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Nafi Thiam, championne en or mais « pas invincible »

Les efforts ont payé, pour la nouvelle championne du monde. | © BELGA PHOTO DIRK WAEM

Sport

Première Belge à remporter le titre de championne du monde d’athlétisme, Nafissatou Thiam a pourtant les pieds incroyablement sur terre.

Championne du monde douze mois après son titre olympique. Nafi Thiam, a confirmé, si nécessaire, qu’elle est désormais, sans conteste, l’athlète féminine la plus complète au monde. Au cours des douze derniers mois, elle a ajouté à ces deux couronnes suprêmes un titre européen en salle du pentathlon et un record personnel, 7 013 points, qui en fait la 3e performeuse de tous les temps.

Des performances exceptionnelles qui ont eu un prix : une pression à gérer. Ce ne fut pas facile à reconnu la première championne du monde belge de l’histoire de l’athlétisme. « J’ai un peu étouffé avant la compétition, pour être honnête. C’était trop. Une fois sur la piste, j’ai pu profiter de la compétition. J’ai fait un bon heptathlon », a-t-elle confié à l’issue de la compétition, avant d’ajouter : « Les deux titres (olympiques et mondiaux) c’est énorme. L’année dernière on ne m’attendait pas. J’ai pu faire mon truc dans mon coin. Ici, mentalement c’était plus dur. Mais pas physiquement ».

Je ne suis pas une machine. Si j’étais dans ce délire, la chute serait terrible.

« Tout le monde va croire que je suis invincible, je sais que je ne le suis pas. Je ne suis pas une machine. Si j’étais dans ce délire, la chute serait terrible », professe avec sagesse celle qui a pourtant réussi la performance de devenir la première sportive belge à remporter un championnat du monde d’athlétisme. « Tout le monde s’emballe quand on réalise de belles choses. Si on ne garde pas les pieds sur terre, c’est le meilleur moyen d’aller dans le mur. Ce n’est pas toujours évident », analysait avec une grande maturité Nafissatou Thiam. « Des moments comme ceux-ci, je veux en profiter pour que dans les heptathlons qui seront plus durs, où cela n’ira pas, je puisse m’en souvenir et garder la motivation ».

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©BELGA PHOTO DIRK WAEM – À l’issue de la compétition, Nafi a tenu à saluer toutes les athlètes.

« C’est bien d’avoir des ambitions et des buts dans la vie. Mais là pour être honnête, je suis championne du monde et je ne veux pas encore penser aux prochaines compétitions comme le championnat d’Europe (qui manque encore à son palmarès et dont la prochaine édition se déroulera en 2018 à Berlin, ndlr). Je veux en profiter ».

Fatiguée, mais entourée

Roger Lespagnard l’entraîneur depuis toujours de Nafi Thiam, et désormais champion olympique et du monde par procuration, pense quant à lui déjà à la suite. Celui qui est aussi bourgmestre de Fléron ne pouvait cacher sa satisfaction après le titre mondial de son élève. « J’espère que cela va continuer », a-t-il avancé dans un éclat de rire. « Mais ce fut plus compliqué qu’on ne croit », a-t-il quand même tenu à préciser. « Elle a commencé difficilement aux haies, elle ne les a pas attaquées suffisamment. À la hauteur 1m95 c’est très bien. Au poids, elle m’a étonné. Elle avait des difficultés ces dernières semaines. C’était très bien. Elle a fait un terrible 200 m. Bien partie, elle a accéléré pour aller récupérer les autres. A la longueur, elle a fait trois sauts valables mais il fallait qu’elle fasse un 6m57 au 3e parce que 6m33 ce n’était pas suffisant. C’était rassurant. Mais au javelot, j’ai eu un peu peur. Deux fois 49 mètres, c’était important qu’elle fasse près de 54 m surtout vis à vis de Schäfer parce que dans le 800 m on ne sait jamais ce qui peut se passer ».

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©BELGA PHOTO DIRK WAEM – Nafissatou Thiam et Roger Lespagnard.

« (Dans le 800 m), je lui avais dit qu’elle devait suivre ses principales concurrentes parce qu’elle avait 15 à 17 secondes d’avance. Nafi a eu un peu difficile dans cette course. Elle était très fatiguée non seulement par ces deux journées mais aussi par toute la saison« . « Celle-ci a été très chargée. Dans une année post-olympique. C’est exceptionnel ce qu’elle vient de réaliser à 22 ans et en douze mois de temps (championne olympique, du monde et d’Europe en salle) ». « Elle était confiante avant ces Mondiaux, mais elle manquait un peu de jus ».

Nafissatou Thiam disputera encore le Mémorial Van Damme avant de prendre des vacances. Elle reprendra l’entraînement comme chaque année à la mi-octobre. « Il va falloir s’entraîner parce que les autres sont derrière. Elle sera peut-être plus forte dans deux, trois ans, mais les autres aussi. Je crois qu’elle est capable de progresser encore très largement dans les trois années qui viennent. Surtout sur le plan technique. À la hauteur, elle a un défaut qui l’empêche de passer des hauteurs de 2m00, 2m03. Mais elle a déjà bien progressé. Elle devenue régulière à 1m95, 1m98. Dans les courses aussi. Elle devient régulière dans beaucoup de disciplines. Elle n’a plus de trous. Avec un bon entraînement l’hiver prochain, elle va encore bien progresser ».

La déçue

Elle rêvait d’accrocher le record de Tia Hellebaut à l’heptathlon à l’occasion des Mondiaux de Londres. Hanne Maudens, 20 ans, visait ces 6 201 points qui ont longtemps servi de référence comme record de Belgique avant l’apparition de Nafissatou Thiam. Hanne Maudens n’a jamais été en mesure de le titiller ni même d’approcher son record personnel (6 113 à Götzis les 27 et 28 mai derniers).

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©BELGA PHOTO DIRK WAEM – Hanne Maudens.

En se frottant au gratin mondial pour son premier rendez-vous planétaire, la Wetterenoise a très vite été à la peine samedi. Virant avec un total de 3.350 unités, la journée de dimanche ne lui a pas permis de se refaire une santé. Elle termine 23e avec 5 749 points. « Très dur », a été la première réaction de Hanne Maudens à l’issue du Mondial qui a vu la victoire de Nafi Thiam. « J’ai beaucoup appris et surtout je dois arrêter de trop penser pendant les épreuves. Mon poids et mon javelot ont été catastrophiques. Mais avec trois essais ce n’est pas évident. Je n’avais plus de jambes pour le 200 m. Les journées sont super longues, c’est la grande différence avec Götzis. J’ai eu une très courte nuit. Cela fait partie de l’apprentissage. Je suis encore jeune. Cela me servira l’an prochain en vue de l’Euro (à Berlin) ». « On a un peu parlé avec Nafi, des petits mots, mais on avant tout on a essayé de rester concentrées », a encore ajouté Hanne Maudens.

Avec Belga

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