het Laatste Nieuws. Georges est, lui aussi, devenu essentiel dans cette galaxie.

Présents lors des Mondiaux d’Imola où ils ont vu leur fils monter à deux reprises sur le podium, Henk Van Aert et Ivonne Boeckx ont également toujours été très proches de leur fils. « Ils m’ont donné toutes les chances de réussir les défis que je me suis lancés et de devenir celui que je suis aujourd’hui », commente Wout Van Aert dans l’ouvrage de Nico Dick. « Sur le plan privé aussi, je peux toujours compter sur eux. Si quelque chose ne va pas bien, je sais qu’il me suffit de les appeler et qu’ils seront là pour moi. »

©DRVictime d’un cancer en 2015, Henk va aujourd’hui beaucoup mieux, mais c’est à lui que Wout pensait quand il a fondu en larmes lors de son premier titre de champion de Belgique de cyclo-cross en 2016. La sœur aînée de Wout (trois ans de plus), Liese, préfère quant à elle rester dans l’ombre, sans jamais jalouser le statut de son frère.

Et puis, il y a l’indispensable Jef Van den Bosch. Fondateur de la société de management sportif ISEA, le manager de Wout travaille avec lui depuis 2015, à la demande du coureur anversois qui cherchait à professionnaliser la gestion de ses contrats et de son encadrement. C’est lui, notamment, qui a réuni des sponsors (Cibel, CAPS et Red Bull) afin que le triple champion du monde de cyclo-cross puisse évoluer dans les labourées lors de l’hiver 2018-2019 avant son passage chez Jumbo-Visma au 1er mars.

À cela, il faut encore ajouter un soigneur (Wesley Theunis), un entraîneur (Marc Lamberts), un physiothérapeute (le célèbre Lieven Maesschalck), un coach mental (Rudy Heylen), et Richard Plugge, le patron cycliste de Wout : ancien journaliste sportif pour différentes revues néerlandaises, cet élégant quinquagénaire a quitté le milieu des médias en 2012 afin de bâtir l’équipe Belkin (devenue Jumbo-Visma), sur les cendres de la structure Rabobank, en qualité de manager général. Impressionnant.

 

©DR

Si ses maillots vert et jaune l’ont rendu très aisément identifiable dans le peloton du Tour de France, Wout Van Aert le restera quel que soit le résultat de sa prochaine course. Depuis le début de cette saison sur route, le Campinois arbore en effet un casque aux couleurs de Red Bull, l’un de ses sponsors personnels. Un indicateur manifeste de l’attractivité qu’a acquise le coureur au cours de ces dernières années.

Avec un physique que nos confrères du quotidien L’Équipe dépeignent comme celui « d’un acteur de Hollywood » (« Il a une gueule pour faire du cinéma », affirment les spécialistes) et des résultats qui l’ont amené à intégrer le gratin du cyclisme mondial, Van Aert est devenu l’ambassadeur dont rêvent de nombreuses marques, le reflet magique de sa popularité.

Dans la dernière édition (janvier 2022) du sondage exclusif La DH-Les Sports réalisé par iVOX en collaboration avec le COIB et visant à déterminer le Sportif préféré des Belges, l’Anversois est arrivé en troisième position (22,8 %), seulement devancé par Nina Derwael (1re avec 29,6 %) et Nafissatou Thiam (2e avec 28 %). Un bond de trois places dans ce ranking en l’espace de deux ans (le sondage n’a pas été organisé en 2021 suite à la pandémie) qui en dit long sur l’importance qu’a prise le champion de Belgique.

« À côté de son nouveau rôle d’ambassadeur pour Ethias et de son partenariat avec Red Bull, Wout a également signé un contrat de sponsoring personnel avec Domo Elektro (un fabricant d’électroménager) et CAPS Fuel Card (une société proposant des cartes essence) », détaille Jef Van den Bosch. « Mais l’accord avec ces deux partenaires ne vaut que pour la période hivernale des cyclo-cross. Nous sommes très régulièrement contactés par des sociétés qui souhaitent étudier la possibilité d’une collaboration avec Wout et nous étudions chaque proposition au cas par cas. »

Avec le fameux casque Red Bull (que son fils tente de lui prendre) et, à gauche, star d’une marque de vêtements et décliné sous la forme d’un Ethi, ce petit bonhomme devenu l’image de l’assureur Ethias : Wout Van Aert a la cote. ©Nico Vereecken / Photo News

Les réseaux sociaux (Van Aert compte 634 000 abonnés sur Instagram, 210 000 followers sur Twitter et 143 000 sur Facebook) se sont ainsi transformés en canal privilégié pour la mise en avant de ces win-win. Fidèle à sa stratégie, c’est en effet souvent par ce biais que Red Bull travaille sa communication autour de Wout Van Aert depuis 2017, l’entame de leur partenariat.

