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Ces athlètes iraniennes qui défient le régime en refusant le voile

Elnaz Rekabi. | © Rhea KANG / INTERNATIONAL FEDERATION OF SPORT CLIMBING / AFP

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En début de semaine, la joueuse d’échecs Sara Khadem est apparue durant une compétition internationale sans porter son voile. Elle est la dernière championne à se découvrir ainsi, malgré les risques encourus.

D’après un article de Clémentine Rebillat de Paris Match France. 
Un acte courageux qui pourrait avoir de graves répercussions. Cette semaine, l’Iranienne Sara Khadem est apparue sans son voile lors des championnats du monde d’échecs rapides organisés au Kazakhstan. Pour la première fois, l’athlète avait décidé de laisser apparaître sa chevelure brune, signe d’émancipation et de soutien aux femmes oppressées dans le pays. Elle était accompagnée d’une autre joueuse, Atousa Pourkashiya, qui, elle non plus, ne portait pas son voile. 
Depuis 1979 et la révolution islamique iranienne, les femmes ont obligation de se couvrir la tête d’un hijab et doivent respecter cette règle même hors du pays, lorsqu’elles sont en représentation officielle. Une règle qui prévaut pour toutes, qu’elles soient anonymes, sportives, actrices, chanteuses ou encore intellectuelles.
Le geste fort de Sara Khadem a rapidement fait le tour du monde, dernier symbole de la mobilisation des femmes pour retrouver enfin leur liberté. Pour l’heure, la joueuse d’échecs de 25 ans, célèbre en Iran grâce à ses bons résultats, n’a pas pris publiquement la parole pour commenter cette action.
Mercredi, la Fédération iranienne d’échecs a toutefois précisé que Sara Khadem ne représentait pas ici l’Iran et qu’elle participait «librement, à ses propres frais» au tournoi, ce qui expliquerait pourquoi elle n’avait pas l’obligation de se voiler. De son nom complet Sarasadat Khademalsharieh, elle ne serait pas ici affiliée à la Fédération, «mais se trouve là-bas de manière indépendante». «Nous ne nous attendions pas à ce que cette joueuse d’échecs fasse cela parce qu’elle a toujours respecté les standards durant les tournois précédents», a cependant ajouté la fédération.
Il est en tout cas certain que Sara Khadem n’a pas agi de manière irréfléchie, se rappelant sans doute celles qui avant elle, ont retiré leur voile devant les photographes, au péril de leur vie.

Sur le podium, sans voile

En novembre dernier, Elnaz Rekabi, spécialiste de l’escalade, avait participé à une compétition internationale à Séoul, sans porter son hijab. Salué pour sa grande bravoure, son geste avait ensuite provoqué de vives inquiétudes, certains proches disant ne plus réussir à entrer en contact avec elle. Elle avait finalement fait son retour à Téhéran sous les acclamations de militants venus l’accueillir. Mais selon le site indépendant IranWire, la jeune femme risquait gros. Par crainte pour sa famille ou pour elle-même d’après ce média d’opposition, elle avait finalement affirmé auprès du média d’Etat IRNA que le non-port de son voile était un accident. «J’ai été sollicitée de façon inattendue durant la compétition. J’étais tellement occupée avec mon équipement que j’ai par négligence oublié le hijab», a-t-elle expliqué. Début décembre, CNN indiquait avoir reçu de la part d’IranWire une vidéo suggérant que la maison de sa famille aurait été brûlée. Les images semblaient également montrer le frère de l’athlète, en larmes. CNN précisait cependant ne pas pouvoir vérifier formellement ces informations. D’après IranWire, Elnaz Rekabi serait aujourd’hui assignée à résidence.

Elle n’est pas la seule à avoir concouru sans hiijab, avant ensuite de présenter des excuses. Niloufar Mardani, championne de roller, est montée sur un podium en Turquie  sans voile et avec un tee-shirt sur lequel il était écrit «Iran». Elle a ensuite affirmé n’avoir pas délibérément ôté son voile, tandis que l’État a indiqué qu’elle avait participé à la compétition sans en avoir eu l’autorisation.

Parmida Ghasemi, membre de l’équipe iranienne de tir à l’arc, s’est elle aussi retrouvée dans la même situation, participant en novembre à la Coupe du golfe Persique Tirukma. Sur le podium, elle a été photographiée sans son voile et filmée en train de refuser qu’une coéquipière le lui remette sur la tête. Elle a ensuite déclaré sur Instagram : «Ma famille et moi n’avons pas, et n’avons jamais eu, de problème avec le hijab. Je voulais m’excuser auprès des gens, des officiels et de mes coéquipiers.»

Parmi toutes ces championnes, Sadaf Khadem, boxeuse de 27 ans, est la première à avoir, dès 2019, concouru sans son voile. Cette année-là, elle avait remporté en 2019 un combat tête nue et en short. Elle est depuis, exilée en France, loin de tous ses proches.

Le soutien de quelques athlètes masculins

Certains athlètes masculins ont eux aussi montré leur soutien au mouvement de protestation débuté en Iran après la mort de Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs. Le joueur de beach football, Saeed Piramoun, qui s’est fait remarquer en faisant semblant de se couper les cheveux – une référence au combat des femmes en Iran – a provoqué la colère de sa fédération qui a annoncé en novembre de futures mesures disciplinaires à son encore. IranWire rapporte qu’il n’a pas été sélectionné pour le déplacement suivant. Aref Gholami, défenseur de l’équipe de football d’Esteghlal, a de son côté été l’un des premiers athlètes masculins iraniens à critiquer la répression de l’État contre les manifestants. Sardar Mostafa Ajorlou, l’ancien PDG du club, l’a suspendu, lui interdisant même de s’entrainer.

 

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Sur Instagram, le joueur de football Sadar Azmoun a publié plusieurs messages et photos ces derniers mois. L’équipe nationale, elle, a refusé de chanter l’hymne durant son premier match de Coupe du monde. Un moment important alors qu’une grande partie de la population, défendant les manifestations, a de nombreuses fois dénoncé le silence des joueurs de football.

Avant le mondial, les militants ont notamment réclamé auprès de la Fifa l’exclusion de l’équipe nationale de la compétition. «Leur refus de chanter l’hymne national intervient après des semaines à leur demander d’afficher ne serait-ce qu’un peu de respect, si ce n’est pas de la solidarité, envers les personnes qui se battent pour la liberté et sacrifient leur vie. Malgré l’attention mondiale survenue après leur acte, je ne crois pas que cela ait été suffisant par rapport à l’ampleur de la tragédie qui se déroule dans notre pays d’origine», expliquait à Paris Match l’activiste Soodi Milanlouei. Cette dernière a lancé sur les réseaux sociaux le hashtag #SayTheirNames, appelant les supporters, joueurs et entraîneurs à soutenir les protestations et à ne pas oublier les victimes du régime. Selon l’ONG Iran Human Rights, au moins 476 personnes ont été tuées depuis le début du mouvement.

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