Faut-il être Beyoncé pour avoir (son corps et) un coach sportif ?

Faut-il être Beyoncé pour avoir (son corps et) un coach sportif ?

Cet homme coache-t-il son chat ou s'entraîne-t-il en attendant son coach ? Le doute subsiste. | © Flickr @Ross Funnell

Sport

Autrefois réservé à une élite aux gros billets, le coaching sportif personnalisé s’est démocratisé ces quinze dernières années. La faute aux salles de sport qui séduisent moins et aux coachs qui motivent plus.

 

8% des Français et des Belges sont aujourd’hui abonnés à un centre de fitness. Au Pays-Bas, ils sont plus de 20%. Cela ne veut pas dire que tous les autres ne font pas de sport, mais juste qu’ils en font « autrement ». On a tendance à croire que de s’abonner annuellement à une salle de sport et à payer le prix fort va nous booster à y aller. Ou que de s’y abonner avec quelqu’un va nous motiver encore plus. Mais les statistiques sont formelles : dans 70% des cas, après les trois premiers mois, on n’y met plus jamais les pieds, la motivation retombant comme un soufflet (ou les bourrelets de notre corps) et les objectifs rarement atteints comme on le souhaitait. Et pourtant, comme on s’est engagé financièrement auprès de la salle des mois durant, on va continuer à raquer, pendant que, sans complexe, on préfère apéroter avec ses collègues de boulot plutôt que de rentabiliser son abonnement et de raffermir son ventre. Alors finalement, cela ne vaudrait-il pas plus le coup de prendre un coach sportif rien que pour nous ?

La flemme attendra, mais pas le coach

Pendant longtemps, on pensait les coachs sportifs -aussi appelés « personal trainer »- réservés à une élite. Car dès que c’est perso, c’est souvent chero. Mais depuis quelques années, le coaching personnalisé s’est démocratisé. À l’inverse d’une salle de sport où personne ne nous attend et nous met la pression pour venir, le coach, lui, oui. Le rendez-vous est pris tel un médecin, et on se doit donc de l’honorer et non de le planter 10 minutes avant : « déso, j’ai la flemme ». Surtout que comme à la salle de sport, que vous y allez ou pas, vous payez quand même.

« C’est très rare que les personnes annulent » nous affirme Christine Motte, ancienne enseignante et professeur de zumba reconvertie depuis quelques mois en personal trainer. « Cela va bien au-delà d’une simple obligation parce que vous avez payé ou que le coach vous attend. C’est un réel plaisir partagé car la séance est complètement adaptée à la personne. C’est du sur-mesure : chaque cours est unique. On apporte la motivation, un suivi et un gain de temps ». Car effectivement, le gros avantage de faire appel à un coach, c’est ce temps de perdu évité dans les transports pour aller à la salle de sport. C’est d’ailleurs le seul point commun entre tous les coachés : cette envie de ne pas perdre du temps. « Étant maman de trois enfants, je voulais aider les gens à faire du sport tout en étant chez eux. Je me suis rendue compte qu’après les accouchements, on ne prenait plus de temps pour soi et on se sert souvent des enfants comme prétexte pour ne pas faire du sport. Je trouvais que c’était une super idée d’aller chez les jeunes mamans et de les aider à se remettre en forme après une grossesse ». Les jeunes mamans, mais pas seulement.

Chez soi ou en salle de sport, on choisit l’endroit où on souhaite être accompagné. © Flickr @Hamza Butt

Une clientèle éclectique

S’il ne faut pas forcément être Beyoncé pour faire appel à un personal trainer, Brunot Bériot, fondateur du site Body Concept Training, qui a vu le jour en 2005, concède que la plupart des personnes qui font appel à des coachs sportifs rentrent dans des catégories socio-professionnelles au-dessus de la moyenne : « Après, certaines personnes font le choix de faire un réel investissement financier parce que leur objectif est important à leurs yeux : pour un mariage, pour un problème de santé très grave comme des cas d’obésité morbide… Ils savent que c’est le meilleur chemin à prendre pour obtenir de meilleurs résultats et atteindre à coup sûr leur objectif ». Et au final, sur trois mois de coaching, on paiera quasiment pareil qu’un abonnement annuel où on se rendra sûrement moins. Il y a autant d’hommes que de femmes qui font appel à des coachs : cela va du jeune garçon de 14 ans qui souhaite rentrer dans une école de foot-études, à une femme de 84 ans en passant par une maman de 20 ans qui souhaite retrouver la ligne.

En Belgique, n’importe qui peut devenir coach

Le personal training vient des États-Unis et s’est importé en Europe ces quinze dernières années. « À l’époque, le personal training était peu connu en Belgique. D’ailleurs, la catégorie « coach » quand on créé son entreprise n’existe que depuis trois-quatre ans. Quand j’ai commencé mon activité, en un mois, j’étais complet ! Mais je ne pouvais pas aller au-delà d’un périmètre de 30 kilomètres, donc j’ai dû refuser pas mal de demandes. Et c’est en ayant une opportunité de donner une formation en training que j’ai eu le déclic : plutôt que de refuser les demandes, je me suis dit qu’il serait judicieux de former les gens qui voulaient avoir accès à ce métier, et de créer un réseau où les gens travailleraient sous la même enseigne, et gagner ainsi en crédibilité », nous explique Bruno Bériot.