« En collaborant avec près de 800 athlètes issus de multiples disciplines à travers le monde, nous cherchons toujours à inspirer le plus grand nombre au travers d’histoires, de récits mais aussi de performances », explique-t-on chez le géant de la boisson énergisante. « Wout possède une personnalité forte et un charisme qui cadre avec notre vision du sport. Il est un ambassadeur de rêve. »

Depuis le début de cette année 2022, le cycliste est également devenu le nouveau visage d’Ethias. Les raisons du choix posé par l’assureur traduisent à merveille l’attrait du champion de Belgique pour un annonceur. « Wout est un vrai Belge, si je peux m’exprimer de la sorte », lance ainsi Peter Maris, le responsable du sponsoring chez Ethias, qui a piloté toute la négociation avec le clan Van Aert. « Il est père de famille, il parle le néerlandais comme le français et il demeure une personnalité accessible malgré un statut de coureur de tout premier plan. Notre nouvel ambassadeur n’est, de surcroît, pas quelqu’un de polarisant, qui nourrit des polémiques. Ce n’est pas, par exemple, parce que vous êtes supporter de Philippe Gilbert que vous n’apprécierez pas le coureur de chez Jumbo-Visma. Il s’agit donc d’une personnalité qui touche toutes les couches de la population, indépendamment du statut social ou de l’âge. »

Wout Van Aert incarne aussi certaines valeurs auxquelles demeurent très sensibles les communicants et les têtes pensantes du marketing. « En dépit de son talent, c’est un gros travailleur qui bosse fort chaque jour pour se hisser au top », continue Peter Maris. « En toute modestie et sans vouloir basculer dans les discours convenus, nous tentons nous aussi de donner le meilleur de nous-mêmes à chaque instant pour nos assurés. L’humain est au centre de notre métier et il nous apparaissait assez naturel de nous tourner vers un coureur de manière individuelle plutôt que vers une équipe. Même si cela ne veut pas dire que nous fermons la porte à la possibilité d’un jour sponsoriser une formation cycliste. »

 

© Photo News ! only BELGIUM !

Déjà décliné sous la forme d’un Ethi, ce petit bonhomme devenu l’image de l’assureur, Wout Van Aert devrait devenir la star de spots télés. « Le vélo devient un moyen de transport de plus en plus utilisé par nos assurés », conclut Maris. « Notre métier évolue et nous espérons que Wout inspirera de plus en plus de gens à cette pratique verte. Nous tenterons donc de faire passer notre message en télé mais aussi via des petits spots destinés aux réseaux sociaux. Celui tourné à Hulst, lorsque nous avons remis un petit vélo à Georges pour son premier anniversaire, a par exemple fait un véritable tabac. »

En marge des partenariats qui le lient à ses sponsors personnels ainsi qu’à ceux de la formation Jumbo-Visma, Wout Van Aert gère en direct une partie du business tournant autour de son image puisqu’il a décidé de lancer, il y a plusieurs années déjà, une marque de vêtements à son effigie et désormais baptisée Panache by WVA.

« Il y a six ou sept ans, au début de ce projet, Wout et Sarah se chargeaient de tout de A à Z, même de l’empaquetage et de la livraison des colis », sourit Toon Claessens, qui est venu apporter une aide logistique au couple campinois à travers sa société The Vandal. « Avouez que c’est tout de même assez original pour un coureur qui était alors déjà champion du monde de cyclo-cross ! ».

À l’image du personnage qui n’a pas fini de surprendre. Et de transformer en or tout ce qu’il touche.

Sur Instagram brille son épouse Sarah, le secret de sa réussite

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Wout aux Caraïbes avec son amour et, à droite, lors de leur mariage (« L’amour est l’état où le bonheur d’une personne est indispensable au vôtre », commente-t-il en reprenant une phrase de Robert Anson Heinlein), avec leur fils le jour de son premier anniversaire, et avec le maillot jaune : « Le rêve est devenu réalité ! »

Son fils et son épouse ne sont jamais très loin de lui pour partager ses joies : le champion entretient pleinement sa réputation de mari en or et de papa poule. « Il a besoin de ce contact régulier, de sentir qu’il n’est pas tout seul », explique Jef Van den Bosch, son agent, comme le raconte David Lehaire de La DH-Les Sports.

« Depuis son plus jeune âge, Van Aert fonctionne avec une structure familiale. Quand il allait d’un cyclo-cross à l’autre, ses parents l’accompagnaient en camping-car. Sarah, sa femme, a rapidement rejoint ce petit monde qui, aujourd’hui, ne fait plus qu’un autour de lui. » « Tout cela donne un équilibre sain à Wout et le rend populaire auprès du public. Les gens aiment pouvoir s’identifier à un champion. C’est le cas avec Wout. En associant ses proches à sa carrière, il montre qu’il est un bon père de famille, un mari aimant et un fils modèle. Ce sont des valeurs que les gens recherchent… »

 

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