Je pense qu’en Belgique, l’activité physique n’est pas encore au premier plan.

Contrairement à la France où le métier est statufié, en Belgique, le coach sportif n’est pas reconnu et il n’y a pas d’accès à la profession : « c’est hallucinant car nous avons la santé des gens entre nos mains ! Cela fait plus de dix ans que j’attends que le statut de coach personnel soit enfin encadré. Tout ce qui a été entamé n’a jamais été abouti. La raison ? Je pense qu’en Belgique, l’activité physique n’est pas encore au premier plan«  déplore Bruno Bériot. « Aujourd’hui, aucune formation en Belgique n’est reconnue, contrairement à ce que peuvent affirmer certaines écoles… C’est uniquement un argument marketing. Le mot ‘coach’ est un peu mis à toutes les sauces. Mais un coach est avant tout quelqu’un qui accompagne une personne et l’aide à atteindre ses objectifs ». Du coup, n’importe qui peut finalement se prétendre coach, et quand on tape sur Google « coach sportif bruxelles », on a pléthore de noms.

« Je veux vraiment crédibiliser et professionnaliser ce métier »

« C’est pour cela que j’ai créé BC Training. Quand je me suis lancé, on m’a dit que j’étais dingue, que je ne réussirai jamais, qu’il n’y avait pas assez de stars pour ça ici, et puis finalement, aujourd’hui, on se rend compte que plein de personnes, de toutes catégories socio-professionnelles confondues, cherchent des coachs ». Sur le site de BC Training, plus de 40 coachs sont recensés, ils ont tous suivi des formations dispensées par Bruno, des formations Leaderfit’ certifiées en France et à l’international : « Je veux vraiment crédibiliser et professionnaliser ce métier en Belgique ».

Quand les beaux jours sont là, on peut aussi déplacer le cours de son appartement au parc.
Et pour ceux qui n’aimeraient pas être dévisagés pendant leur cours, qu’ils se rassurent, le matin, au parc du Cinquantenaire, on croise plus des personnes qui font du tai-chi que des joggeurs.

Alors, comment reconnaître un « vrai » coach et pas quelqu’un qui fait juste cela à côté de son travail pour arrondir ses fin de mois et n’y connaît pas grand chose ? Déjà, il doit répondre à ces trois critères : empathie, accompagnement et méthodologie. Et il faut avoir un entretien au préalable avec le coach pour établir le programme individualisé, puis faire des séances découvertes et comparer. « Il ne faut aussi pas hésiter à demander au coach où il a fait ses formations et demander à voir ses diplômes. Et voir si le coach propose un accompagnement individuel ou en groupe, car si c’est en groupe, dans ce cas, on est plus dans du personal training » précise Bruno Bériot. L’utilisation d’un cardiofréquencemètre, qui est le compteur de la fréquence cardiaque de la personne afin d’adapter le cours en temps réel en fonction de son effort, va également être un bon indicateur. Et puis tout simplement, le prix. Si le cours fait moins de 40 euros, c’est qu’il y a anguille sous roche.

Mais le coaching personnalisé, cela a un prix

Et le prix, c’est justement là le principal inconvénient du coaching personnalisé : « Cela dépend de la durée de la séance, de la fréquence des cours, du type d’accompagnement, s’il on veut qu’il soit individuel ou en groupe, si on veut faire un suivi nutrionnel… » nuance Raphael Battisti, coach sportif. Il faut compter en moyenne entre 45 et 90 euros le cours, et 150 euros par semaine si le coach se déplace, et 100 à 120 euros si c’est le coaché qui se déplace : « Pour obtenir des résultats, il faut trois mois de coaching à raison de deux cours suivis par semaine. De son côté, la personne doit aussi s’entraîner en plus une fois par semaine ».

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Car « le coaching ne résume pas aux deux séances hebdomadaires. Le coaché nous tient au courant tout au long de la semaine : de comment s’est passée sa séance de sport personnelle, s’il a fait certains écarts alimentaires etc. »  Et il est important de différencier l’activité physique de l’activité sportive : « On parle de plus en plus des bénéfices de l’entraînement fonctionnel. Avec une machine -qu’on utilise un peu n’importe comment dans les salles-, on ne sollicite que les muscles primaires et pas les muscles posturaux et stabilisateurs. Or, avec un coach, on les travaille » ajoute Bruno Bériot. Le coaching, plus qu’un investissement financier, un investissement physique et personnel, et une motivation qui ne faiblit pas, que l’on soit Beyoncé ou non.

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